Selon Valérie Milot, Orbis pousse le concert classique plus loin.

L’âme insoumise de la harpe

Valérie Milot est la preuve vivante qu’on peut être à la fois musicienne classique et rebelle dans l’âme. À travers le spectacle Orbis, la renommée harpiste présente son instrument comme vous ne l’avez probablement jamais vu ou entendu. Et l’expérience promet d’être captivante.

Car, bien qu’elle appelle naturellement à la douceur, la harpe possède un visage beaucoup plus complexe qu’on lui prête d’emblée. Et c’est sur cet aspect moins lisse, plus énergique, que la concertiste se concentre depuis quelques années.

« Ce qui m’attirait, c’était l’envers du cliché de la harpe, qu’on qualifie d’instrument des anges. Moi, ce qui m’intéressait, c’était l’autre côté, celui de l’instrument avec beaucoup de puissance, celui qui se compare au piano », explique-t-elle.

En jouer demeure d’ailleurs une expérience en soi. « Il y a beaucoup de tension avec mon instrument. C’est quelque part entre le combat et la danse, plutôt que d’être doux et vaporeux. »

Anticonformiste, Valérie Milot ? Assurément. « Ça fait partie de ma personnalité. Au départ, quand on choisit un instrument marginal comme la harpe, je pense que ça démontre un petit côté rebelle. J’ai toujours été attirée par la nouveauté et la différence », convient-elle.

Invitée à se raconter un peu, la jeune femme affirme avoir d’abord étudié le piano, avant d’opter pour la harpe vers l’âge de 10 ans. Puis, quand est venu le temps du cégep, elle a misé le tout pour le tout et décidé d’étudier la musique. Aujourd’hui détentrice d’une maîtrise en musique, elle enseigne la harpe aux conservatoires de Trois-Rivières et de Montréal, en plus de mener une carrière musicale ici et à l’étranger.

Coup de foudre

Valérie Milot confie avoir ressenti un coup de foudre très intense pour la harpe. « C’est un instrument qui appelle à beaucoup de connexion physique et mentale. L’approche est très semblable au piano, mais avec un contact physique optimisé. Quand on joue, on entoure l’instrument de nos deux bras et le jeu de pédales fait en sorte qu’on a les pieds en suspension, comme si on était accroché à lui. Ça crée une relation très intime. »

Elle souhaite maintenant lui « rendre justice ». « J’ai pris le pari de faire de la harpe à l’avant-scène. Mon mandat est un peu de défendre cet instrument moins connu », dit-elle, en évoquant au passage son admiration pour le virtuose français Emmanuel Ceysson, surnommé l’enfant terrible de la harpe, qui repousse lui aussi les limites de ce « sage » instrument.

« Il y a beaucoup de tension avec mon instrument. C’est quelque part entre le combat et la danse, plutôt que d’être doux et vaporeux », explique Valérie Milot.

De l’album au spectacle

Orbis, son septième album en carrière, est paru en 2016. Son originalité n’était pas le fruit du hasard, affirme-t-elle. « Je venais d’avoir 30 ans et j’étais enceinte de ma fille. J’avais envie de marquer le coup. Orbis est comme la pierre angulaire de mon parcours. »

Avant même de l’enregistrer, toutefois, elle imaginait déjà son potentiel scénique. « L’idée du spectacle est venue avant le disque. J’essayais de penser à quelque chose de complètement actuel ; je voulais faire les choses différemment pour varier mes activités. C’était un genre de laboratoire pour explorer comment on pouvait pousser le concert classique plus loin. »

Au centre du concept et du titre, il y a la sphère, à l’intérieur et autour de laquelle tout se déroule. Valérie Milot y prend place, nimbée de lumière et d’images de chevaux au galop, de neige, de feu, de vitraux... et d’artistes virtuels.

Sur la scène, la concertiste joue parfois seule — en faisant parfois appel à une harpe électrique —, parfois en duo avec elle-même, mais aussi accompagnée de la soprano Marianne Lambert et de 23 musiciens, tous présents à travers les projections. Parmi ceux-ci apparaissent des membres de l’ensemble Les Violons du Roy.

Le résultat, résume la principale intéressée est intense et envoûtant, comme une invitation à plonger dans les sentiments et les souvenirs. « Orbis offre une expérience totale, et ce, dès l’entrée du public dans la salle, grâce à une ambiance sonore et visuelle. J’ai tenté d’éliminer tous les temps morts et d’en faire un long voyage multimédia. »

Valérie Milot l’avoue : en mettre plein les yeux et les oreilles permet aussi de se démarquer. « L’offre de spectacles est tellement grande maintenant, en salle et même à la maison. Orbis propose quelque chose qu’on ne peut pas reproduire à la maison. »

Ailleurs

Orbis pourrait tourner encore quelques années ici au Québec, avant de prendre la route vers l’étranger, car la musicienne croit son concept tout à fait exportable. « La musique est un langage universel et Orbis pourrait être présenté n’importe où, surtout que l’art numérique est très branché en ce moment. »

Chose certaine, ce projet a fait naître en elle un profond intérêt pour le monde de la production. Et bien qu’il en soit à ses premiers balbutiements, un nouveau projet à grand déploiement est déjà dans l’air, annonce-t-elle.