«Tout ce qui s’est passé pour moi était tellement inattendu, je ne l’avais même jamais prévu, alors tout ce qui arrive, je le prends comme un cadeau», affirme Joe Bel au sujet de l’accueil qu’elle reçoit.

Joe Bel: la fée du folk portée par la vie et la musique

Quand l’avion de Joe Bel s’est posé à Montréal, cette semaine, en pleine tempête, la chanteuse s’est rappelé sa première tournée au Québec, à la même période l’an dernier, dans des conditions semblables. Or, ce n’est certainement pas l’hiver qui aura raison de son attachement pour ce coin de pays dont elle rêvait depuis longtemps.

«Je suis née à Grenoble dans les Alpes, alors j’ai quand même l’habitude de la neige et du froid. J’ai grandi à la montagne, c’est familier pour moi. La fraîcheur et la neige, c’est quelque chose qui me fait du bien, mentionne la Française qui habite maintenant à Lyon. Mais au bout d’un mois, je vous admire ! Être ici un mois, c’est cool, mais passer tout l’hiver, c’est une autre histoire.»

Ces quelques semaines, elle les passera à parcourir la province pour une quatrième fois avec son album Dreams. Son nom y circule de plus en plus, ses admirateurs se multiplient, le lien se fortifie, indéniablement.

« Le Québec me fascinait et je me disais que je devrais un jour venir voir ici, mais je n’avais aucun contact au Québec. C’est mon envie de travailler avec Marcus Paquin pour Dreams qui m’a amenée une première fois à Montréal en 2016. Et depuis, je suis beaucoup venue ! »

Cet accueil n’est pas étonnant, car Joe Bel, c’est un timbre riche, des émotions à fleur de peau, une présence à la fois forte et délicate, un rythme envoûtant entre le soul et le folk. Certains y verront peut-être un petit quelque chose de Norah Jones.

D’autant plus que l’auteure-compositrice-interprète française chante surtout en anglais. Par nécessité, pas par coquetterie, insiste-t-elle. « Mes chansons en anglais ne sont pas là juste « pour faire joli », elles ont un sens. Plein de chansons ont été écrites pour des personnes anglophones, alors c’est naturel pour moi qu’elles soient dans cette langue. »

À moitié américaine de par la famille de son père, Joe Bel fait d’ailleurs remarquer qu’écrire en français est plus difficile. « Je l’ai moins fait, mais j’ai l’impression de redécouvrir un peu mon identité. C’est à la fois très agréable et un peu inconfortable, car j’ai d’abord pris mes repères en anglais. C’est plus tard que j’ai osé écrire en français. Instinctivement, les phrases me viennent en anglais comme une musique. En français, j’ai besoin de travailler plus fort pour les construire », dit-elle.

Mais écrire est pour elle une nécessité, quelque chose de viscéral. « J’ai besoin d’écrire un peu tout le temps pour exprimer mes émotions et tout ce qui me traverse. C’est ce que j’ai trouvé pour me sentir bien dans la vie. Plein de choses me passent par la tête, j’enregistre tout le temps des mélodies sur mon téléphone. C’est ma façon d’être au quotidien. »

Chansons inédites

Pour cette mini-tournée, l’artiste sera accompagnée de trois musiciens français avec qui elle a l’habitude de jouer. Avec sa guitare et un piano, elle livrera les titres de Dreams et quelques morceaux de ses EP précédents.

Et pour la première fois, elle offrira au public deux chansons inédites. Une en français, écrite au Québec, et une autre en ladino. « C’est un espagnol médiéval, la langue de mes ancêtres. Je ne le parle pas, mais certains aînés de ma famille le parlent encore. Quand j’ai découvert cette musique, j’ai été extrêmement touchée et j’ai eu envie de la partager à travers une chanson très ancienne. C’est vraiment intime, mais j’ose le faire au Québec ! »

Parlons-en de ce public qui l’impressionne chaque fois pour «sa réelle bienveillance et sa chaleur profonde et sincère». À deux ou trois reprises seulement, on lui a reproché de chanter surtout en anglais. «Des gens étaient un peu fâchés, mais j’aime bien qu’ils viennent me parler après le spectacle. Je leur expliquais pourquoi et, à la fin, ils comprenaient.»

En apprenant que la Maison de la culture de Waterloo, où elle s’arrête ce samedi, est à ce point certaine de la qualité de son spectacle qu’elle le promeut selon la formule «100 % garanti» — c’est-à-dire qu’elle s’engage à rembourser les billets, avant l’entracte, aux spectateurs insatisfaits —, la jeune femme éclate de rire sous la surprise.

«Ça existe ça !? Il ne fallait pas me dire ça ! Mais c’est hyper flatteur. J’espère que je serai à la hauteur», fait remarquer Joe Bel, qui commence à peine à prendre la pleine mesure de son succès.

Les États-Unis et le Canada anglais commencent d’ailleurs à lui faire de l’œil. Mais pour elle, ce n’est pas le but ultime. «Tout ce qui s’est passé pour moi était tellement inattendu, je ne l’avais même jamais prévu, alors tout ce qui arrive, je le prends comme un cadeau. Je n’ai pas trop de fantasmes, en fait. Je n’ai pas cette fibre d’ambition. J’ai juste envie de continuer à m’exprimer comme ça. Je me laisse porter par les choses.»

À noter que Joe Bel s'arrêtera également au Boquébière de Sherbrooke le 7 mars prochain.

Envie d’y aller ?

Quand : ce samedi 22 février à 20 h

Où : Maison de la culture de Waterloo

Billets : www.ovation.qc.ca