Jean Lapalme au lancement montréalais du premier album de sa protégée de longue date, Marie-Ève Janvier. C'était en 2007.

Jean Lapalme tire sa révérence

Tout a commencé un soir d'hiver 1996, quand Jean Lapalme a entendu la voix de Marie-Ève Janvier pour la première fois. Elle n'était alors qu'une fillette de 11 ans, mais il voyait déjà en elle une grande artiste populaire. À l'heure où il annonce son retrait du show-business, l'imprésario revient sur ce « coup de foudre professionnel » qui a changé le cours de sa vie.
« J'étais assis dans la salle, en pleine répétition d'un spectacle de Musicophonie. En entendant chanter Marie-Ève, je me souviens avoir dit à ma blonde : "C'est une bombe à retardement !" Elle avait une voix et un aplomb incroyables pour son âge ! »
Bien de l'eau a coulé sous les ponts depuis ce moment fatidique. « Vingt et un ans, six albums, trois disques d'or, plus de 700 000 albums vendus, un Félix, trois comédies musicales, cinq tournées sur quatre continents, plusieurs émissions de télé et de radio, ainsi que de superbes rencontres très inspirantes », pour reprendre les mots du gérant qui pilotait non seulement la carrière de Marie-Ève, mais aussi celle de sa soeur cadette Émilie depuis quelques années.
Après mûre réflexion, le Bromontois leur a annoncé la nouvelle dimanche. Une rencontre très émotive, dit-il, en rappelant sa longue relation avec la famille Janvier. « Je vais prendre un recul. C'est tough de tirer ma révérence quand tout va bien, mais en toute intégrité, je pense qu'elles vont continuer à progresser sans moi, peut-être même mieux. »
Malgré l'énorme charge de travail et la pression que son rôle d'imprésario représentait, Jean Lapalme a toujours conservé son emploi dans le domaine de l'imprimerie. Cet horaire parallèle lui assurait des semaines de travail de plusieurs dizaines d'heures...
À 55 ans, il affirme toutefois être trop jeune pour la retraite. Il compte donc conserver son emploi, mais aussi « décanter », faire un peu de musique pour le plaisir, jouer au golf plus souvent et vivre sa passion pour la moto. « J'ai reçu quelques propositions, mais si je renouais un jour avec le show-business, c'est à la porte des soeurs Janvier que je recognerais ! », jure-t-il.
À la table du Mike's 
Dans une longue missive publiée sur Facebook dimanche, Jean Lapalme raconte la genèse de cette belle aventure. Il relate le « brunch d'affaires » tenu au restaurant Mike's de Granby, où la toute jeune Marie-Ève et ses parents ont accepté de lui faire confiance. Il raconte aussi humblement ses premiers pas dans un domaine qui lui était inconnu. 
« Je m'accrochais aux précieux conseils provenant de gens du milieu et j'assimilais chaque mot que je pouvais attraper au vol lorsque j'étais "en coulisse", au téléphone et autres. De plus, dès la semaine suivant notre entente de partenariat, je suis allé chercher les conventions UDA et Guilde puis je lisais, écoutais, regardais TOUT ce qui pouvait m'aider à devenir un meilleur gérant/coach », mentionne-t-il dans ce message.
À La Voix de l'Est, il avoue que son « front de boeuf » l'a aussi bien servi. « Quand j'ai reçu mon premier "Non", c'est là que le vrai travail a commencé ! »
Et le voilà lancé dans une série d'anecdotes impayables. Comme la fois où il a vendu pour 43 000 $ de billets à des gens de la région pour remplir une salle montréalaise où il pouvait mettre Marie-Ève en vedette, devant une protégée de Guy Cloutier. Ou la fois où son insistance a permis à Marie-Ève d'apparaître in extremis à l'émission Le Point J où se trouvait aussi un certain Luc Plamondon. La fois encore où les auditions ont mené la jeune fille dans Notre-Dame-de-Paris - « C'était l'euphorie ! », lance-t-il en riant. Et surtout cette journée de février 2004, où il a assisté, ému, à la grande première de la comédie musicale Don Juan dont Marie-Ève faisait partie...
« Même si ça n'a pas toujours été facile, je ne changerais pas grand-chose. C'est très inspirant comme métier. C'est un buzz, une aventure de vie que je souhaiterais à tout le monde. » 
Son message virtuel contenait d'ailleurs des remerciements à une multitude de personnes qui, de près ou de loin, ont joué un rôle dans sa carrière d'agent d'artistes. Il s'adresse aussi directement à ses deux protégées : « Merci à Marie-Ève et Émilie Janvier... deux talents vraiment exceptionnels !!! Vous m'avez rendu meilleur les filles et vous serez toujours mes deux chanteuses préférées ! »
« Je sais que c'est cliché, mais j'ai réussi en gérance parce que j'avais des artistes parfaites. Il y a eu un peu de chance, mais surtout beaucoup de travail. Il fallait être à la hauteur et livrer la marchandise chaque fois. »
Bien qu'il soit serein avec sa décision, Jean Lapalme ne cache pas qu'il lui est difficile de quitter le navire alors que la plus jeune, Émilie, est en pleine lancée professionnelle. « Mon moins bon coup, c'est d'arrêter alors que ça va bien pour elle. Son premier disque est tellement solide. Elle a un talent fou. »
Il assure que le public la verra de plus en plus. « C'est clair que ça va marcher pour elle. C'est une artiste incroyable. Je vais l'assister pour encore quelques shows. »
Quant à Marie-Ève, il n'a aucune inquiétude - d'ailleurs, en a-t-il déjà eu ? « Attachez vos tuques avec de la broche. En 2018, quelque chose de très gros s'en vient pour Marie-Ève et Jean-François Breau... », glisse-t-il mystérieusement, comme tout bon imprésario !
« On a été une équipe incroyable » - Marie-Ève Janvier
Marie-Ève Janvier ne s'est pas fait prier pour réagir au départ de son gérant et ami, Jean Lapalme. « Je lui dois beaucoup. On a été une équipe incroyable, lui et moi. Je ne trouverai jamais quelqu'un comme Jean. Ça va être autre chose », affirme-t-elle.
Sous les yeux de son agent, la fillette pleine de potentiel a grandi, a pris de l'assurance, s'est transformée en artiste accomplie, a rencontré l'amour, est devenue maman. « C'est 20 ans d'histoire pleine d'émotions, de fous rires, de bons et de moins bons coups, sans chicane. Ce n'était pas qu'une relation d'affaires, Jean était un ami de ma famille. Vingt ans, dans ce milieu-là, je n'en connais pas, à part Céline et René. »
Elle savait, pourtant, qu'ils allaient un jour faire face à la séparation. « Comme dans un couple, tu sais que ce sera peut-être inévitable. On n'avait pas de contrat ensemble, ça a été un lien de confiance du début à la fin », confie-t-elle.
Selon elle, Jean Lapalme a senti que le moment était venu de passer à autre chose. « Bien des gens se sont greffés à mon équipe au fil des ans. Je pense qu'il était réconforté là-dedans. On était rendus là et c'est lui qui a initié le mouvement. Ça fait partie de la grandeur du gérant qu'il est. »
Marie-Ève assure qu'il demeurera pour elle un excellent conseiller et que la transition se fera doucement. « Je ne suis pas en mode recherche d'un nouveau gérant ! »