La liste de mes envies a le pouvoir de nous happer, littéralement.

La liste de mes envies: aussi beau qu'on imaginait

Autant vous le dire tout de suite : notre instinct avait pressenti que la soirée allait être belle. Parce que le roman La liste de mes envies nous avait déjà beaucoup plu, mais aussi parce qu'on avait entendu beaucoup de bien de cette adaptation théâtrale présentée ce mois-ci au Théâtre Juste pour rire de Bromont.
Et bien, notre petite voix intérieure ne s'était pas trompée. Dès la première scène, La liste de mes envies a le pouvoir de nous happer, littéralement. On plonge dans l'univers de la douce et aimante Jocelyne, propriétaire d'un petit commerce de couture, qui vit entourée de son amour de jeunesse, Jocelyn, de ses meilleures amies jumelles et de son père atteint d'Alzheimer. Les enfants ont quitté le nid et la vie suit tranquillement­ son cours.
Alors que tout le monde autour d'elle rêve à voix haute de richesse, Jocelyne se contente de son quotidien sans rêves et sans surprises. C'est pourtant elle qui, sans le vouloir vraiment, devient un jour l'unique gagnante d'un faramineux lot de 18 547 031 $.
Malgré l'énergie qu'on lui connaît, Marie-Chantal Perron se glisse magnifiquement dans la peau de la discrète Jocelyne, avec une pudeur et une retenue parfaitement­ maîtrisées.
À travers elle, on ressent la peur de Jo de voir cette fortune inespérée changer à jamais le cours de son existence. Une crainte qui la paralyse et l'empêche même d'annoncer la nouvelle à ses proches.
Ah, ses proches... À commencer par son mari (Frédérick De Granpré), un « gentil pas fin » qui l'aime, mais lui en fait voir de toutes les couleurs. On ne vous dévoilera pas tout ici !
Et son vieux papa (Marc Legault) qu'elle visite fidèlement, malgré ses rares moments de lucidité. Chaque scène père-fille porte en elle une belle charge de tendresse et d'émotion.
Une mention spéciale s'impose toutefois aux comédiennes Anick Lemay et Tammy Verge, absolument craquantes dans leurs rôles de Lucie et Luce, les jolies jumelles extraverties, superficielles et matérialistes au possible. Chaque fois que ce duo d'enfer débarque sur scène, l'air change. On n'oubliera pas de sitôt la séance de karaoké !
D'ailleurs, on ne savait pas Tammy Verge drôle à ce point. On aime sa Luce un peu nounoune qui déforme joyeusement les mots, mais attendez de la voir en psy désabusée, chargée de mettre en garde Jocelyne contre les dangers de sa nouvelle vie de multimillionnaire...
Adaptation québécoise
Le roman La liste de mes envies étant à l'origine campé en France, on se demandait de quoi aurait l'air l'adaptation québécoise. La metteure en scène Marie-Thérèse Fortin a réussi à contourner les écueils en plantant le récit dans un seul et même décor, celui de la petite boutique, qui tient aussi lieu d'appartement.
Les éclairages et le fond musical suffisent à suggérer un déplacement ou un changement d'ambiance, sans que personne s'y perde. Des références bien de chez nous ont aussi été ajoutées à la trame : Justin Trudeau­, la compagnie Liberté...
S'il y avait une source d'agacement à relever (la perfection n'est pas de ce monde !), c'est le langage employé par les comédiens. Alors que Jocelyne s'exprime dans un joli français littéraire, son Jo et les jumelles parlent en joual québécois, avec quelques sacres et grivoiseries­ à la clé.
Mais ce petit détail ne devrait pas vous priver de cette pièce intel­ligente, touchante et tout en délicatesse, portée par une Marie-Chantal Perron lumineuse au possible.
La réaction puissante et spontanée que le public a réservée, vendredi soir, à La liste de mes envies ne trompait pas.
La pièce est présentée jusqu'au 29 juillet au Théâtre Juste pour rire de Bromont.