Claire-Marie Laplante (à gauche) et Jacqueline Moreau montrent ici fièrement la robe de mariée de la Renaissance qui s'est rendue en France à deux reprises.

La costumière aux doigts de fée

Jacqueline Moreau a des doigts de fée. En 30 ans, elle a confectionné des centaines et des centaines de costumes d'époque. Plus de 2300, pour être plus précis. Et bien qu'elle ait ralenti la cadence avec ses 81 ans bien assumés, elle est encore loin de ranger sa machine à coudre !
« Je m'y assois encore quand ça me tente », admet-elle tout bonnement, entre deux rangées de vêtements dans la Costumière qu'elle a fondée, à Roxton Falls.
Depuis 2004, c'est sa fille, Claire-Marie Laplante, qui a pris la relève autant de l'entreprise de location de costumes que de la machine à coudre. « Je suis pas pire, mais jamais aussi bonne que ma mère », glisse-t-elle, modestement.
Ironiquement, toute cette passion pour la couture a commencé... par une punition ! À sept ans, racontent les deux femmes à tour de rôle, Jacqueline Moreau a déchiré sa robe. Sa mère lui a donc ordonné de s'en refaire une. « Je savais déjà coudre à la machine, mais j'y ai quand même mis tout l'été », se rappelle-t-elle.
Ce n'est toutefois que bien des années plus tard que la confection de costumes a pris son envol. C'est la mise sur pied de la Société Alzheimer de Granby, en 1984, qui a donné le véritable coup d'envoi à cette « production de masse ». « Pour amasser des fonds, on a joué pendant quelques années des contes pour enfants en pièce de théâtre, se remémore Claire-Marie Laplante, qui était impliquée en tant que comédienne. Seize contes par année pendant quatre ans, et c'est ma mère qui a fait les costumes de tous les personnages ! »
« Je cousais parfois jusqu'à 4 ou 5 heures du matin, précise Mme Moreau. Heureusement que je n'ai pas besoin de beaucoup de sommeil... »
Une visite à la Grande Chevauchée médiévale, à Québec, dans les années 90, est venue donner un nouveau souffle à cette passion. « Mes parents ont eu la piqure pour le médiéval », affirme Mme Laplante.
De l'Antiquité au rétro
De fil en aiguille, d'autres costumes se sont ajoutés, ils se sont accumulés, si bien qu'aujourd'hui, dans cette caverne d'Ali Baba située dans le sous-sol du gîte Aux portes du temps, on y retrouve de tout pour tous, qu'on ait à peine six mois ou qu'on porte du 5X. Si les vêtements du Moyen Âge et de la Renaissance sont les plus populaires, sachez qu'on y retrouve également des costumes remontant aussi loin qu'à l'Antiquité, ou moins loin, aux époques romantique, d'antan, du Charleston, western ou rétro.
Jacqueline Moreau s'inspire d'abord d'un tissu qui l'interpelle, puis fait quelques recherches pour trouver le costume qui se prête le plus à son utilisation. « Je feuillette des livres spécialisés sur le sujet, dit-elle. Je n'ai pas besoin de patron. Je regarde l'image et je sais comment le faire. »
« C'est une véritable magicienne, elle est étonnante. Je lui amène parfois une image aussi petite que deux pouces par deux pouces, et elle me fait une robe identique ! » n'en revient pas encore sa propre fille.
Les habits de Jacqueline Moreau sont souvent loués pour des mariages thématiques ou pour l'Halloween, mais ils ont également été empruntés pour des tournages, de documentaires surtout. On l'a approchée pour vêtir des plateaux de tournage de longs métrages, mais elle a refusé. « Ils étaient trop exigeants. Je ne devais plus louer le costume pendant dix ans, et je ne pouvais en faire de copie. J'ai dit non. »
Une de ses robes de mariée de la Renaissance s'est toutefois rendue en France à deux reprises, et une autre robe de la même époque a gagné deux prix, dont un durant les Fêtes de la Nouvelle-France, à Québec.
Exposition
Dans le cadre des Journées de la culture, ce week-end, certaines des créations de Mme Moreau seront mises à l'honneur dans une exposition qui propose un petit cours d'histoire à travers ses costumes. Celle-ci se tiendra sur le site du gîte Aux portes du temps.
À la soixantaine de tenues exposées s'ajoutent quelques accessoires, dont des épées et de véritables cottes de mailles fabriquées par le mari de la couturière, Marcel Moreau. « Ce n'est pas compliqué, c'est juste très long », mentionne le principal intéressé.
Des visites guidées et interactives seront proposées samedi de 10 h à 16 h et dimanche de 10 h à 17 h. L'activité est gratuite.