Le premier roman de Katy Boyer-Gaboriault sort en librairie le 13 février aux Éditions Goélette.

Intrigue, cadavres et trous de mémoire

Une thanatopractrice qui, le temps d’un récit, se glisse dans la peau d’un pathologiste judiciaire, cela va un peu de soi. C’est en tout cas ce que Katy Boyer-Gaboriault a choisi comme trame de son premier roman, Le chasseur de brouillard, où se mêlent les cadavres et les misères du quotidien.

Si le portrait semble déprimant (et il l’est !), l’auteure réussit quand même à y insuffler une bonne dose d’humour noir et d’humanité. Au coeur de l’histoire, son personnage, le Dr Christopher Nelles, tente tant bien que mal de maintenir sa vie personnelle et professionnelle à flot.

Refusant farouchement d’accepter le diagnostic d’alzheimer précoce qui afflige la femme de sa vie, le médecin spécialiste doit au même moment faire la lumière sur le décès nébuleux d’une adolescente. Meurtre ou accident ? Les examens et les analyses n’apportent que peu de réponses, alors que la pression s’accentue pour éclaircir le drame et trouver un coupable.

Les extraits d’autopsies servent d’ailleurs de prétexte à Katy Boyer-Gaboriault pour donner — dans le détail — un aperçu de ce qui se déroule au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal. « Je ne suis pas pathologiste, mais j’ai assisté à des autopsies et je vois régulièrement des corps après une autopsie », glisse l’embaumeuse pour justifier ses connaissances.

La jeune femme, qui a passé toute son enfance et son adolescence à Sainte-Sabine, où habite encore sa famille, vit et pratique maintenant son métier à Montréal. Une profession étonnante, qui fait réagir à tout coup.

« J’aurais aimé être médecin, mais je n’avais pas les notes pour le devenir. Le monde funéraire et son côté caché m’avaient toujours intriguée. Après un an d’études en inhalothérapie, j’ai lâché pour aller voir du côté de la thanatopraxie. Et j’y suis depuis 15 ans. »

« Ce que j’aime, poursuit-elle, c’est de voir d’où on part et jusqu’où on peut se rendre. Je le fais vraiment en pensant aux familles. Si c’était mon frère ou mon père, je voudrais le voir beau une dernière fois... C’est cette évolution qui m’intéresse, tant pour les cas normaux que pour les cas plus difficiles, pour que les familles puissent se dire que la personne décédée est comme il la connaissait. C’est mon travail d’aider les gens à passer à travers l’étape difficile de la mort d’un proche. »

Une thanatopractrice qui, le temps d’un récit, se glisse dans la peau d’un pathologiste judiciaire, cela va un peu de soi. C’est en tout cas ce que Katy Boyer-Gaboriault a choisi comme trame de son premier roman, Le chasseur de brouillard, où se mêlent les cadavres et les misères du quotidien.

« Grognon, mais adorable »

Le personnage de Christopher Nelles est « né spontanément » dans son esprit il y a quelques années, dans une des nouvelles qu’elle avait alors composées. C’est en complétant un certificat universitaire en création littéraire, en 2014, alors qu’elle devait produire un texte d’une cinquantaine de pages, qu’elle a eu l’idée de faire revivre le pathologiste sur papier.

« Le Dr Nelles, c’est peut-être un petit peu moi, si j’étais un médecin homme de 50 ans. Un peu grognon, mais adorable ! », lance-t-elle en riant.

Quant au récit lui-même, il est inspiré de ses propres réflexions.

« Beaucoup de choses m’obsèdent dans la vie, notamment de perdre mon autonomie à un jeune âge. Je savais que certaines personnes avaient l’alzheimer jeune et je voulais creuser ce thème. Et pour l’intrigue de base, je souhaitais faire contrepoids à ce qu’on voit souvent dans les séries télévisées. Le travail des scientifiques judiciaires et des policiers n’est pas toujours de trouver un coupable à tout prix ; c’est aussi parfois de disculper quelqu’un. Ça m’intéressait de changer les perceptions. »

Vous aurez compris qu’il aura fallu cinq ans — d’écriture, de pauses, de coupures, de relecture et de réécriture — avant que la trentenaire puisse tenir Le chasseur de brouillard entre ses mains.

Le résultat est intéressant, à un petit bémol près... À travers son bourru Dr Nelles, l’auteure n’est pas tendre envers les médias, allant jusqu’à les traiter de «vautours».

Vraiment ? « Je ne considère pas que tous les journalistes sont des vautours, se défend-elle, mais en travaillant dans le milieu funéraire, j’ai déjà vu des cas où des médias tentaient de “déterrer” des choses. Dans le récit, mon personnage a vu trop d’histoires de ce genre. C’est grossi, mais à la base, je me suis inspirée d’une histoire qui m’est arrivée. Mais croyez-moi, je suis une fille informée et je suis pour le journalisme libre ! », assure-t-elle.

Quand on lui demande si un prochain bouquin est sur le feu, on devine que le projet la titille. Reste seulement à trouver l’élan nécessaire. « J’ai des pistes, mais encore rien de concret ! »