Dans La Foire en folie, Lise Maurais prête sa voix à plusieurs personnages.

La voix des autres

Sa marionnette Virus est presque aussi connue qu’elle. Avec son rouquin échevelé au nez et aux oreilles pointues, Lise Maurais a fait rire les Québécois en leur faisant découvrir la ventriloquie. Désormais, c’est aux enfants qu’elle s’adresse à travers ses spectacles jeunesse, où Virus est moins présent, mais jamais bien loin.

« Je le maîtrise tellement que Virus est devenu comme une seconde nature chez moi. Sa présence dépend des spectacles que je présente — j’en ai plusieurs. Il est tout le temps en stand-by, même si je ne l’utilise pas toujours. Il faut aussi montrer autre chose », affirme la sympathique dame.

Dans La Foire en folie, qu’elle vient présenter ce dimanche à Granby, quatre nouveaux personnages lui tiennent aussi compagnie. Dans un contexte de fête foraine, la ventriloque donne vie à une guichetière exubérante, un requin en peluche et un monstre échappé de la maison hantée, entre autres. De quoi tenir les enfants en haleine.

« Il y a toute une quête autour de l’histoire. Les enfants entrent dans le jeu complètement. J’adapte le récit en fonction de l’âge du public pour que tout le monde y trouve son compte, même les parents », dit-elle.

Inutile de dire que les jeunes sont fascinés par ces marionnettes qui parlent « pour vrai ». « Plus ils avancent en âge, plus ils posent des questions. Les enfants pensent souvent que quelqu’un est caché derrière le décor ou que ce sont des voix préenregistrées. »

Le public jeunesse occupe désormais presque tout son temps. « À un certain moment, je faisais des spectacles pour les enfants et les adultes. C’est tellement une énergie différente qu’il m’a fallu choisir. Mais je rejoins quand même tous les âges. »

Une tournée l’attend d’ailleurs en Saskatchewan francophone en mai.

Un métier singulier
Lise Maurais se présente comme la seule ventriloque francophone au Canada. De sexe féminin en plus.

« Les femmes sont beaucoup plus rares dans la profession. Peut-être parce que pour produire les basses et les hautes tonalités, c’est plus facile pour les hommes. On aime tous avoir un large registre, mais c’est plus difficile pour nous de faire des voix basses. »

Même lors de ses visites au congrès annuel des ventriloques à Las Vegas, 95 % des participants étaient des hommes, fait-elle remarquer. Bien accueillie par ses confrères, Lise Maurais raconte en riant que dans ce genre de rencontres, tout le monde traîne sa marionnette. « Ce sont les personnages qui se parlent entre eux, pas les ventriloques ! C’est assez particulier. »

Mais comment diable a-t-elle pu lorgner une discipline aussi rare que compliquée ?

Pour faire une histoire courte, disons qu’après avoir possédé une école de danse et étudié les langues à l’université, Lise Maurais s’est un jour retrouvée membre d’une troupe de danse sur un bateau de croisière. Et que le ventriloque Clifford Guest était en spectacle sur le même navire.

« Ç’a été un vrai coup de coeur pour moi, une grande révélation. On a été longtemps sur ce bateau, alors j’ai pu échanger avec lui et avoir des petits trucs. J’ai commencé à pratiquer à la maison et j’ai créé Virus en 1989. »

Bien avant cette rencontre déterminante, la jeune Lise était déjà fascinée par les ventriloques invités à l’émission The Lawrence Welk Show qu’elle regardait lors des soupers dominicaux chez ses grands-parents. « C’est loin, mais je me souviens d’avoir découvert ça là. Et plus tard, je regardais Bobino en disant que c’était ce que je voulais faire. J’avais un intérêt pour ça. »

En 1991, avec son inséparable Virus sous le bras, Lise Maurais a été admise à l’École nationale de l’humour. Après un spectacle à l’ancien Café Campus à Montréal, raconte-t-elle, Denis Bouchard lui a proposé une prestation au Festival de l’humour au Théâtre Saint-Denis. « Ça’a été une belle vitrine qui m’a ouvert plein de portes, même en Belgique. »

Depuis, Lise Maurais roule sa bosse au Québec et ailleurs, généralement devant un public mystifié. Comme pour la magie et l’illusion, la ventriloquie suscite bien des questions. « Oui, je dois souvent l’expliquer aux gens. Au début, même les sonorisateurs étaient souvent mêlés lors des tests de sons ! »

Un précieux outil
Comme une chanteuse, Lise Maurais doit prendre soin de sa voix comme de la prunelle de ses yeux. Et pas question d’être sur le pilote automatique, dit-elle. Elle entraîne ses cordes vocales régulièrement — par des exercices de vocalise notamment — et ne cesse de développer sa technique.

« On peut perfectionner ce qu’on a déjà. Ce que j’aime beaucoup faire, ce sont des effets sonores, comme de l’écho, des voix lointaines, des voix téléphoniques et même des échanges de voix entre les marionnettes et moi. »

Quand on lui suggère qu’elle pourrait très bien faire de l’humour tout court, sans avoir recours à la ventriloquie, elle décline gentiment. « Ça sort plus facilement avec une marionnette. Tout passe par elle. Je peux dire n’importe quoi à travers elle ! »