Le Pocket art s’insère dans la poche comme un mouchoir.

L’art dans la poche

Si le mouchoir de poche a repris du galon ces dernières années dans la garde-robe masculine, celui imaginé par Johanne Ratté n’a rien de traditionnel. L’artiste propose à ces messieurs une version éclatée du célèbre accessoire mode. Exit le tissu ; bonjour le métal, l’acrylique et le cuir...

La peintre et joaillière de Frelighsburg­ a fait sa renommée grâce à ses bijoux « œuvres d’art » contemporains : des bagues, boucles d’oreille, bracelets et colliers exclusivement réservés à la gent féminine. Mais l’envie de créer des pièces masculines­ s’est lentement imposée. 

« J’essayais de trouver quelque chose de différent pour les hommes. Ce n’est pas évident. À part la barbe, ces dernières années, on ne peut pas dire qu’il y a beaucoup de fantaisie dans leur façon de s’exprimer », fait remarquer la dame.

C’est lors de sa participation à l’exposition collective Bestiaire au Centre d’art de Frelighsburg en 2016 que le déclic est survenu. « J’avais fait une pièce représentant un loup sur une petite colline pour mon amoureux. Je m’apprêtais à y mettre une épinglette et je voulais voir ce que ça donnait sur un veston. Lorsque je l’ai mise devant la poche poitrine, ça m’a rappelé le morceau de tissu plié et cousu sur un carton que mon père glissait dans sa poche », poursuit-elle. 

Son imagination s’est emballée et un prototype de Pocket Art est né sur un morceau de laiton. Johanne Ratté a néanmoins réfréné ses ardeurs... volontairement. « Avec les hommes, il faut demeurer minimaliste. Je ne suis pas allée trop loin, je suis restée très tranquille ! », lance-t-elle. 

Les Pocket Art sont donc disponibles en quelques modèles inspirés de la faune et de la nature — un ours sur une butte, des feuilles de chêne, une montagne enneigée — ou sous la forme de « mouchoir » rigide et coloré. Elle a même poussé le plaisir jusqu’à concevoir deux modèles inspirés de la couronne qui servait de signature au peintre américain Jean-Michel Basquiat. « Elle me faisait penser aux petites montagnes que j’avais dessinées. Et Basquiat est un artiste que j’aimais beaucoup. »

Une aile d’oiseau pourrait bientôt s’ajouter à la collection. 

La joaillière Johanne Ratté avait envie de créer des pièces à l’intention des hommes.

RÉACTIONS ASSURÉES

Pour l’instant, son conjoint, Jacques Lajeunesse, est son meilleur ambassadeur. Il porte les créations de sa douce avec plaisir et suscite chaque fois des réactions. La présence de ses curieuses pochettes artistiques aux marchés de Noël de Frelighsburg et de Bromont en décembre n’est pas non plus passée inaperçue. 

« Ça commence à se parler. Je pense que ça peut intéresser davantage les artistes, les hommes qui travaillent en création. Quoiqu’un chercheur en sociologie en a acheté un et il a fait fureur ! Sur Instagram, ça fait aussi son effet », constate-t-elle.

Selon Johanne Ratté, le Pocket Art n’existe nulle part ailleurs. Au fil de ses recherches, dit-elle, jamais elle n’a vu d’accessoires semblables. « J’ai mis un copyright là-dessus au cas. »

Elle espère maintenant que le bouche-à-oreille fera le travail. Un spécialiste montréalais des tendances, Dario Bivona, a d’ailleurs parlé de Pocket Art dans un récent blogue. 

La Suttonnaise a déjà des idées pour amener le concept un peu plus loin. Ses œuvres de poche pourraient par exemple être munies d’une petite pince invisible capable d’y accrocher, à l’abri des regards, quelques cartes de visite ou des cartes de crédit.

À la gamme existante, Johanne Ratté ne refuserait pas non plus de créer de nouvelles pièces selon les désirs de ses clients. « Je peux m’adapter aux besoins. Si quelqu’un a besoin d’un logo de compagnie pour remplacer une épinglette ou pour représenter une cause sociale, c’est possible. Je vise les Canadiens de Montréal ! », termine- la dame en riant.