«C’est comme un cadeau de revenir aux sources comme créatrice. Ça me ramène à moi toute seule devant mon travail. C’est plus périlleux de faire un piano-voix qu’avec plusieurs musiciens, car tout se voit et tout s’entend. On est dans la vulnérabilité», fait remarquer Isabelle Boulay au sujet de son spectacle Interprète.

Isabelle Boulay en toute intimité

Sa voix. Un piano. C’est tout. On peut compter sur les doigts des deux mains le nombre de spectacles qu’Isabelle Boulay présente au public dans cette formule intime et dépouillée de tout artifice. Un « écrin feutré » dans lequel la chanteuse revisite les pièces qui ont, en quelque sorte, influencé sa destinée.

« C’est très rare que je fasse un piano-voix. Rare pour son côté très intime, oui, mais aussi en raison du répertoire que j’ai choisi. C’est un spectacle auquel je pensais depuis longtemps et qui reprend les chansons qui m’ont donné envie de devenir une interprète. Je ne refais pas toutes les chansons qui m’ont amenée dans ce métier, mais ça dessine un peu les “traits de caractère” des raisons pour lesquelles je me suis lancée là-dedans. »

« Avec ce spectacle, je me sens comme au début, quand j’avais 17 ou 18 ans, et que je faisais de la chanson réaliste. J’étais plus dans cette mouvance de grandes chansons à texte comme Édith Piaf, Monique Leyrac, Pauline Julien ou Louise Forestier, qui m’ont beaucoup influencée », ajoute la dame au sujet de ce concert qu’elle a intitulé Interprète.

Seulement sept dates sont prévues à l’horaire, dont un arrêt à Cowansville ce samedi. « C’est un peu comme une expérience... Je le referai probablement. C’est un beau spectacle qui va continuer à exister, comme celui sur Reggiani, que je refais parfois », explique-t-elle.


« Avec ce spectacle, je me sens comme au début, quand j’avais 17 ou 18 ans »
Isabelle Boulay

Dans Interprète, elle glisse bien sûr de ses chansons, mais aussi des pièces de Piaf, de Juliette Greco et d’autres grandes voix françaises. On y entend de l’anglais aussi, avec Bonnie Raitt, et même un peu d’italien.

Pour cette mini-tournée un peu spéciale, l’artiste a fait appel au pianiste Benoît Sarrazin, son complice de très longue date. « J’avais à peine 17 ans quand je l’ai appelé pour lui demander de m’accompagner dans ma première tournée. Et il m’avait fait la fleur d’accepter! C’est un pianiste hors pair, quelqu’un de très sensible qui aime les chansons, qui aime les interprètes. Il est un grand accompagnateur. »

Pleinement en confiance, la belle peut ainsi plonger sans filet. « C’est comme un cadeau de revenir aux sources comme créatrice. Ça me ramène à moi toute seule devant mon travail. C’est plus périlleux de faire un piano-voix qu’avec plusieurs musiciens, car tout se voit et tout s’entend. On est dans la vulnérabilité. »

Et même si, cette semaine, un petit rhume l’importunait, elle sera là, debout et vibrante comme à son habitude. Promis. « J’en ai vu d’autres! Ma voix n’est pas atteinte » lance-t-elle en riant.

Justement. On pourrait aisément croire qu’Isabelle Boulay peut tout chanter. La principale intéressée a pourtant une autre opinion sur le sujet. « J’ai réalisé qu’il y a des chansons pour lesquelles on ne peut qu’être le public et jamais l’interprète. J’adore Ginette Reno, mais je n’arrive pas à chanter ses chansons. J’ai l’impression que certaines choses n’appartiennent qu’à elle, alors j’ai l’impression de lui voler quelque chose! »

« Oui, je suis une chanteuse à voix, poursuit-elle, mais ce sont les chansons et l’amour que j’ai pour elles qui font que ma voix va se mettre au service ou non de ces chansons. Je n’ai pas une voix qui peut tout embrasser. Je suis capable de les rendre, mais je sais au fond de moi que je ne réunis pas toujours toutes les conditions pour les chanter. J’ai toujours eu l’instinct pour ça. »

Un premier album de Noël

Ce qui l’amène à nous parler d’En attendant Noël, cet album qu’elle lancera le 22 novembre prochain. Son premier du genre en plus de 25 ans de carrière...

« Ça fait des années et des années que je voulais le faire. Mais je n’y étais jamais arrivée. J’ai toujours beaucoup aimé les chansons de Noël et je commence très tôt à les écouter, confie la chanteuse. Mais je voulais rassembler un répertoire qui était cohérent avec ma personnalité. Il fallait qu’il y ait un fil rouge pour relier tout ça. Je ne voulais pas que ce ne soit qu’un simple alignement de chansons. »

En avril dernier, avant d’entrer en studio avec le réalisateur Marc Pérusse, elle dit avoir réécouté toutes les chansons de Noël en sa possession. Toutes! Et certaines allaient de soi. « Je voulais absolument faire Le Labrador de Claude Dubois et I’ll be Home for Christmas [NDLR : qu’elle chante en duo avec Rufus Wainwright]. Mais d’autres comme Le sentier de neige ont été des surprises pour moi. »

Deux pièces originales viennent se greffer à l’album, dont Même si tout autour change écrite par les Soeurs Boulay, qui lui rappelle les Noëls de son enfance.

L’artiste a aussi « essayé » de grands classiques, sans nécessairement les retenir. Minuit chrétien, par exemple, n’y apparaît pas.

« On dirait qu’un disque, ça crée son esprit tout seul. Je voulais que ça s’écoute comme on tourne les pages d’un livre, sans indexation, que ce soit un album d’intériorité qu’on puisse écouter en famille, mais aussi avec soi. »

Nécessaire retour en arrière ici. Isabelle Boulay rappelle que son désir de produire un album de Noël est né en 1995, précisément. « J’étais à Paris dans Starmania, j’avais environ 22 ans, mon père était décédé un peu avant. C’était mon premier temps des Fêtes loin de ma famille. Pour me consoler, j’avais acheté deux disques de Noël dont Christmas with the Stars que j’ai toujours gardé. On y entend de grandes voix américaines comme Bing Crosby, Dean Martin. Ça m’avait accompagnée et je voulais absolument que mon album fasse le même effet de réconfort aux gens », termine-t-elle.

Encore des rêves

Que peut-on souhaiter à une artiste de 47 ans qui partage son temps entre le Québec et l’Europe, qui a vendu des millions d’albums, qui chantera bientôt avec les Choeurs de l’armée rouge, qui a réservé l’Olympia de Paris en décembre prochain pour y célébrer son premier passage il y a 20 ans... et qui compte finalement un album de Noël dans sa discographie (!) ? Encore plein de choses, assure Isabelle Boulay.

« J’aimerais jouer à nouveau dans une comédie musicale. Et puis, je souhaite faire un album country avec le musicien et producteur américain T-Bone Burnett avant mes 50 ans. Ça, c’est un rêve personnel! »

D’ici là, il est fort à parier qu’un nouvel album verra le jour en 2020. Et on ne serait pas étonné d’apprendre que son spectacle piano-voix ait quelque chose à y voir...

ENVIE D'Y ALLER ?  

Quand : ce samedi 16 novembre à 20 h

 : Auditorium Massey-Vanier de Cowansville

Billets : lepointdevente.com ou à la porte