Sur cette photo prise en mars 1995, on reconnaît Mario Lirette avec les Grandes Gueules, Mario Tessier et José Gaudet.
Sur cette photo prise en mars 1995, on reconnaît Mario Lirette avec les Grandes Gueules, Mario Tessier et José Gaudet.

La folle histoire de la radio FM vue par Sébastien Trudel

Mario Boulianne
Mario Boulianne
Le Droit
Ils étaient partout, de toutes les soirées, de tous les beach partys. Il fut un temps où les animateurs de radio FM étaient plus grands que nature.

Sébastien Trudel se rappelle bien de ces années folles où l’argent, la drogue et les filles tapissaient les limousines aux portes des boîtes de nuit les plus populaires de Montréal, Québec et Gatineau. Non pas qu’il ait vécu cette époque, mais plutôt parce qu’il s’y est intéressé. Il en relate d’ailleurs les grandes lignes dans son livre À micro fermé : Les folles histoires de la radio FM.

« J’ai su très tôt dans ma vie que je voulais faire de la radio, de confier l’auteur. Mon père était un animateur connu et il m’a souvent ouvert les portes de son studio ou amené avec lui dans des événements. J’étais fasciné par ce monde-là et je voulais y prendre part ».

Sébastien Trudel a bien sûr suivi les traces de son père Pierre, et ce, depuis 20 ans maintenant. Animateur à Énergie 94,3 à Montréal depuis trois ans en compagnie de Marie-Claude Savard et Maxim Martin — qui ont d’ailleurs signé la préface du livre — il a également été un des Justiciers masqués qui sévit pendant 15 ans sur les ondes. Co-auteur et idéateur du documentaire Le Dernier vol de Raymond Boulanger, ce projet de livre s’est naturellement imposé à lui.

« Tout a commencé à la suite de nombreuses discussions avec des vétérans de la radio, confie-t-il. Comme ça, autour d’une bière, on me racontait des histoires, des anecdotes qui se sont passées dans les années 80. J’avais peine à y croire, mais on me jurait que c’était la vérité. C’est là que m’est venu l’idée d’écrire un livre afin que toutes ces folles histoires restent vivantes. »

Sébastien Trudel publie le livre À Micro fermé, qui relate de nombreuses anecdotes des années d’or de la radio FM au Québec.

Mais Sébastien nous prévient, ce livre n’est pas un document d’histoire. C’est plutôt un recueil d’anecdotes racontées à micro fermé, « et souvent pour un public adulte », dira-t-il.

« Depuis longtemps, on entend parler d’histoires savoureuses, explique-t-il. Je ne voulais surtout pas que cette facette du showbiz québécois disparaisse avec ses acteurs. Qu’elle s’efface de la mémoire collective. »

Au fil de ses recherches, Sébastien Trudel a rencontré des dizaines d’artistes et de légendes de la radio FM d’hier et d’aujourd’hui. Il dira lui-même que certaines histoires devraient être classées 18 ans et plus. 

« La radio FM a été, pendant au moins deux décennies, un haut lieu de débauche, ajoute-t-il. Mais, il y a aussi des histoires hilarantes et touchantes. »

Racontées sur plus de 200 pages, ces histoires ont été catégorisées en trois parties: L’héritage du AM, Les débuts du FM et L’humour passe au FM.

Trudel ne passe pas non plus par quatre chemins. Ces histoires sont présentées par les acteurs eux-mêmes ou par des témoins privilégiés. Comme des bribes de confidences faites à la fin d’une soirée bien arrosée.

Alain Montpetit dans les studios de CKMF en septembre 1980.

Dans le calepin de l’auteur, on retrouve les grandes vedettes de l’époque, soit Mario Lirette, Michel W. Duguay, Ricky Dee, Lucien Francoeur, Guy Aubry, Éric Nolin ou Roch Denis ainsi que des disparus comme Alain Montpetit ou Douglas « Coco » Leopold.

Avec le déclin du AM, les stations FM sont rapidement devenues très populaires, autant de par leur son que par leurs animateurs.

« Les animateurs de l’époque faisaient tellement d’argent qu’ils ne savaient pas quoi en faire, de dire l’auteur. Michel W. Duguay me racontait qu’il pouvait recevoir entre 3000 et 4000 $ cash par semaine dans les bars en plus de son salaire annuel de 150 000 $ à la radio. Tout le monde était payé en argent comptant dans les bars. Et c’est sans compter tous les cadeaux que les annonceurs pouvaient offrir à ces  animateurs. »

Parmi les anecdotes racontées dans le livre, un animateur voulant garder l’anonymat explique qu’il ne savait plus où cacher son argent. 

« Y en avait dans les murs, chez moi, raconte-t-il. J’achetais tout cash. »

À cette époque, les grands réseaux n’existaient pas. Les premières stations de la bande FM appartenaient à des propriétaires indépendants. Sébastien Trudel explique que les stations allaient chercher entre 50 et 75 cents par auditeur auprès des annonceurs. « Avec des cotes d’écoute record, il est facile de déduire que l’argent coulait à flots », mentionne-t-il. 

Pour les acteurs de l’époque, toute cette abondance faisait partie du décor. Mario Lirette raconte dans le livre que l’improvisation était fréquente au sein des équipes d’animation.

« Rien n’était organisé. On a improvisé le succès, raconte Lirette. On n’avait pas de vision, on inventait sur le tas. S’il faisait beau un après-midi, je disais let’s go, on fait une parade. Cinq minutes plus tard, il y avait 500 chars sur le coin de René-Lévesque. »


« Les animateurs de l’époque faisaient tellement d’argent qu’ils ne savaient pas quoi en faire. »
Sébastien Trudel, auteur de À micro fermé

L’humour au FM

Trudel fait une belle place l’arrivée des humoristes sur les ondes FM. Lui-même inscrit dans cette catégorie avec son collègue Marc-Antoine Audette et les Justiciers masqués, il relate l’arrivée des membres de Rock et Belles Oreilles, des Grandes Gueules, de François Pérusse, du Zoo à Québec et de plusieurs autres. 

Normand Brathwaite a aussi fait ses débuts à la radio dans des émissions où l’humour dominait, en compagnie de François Pérusse.

Pour l’auteur, il est clair que ce livre aurait pu contenir 400 pages. Le calepin de notes de Sébastien Trudel est encore bien garni et l’idée d’un documentaire est également dans les plans de l’auteur.

« On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve, dira-t-il au terme de l’entrevue. Mais, on peut certainement forcer le destin ! »

À micro fermé : les folles histoires de la radio FM de Sébastien Trudel est publié aux Éditions de l’Homme.