Même si elle a gardé la même authenticité qu’on a découverte sur la scène du FICG il y a deux ans, Samuele affirme que son show va encore «une coche plus loin».

La grosse année de Samuele

Il y a un an presque jour pour jour, Samuele lançait Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent, son premier album. Depuis, elle a joué pas mal et est allée à la rencontre de son public grandissant aux quatre coins de la province, comme de l’autre côté de «la grosse flaque» — comprendre ici qu’elle s’est rendue en France, où elle a passé tout le mois de mars. Bref, une belle grosse dernière année, où elle a aussi récolté au passage deux nominations au dernier gala de l’ADISQ dans les catégories Révélation et Album alternatif de l’année.

«Disons que même si Granby ne m’a pas faite, ça a clairement aidé», reconnaît celle qui remportait les grands honneurs au Festival de la chanson en 2016. Mon passage chez vous, c’est un peu comme quand tu pognes un boost à Mario Kart. Ça a propulsé quelque chose», illustre-t-elle.

L’auteure-compositrice-interprète bénéficie encore des retombées du Festival puisqu’elle revient à peine d’un mois de l’autre côté de l’Atlantique grâce au prix Granby-Europe qu’elle avait remporté il y a deux ans. Son album a été lancé en sol européen le 2 mars, de sorte qu’elle a joui d’une belle visibilité médiatique durant les quatre semaines qu’elle a passées là-bas, affirme-t-elle.

«J’ai donné seize shows en France et en Belgique, j’ai eu de super belles critiques, et j’ai vraiment rencontré un public intéressé à découvrir de nouveaux auteurs-compositeurs-interprètes», raconte-t-elle.

«En plus, comme je viens d’ailleurs, j’avais l’impression que j’étais un peu perçue comme quelque chose d’exotique, que quelque chose brillait un peu plus fort pour moi là-bas...», poursuit-elle.

Mais ce qui lui a le plus plu, ajoute-t-elle, c’est qu’on ait beaucoup, beaucoup apprécié sa plume. «Sans dénigrer ce qui se passe au Québec, je crois qu’on accorde une plus grande importance à la musique à texte là-bas qu’ici. Que c’est plus valorisé.»

Authenticité et spontanéité
Ce samedi 28 avril, Samuele sera de passage à la Maison de la culture de Waterloo. Un premier arrêt dans la région avec un spectacle complet depuis sa consécration au FICG. Et même si elle a gardé la même authenticité qu’on a découverte sur scène il y a deux ans, elle affirme que son show va encore «une coche plus loin».

«Comme je n’ai pas la pression du concours, je suis plus spontanée, plus relaxe. En plus, ça fait longtemps que je le fais, donc je suis très confortable dedans. Je jase beaucoup. De féminisme, de mon coming out, de plein d’autres affaires. Je connecte avec le public avec ma poésie, en mettant mes chansons en contexte, en racontant des anecdotes... Et même si je suis en formule duo [avec son contrebassiste Alexandre Pépin, ndlr], ça rocke quand même pas mal. Pas mal, oui!» prend-elle la peine de répéter, un sourire perceptible dans la voix.

Les spectateurs présents pourront peut-être même découvrir quelques nouveautés, puisque Samuele prévoit la sortie d’un EP à l’automne. «Après, je vais sûrement prendre un break pour préparer un nouvel album, laisse-t-elle entendre. Pour écrire, j’ai besoin d’arrêter la tournée et de me retrouver dans ma bulle.»

UN SPECTACLE POUR LES SOURDS

Outre pour son folk rock qui se situe quelque part entre la chanson et le spoken word, Samuele s’est fait connaître pour ses prises de position sur différents sujets et son engagement social indéniable. On se souviendra du t-shirt qu’elle et les membres de son band portaient lors du dernier gala de l’ADISQ pour défendre la venue de réfugié.e.s, ou encore le zine sur le consentement qu’elle a distribué.

Désireuse de toujours faire plus pour l’égalité au sens large, l’auteure-compositrice-interprète a même offert un premier spectacle traduit en Langue des signes québécoise (LSQ) à l’automne dernier à la Sala Rossa à Montréal. Elle a répété l’expérience le week-end dernier, à Terrebonne, et prévoit le refaire si besoin est.

«Je réfléchis beaucoup à l’accessibilité en général... Physique, mais aussi culturelle, économique, etc., raconte Samuele. Après mon show aux Francos l’été dernier, une femme malentendante est venue me voir pour me dire qu’elle appréciait vraiment ce que je faisais, mais que comme elle ne voyait pas mes lèvres en spectacle, elle perdait de grands bouts. C’est vraiment venu me chercher, et je me suis mis en tête de rendre ma poésie accessible au plus de gens possible.»

Elle a donc recruté deux traductrices LSQ — Annick Morrisson et Marie-France Sabourin —, qui montent sur scène avec elle et traduisent tout ce qu’elle dit ou chante durant le spectacle. «Elles ont vraiment travaillé fort parce que de la poésie, c’est vraiment ce qui est le plus difficile à traduire dans n’importe quelle langue», reconnaît Samuele.

Celle-ci affirme également que la présence des deux traductrices donnent une toute autre dimension au spectacle, même pour les personnes entendantes. «C’est très physique. C’est comme si ma poésie résonnait dans leurs corps», illustre-t-elle.

Elle admet avoir eu quelques craintes avant le premier spectacle traduit. «Un public de sourds, ça ne fait pas de bruit... J’avais peur de ne pas être capable de les saisir. Mais finalement, je me suis rendu compte qu’ils avaient quand même des réactions à leur façon.»