Yves Pelletier, qui a scénarisé deux bandes dessinées, était à la Brasserie Dunham­, samedi, pour le mini-salon de la BD.

La BD hors des sentiers battus

Les amateurs de bande dessinée se sont donné rendez-vous, samedi, à la Brasserie Dunham pour la deuxième édition du mini-salon de la BD. Durant l’événement, la bière de commandite pour le Festival Québec BD était également lancée.

Les bédéistes Pascal Girard, Iris Boudreau, Richard Suicide (ou Richard Écrapou pour les enfants) et Henriette Valium, à qui était consacrée une exposition rétrospective, étaient sur place, de même que Yves Pelletier, qui a scénarisé deux bandes dessinées.

Un événement comme celui-ci est apprécié des bédéistes invités. « Sortir de Montréal, sortir de Québec ! C’est surtout agréable pour les bédéistes d’être dans un endroit semblable, constate Richard Suicide, pour qui il s’agit de la deuxième participation. On est toujours pris dans le même genre de circuit de Montréal, Québec, des fois on va à Sherbrooke et Trois-Rivières. Dans les salons du livre, il y a comme une distance qui se fait. Ici, c’est plus convivial. »

« En même temps, on ne fait pas de la bande dessinée juste pour le monde de Montréal, renchérit Pascal Girard. Surtout que les livres que je fais seul se passent surtout en région. »

Le fait de sortir des grands centres est un argument qui revient chez tous les artistes rencontrés par La Voix de l’Est, samedi. « C’est de rencontrer des lecteurs qui ne sont pas des lecteurs de Montréal, souligne Iris Boudreau, qui a signé son 14e album récemment. À Montréal, il y a beaucoup d’offres en événements culturels tandis qu’en région il y en a moins, alors les gens sont plus enthousiastes, ils sont contents de nous voir. »

« Un rêve d’enfance »
Il y a déjà bien des années que Pascal Girard et Iris Boudreau ont donné vie aux scénarios d’Yves Pelletier. Pascal Girard a réalisé le roman graphique Valentin en transposant le scénario élaboré par l’humoriste, réalisateur et acteur.

Simon Bossé, directeur artistique de la Brasserie Dunham.

« Valentin, c’est l’histoire d’une femme qui garde le chat de sa copine qui est allée habiter à l’étranger et elle tombe en amour avec le chat. À un moment donné, elle a à choisir entre son chum, qui est allergique, ou le chat. Le livre que j’ai fait avec Iris, ce sont 11 petites histoires différentes sur le thème de l’amour. Ce sont des histoires qui finissent mal ou qui sont ironiques, sarcastiques. Je lui avais présenté une vingtaine de synopsis et elle en a choisi 10. »

Ces courtes histoires sont regroupées dans un album intitulé Le Pouvoir de l’amour et autres vaines romances.

« Je me sens privilégié parce que j’ai collaboré avec Pascal Girard et Iris Boudreau qui sont des bédéistes qui scénarisent leurs propres affaires. Ce sont des gens très connus dans le milieu de la BD au Québec, j’aime beaucoup leur travail, donc c’était le fun de collaborer avec eux », reconnaît Yves Pelletier.

Détendu et visiblement heureux de se trouver à Dunham pour ce rendez-vous convivial, il remarque que la bande dessinée pour adultes est beaucoup plus présente sur le marché de la littérature qu’il y a une trentaine d’années.

Par contre, il semble difficile d’en vivre. La majorité des bédéistes ont un autre emploi pour réussir à payer les factures et mettre de la nourriture sur la table. Cet ancien membre de RBO a d’ailleurs scénarisé Valentin et Le pouvoir de l’amour et autres vaines romances sans en tirer de profits.

« En considérant le nombre d’heures que j’ai mis là-dessus, ça m’a plus coûté de l’argent que d’autre chose. Mais quand j’ai reçu la première copie, je te jure, j’en braillais. C’était un rêve d’enfance. »

Exceptionnellement, le mini-salon de la BD se tenait en même temps que le festival de Québec, pour des raisons de disponibilité avec Yves Pelletier, dont l’agenda est très chargé avec son spectacle d’humour Moi ?.

Henriette Valium et la BD underground

Une petite exposition rétrospective sur l’artiste Henriette Valium a été organisée dans l’atelier de Simon Bossé, à Dunham, samedi, dans le cadre du mini-salon de la BD. Le bédéiste était heureux de revoir des pièces de collection. 

« C’est magnifique parce que ça fait longtemps que je n’avais pas vu ces pièces. Ce sont tous des livres rares. »

Ne tentez pas de trouver du Valium à la librairie ou à la bibliothèque. Ses albums n’y seront pas disponibles. « Je suis connu, mais je fais dans l’underground, ce n’est pas commercial. Je suis connu dans des circuits marginaux. »

Pionnier de la BD marginale, il cumule les œuvres qu’il a souvent reliées lui-même, en sérigraphie et en très peu d’exemplaires. 

Devant la table où se trouvent les copies en possession de Simon Bossé, il peut raconter l’histoire de chacune d’elles. Dans un cas, il n’en existe que trois copies puisqu’il a tout monté à la main. Un très grand album n’existe qu’en 50 exemplaires. « Je n’ai même pas de copie moi-même ! »

Un album en anglais, relié par un lecteur originaire de Macédoine, montre des pages chargées de détails qu’on peut prendre des heures à observer. 

Des affiches ont aussi été installées au mur, toujours réalisées de la main d’Henriette Valium.

« Une personne sur 1000 va acheter de la BD et, dans ces acheteurs-là, il y en a un sur 1000 qui va s’intéresser à l’underground. Ce n’est pas vendable. Par exemple, actuellement je travaille sur un Nitnit, Tintin à l’envers. J’ai pris tous les albums de Tintin, je les ai tous coupés à l’exacto et je refais une histoire avec Nitnit qui se bat contre un complot musulman intégriste homosexuel. Il n’y a pas un seul éditeur qui va toucher à ça ! »

Mais contrairement à d’autres bédéistes marginaux, il n’a jamais voulu changer son art pour plaire aux éditeurs.