Marie-Chantal Perron incarne Jocelyne dans l'adaptation québécoise de La liste de mes envies, mise en scène par Marie-Thérèse Fortin.

La liste de mes envies à Bromont: le beau défi de Marie-Thérèse Fortin

La liste de mes envies avait fait grand bruit, à sa sortie en 2012, charmant la planète littéraire par son sujet original et son ton intimiste. Mettre en scène ce roman français dans un contexte de théâtre québécois a été un beau défi pour Marie-Thérèse Fortin.
« On devait passer d'un univers franchement français à notre réalité. Il fallait arriver à ne pas travestir la parole de l'auteur et la ramener à nous. On n'est pas dans le joual québécois, mais dans un français normatif », affirme-t-elle. Quant aux différents lieux dépeints dans le livre, il fallait trouver des subterfuges pour les évoquer, sans les identifier. Pour ce faire, la metteure en scène a notamment eu recours à la vidéo. 
« J'ai embarqué dans l'aventure en sachant qu'on allait faire une adaptation nouvelle, qu'on allait avancer dans l'adaptation. Ça été un work in progress. »
Transposée au cinéma en 2014, l'oeuvre de Grégoire Delacourt a d'abord été jouée sur scène à Paris en 2013, puis à Montréal l'an dernier. Après un séjour d'un mois au Théâtre du Rideau Vert, la pièce avait sillonné les routes du Québec. Elle s'arrête tout le mois de juillet au Théâtre Juste pour rire de Bromont. 
La liste de mes envies raconte l'histoire de Jocelyne, une couturière qui se satisfait des petits bonheurs de la vie auprès de son mari Jocelyn. Jusqu'au jour où elle gagne un lot de 18 547 301 euros à la loto. Une fois le choc passé, elle choisit de ne rien dire, pas même à son époux. Alors qu'elle peut réaliser ses rêves les plus fous, le doute l'assaille : n'a-t-elle pas plus à perdre qu'à gagner ? 
Dans le rôle de la sage et secrète Jocelyne, Marie-Chantal Perron livre une performance saluée par la critique. À ses côtés, on retrouve Marc Legault dans le rôle de son père, Anick Lemay et Tammy Verge sous les traits de ses pimpantes amies jumelles, et Frédéric De Grandpré, qui incarne son mari.
Ce dernier prend la relève de Steve Laplante, qui était de la distribution 2016. « Chaque acteur apporte sa couleur à un personnage. Je connaissais très bien les deux. Pour le rôle, je voulais un beau gars, qui ne jouerait pas un salaud ou quelqu'un de mal intentionné. Juste un homme qui a une vie en deçà de ce qu'il aurait voulu, qui a une faille et qui succombe », laisse entendre Marie-Thérèse Fortin. Ceux qui n'ont pas lu le livre comprendront en voyant la pièce...
L'argent mène le monde
C'est Marie-Chantal Perron elle-même qui a eu envie de monter la pièce au Québec, avec la bénédiction de l'auteur. Lorsque le moment a été venu de trouver un metteur en scène, le nom de Marie-Thérèse Fortin s'est imposé. « J'avais déjà travaillé avec Maryse Warda [NDLR : Celle qui a fait l'adaptation québécoise de la pièce] et j'avais lu le roman », dit la metteure en scène. 
Quand on lui demande ce qui l'allume dans La liste de mes envies, Marie-Thérèse Fortin mentionne le rapport entre les êtres humains et l'argent. « Somme toute, c'est une histoire bien troussée, sous des dehors assez simples. Mais la question de l'argent reste très complexe. S'il y a encore un sujet tabou dans le couple, c'est bien ça. On a plus de facilité à parler de sexe et d'intimité que d'argent. C'est au coeur de nos vies ; tout est ramené à l'aune de l'économie. L'argent est la valeur qui prévaut sur tout », analyse-t-elle. 
On le vit à travers la touchante Jocelyne qui, devant cette fortune inespérée, voit son univers chamboulé et remet tout en question. La montrer au milieu des tissus, des boutons, des rubans et de ses accessoires de couture allait donc de soi pour Mme Fortin. 
« Ça prenait un univers très simple, fait de toutes petites choses, pour faire contrepoids à la montagne d'argent qui lui tombe dessus. »
La liste de mes envies provoque immanquablement une réflexion : si une telle chose nous arrivait, quelle serait notre propre réaction ? Comme tout le monde, Marie-Thérèse Fortin s'est posé la question. « Je ferais beaucoup de dons, c'est certain. Je ne répandrais pas la nouvelle à tout vent, mais je le dirais au moins à mes proches ! »
Suivre son intuition
Marie-Thérèse Fortin n'en est pas à ses premières armes à la mise en scène. Depuis les années 90, elle a notamment travaillé sur la pièce Les anciennes odeurs de Michel Tremblay et, plus récemment, sur La liste de Jennifer Tremblay. Elle aborde pourtant cette facette de son métier avec un certain détachement, en confiant être « beaucoup à la merci des événements ». 
« Ça s'est présenté dans ma carrière. Si je sens que je suis capable de le faire, j'accepte. Sinon, je ne le fais pas. C'est quelque chose de très intuitif pour moi. Et je ne sais pas si la mise en scène va un jour prendre plus de place dans ma vie. »
Ce qu'elle sait, assurément, c'est le bonheur qu'elle éprouve à travailler avec les acteurs. Quand la pièce repose sur leur humanité, leur imaginaire, leur fantaisie, la voilà conquise. « Quand je sens que le travail de l'acteur est mis de l'avant, ça m'interpelle encore plus. »
À quelques jours de la première à Bromont, la dame s'apprêtait d'ailleurs à s'y rendre pour régler les derniers détails, histoire de mettre tout son monde à l'avant-plan, avant de s'effacer discrètement.
La liste de mes envies est présentée au Théâtre Juste pour rire de Bromont jusqu'au 29 juillet.