Vendredi dernier, Gaële a dévoilé le volume 1 de Partir à point, sur lequel elle rend hommage à Yann Perreau (La peur), Galaxie (Piste 1), Guillaume Beauregard (De pluie et de cendres) et JiPé Dalpé (Tapis rouge).

Gaële: créer en toute liberté

Il y avait longtemps que la chanteuse Gaële ne nous avait pas servi de nouveau matériel. Son dernier album remonte en effet à 2013. Occupée à une panoplie d’autres projets, elle avait un peu mis de côté sa propre carrière d’auteure-compositrice-interprète. «Surtout l’interprète en moi», admet-elle.

Désirant «redonner ses lettres de noblesse» à cette facette d’elle-même, «qui est après tout mon métier préféré», celle qui célébrera ses 40 ans cette année s’est lancée dans un beau défi: revisiter les artistes québécois masculins qui l’ont marquée depuis son arrivée au Québec, il y a 20 ans. C’est d’ailleurs pour s’y consacrer à temps plein qu’elle a délaissé son poste d’enseignante à l’École nationale de la chanson de Granby, qu’elle a occupé de 2014 à 2016.

«Depuis que je suis ici, j’ai fait une multitude de rencontres, et j’ai eu envie de jeter un regard derrière», dit-elle. «J’ai aussi voulu remettre la femme que je suis au premier plan, et ça prenait tout son sens en interprétant les mots des hommes qui ont marqué mon cheminement, car ils résonnent différemment dans ma bouche.»

Elle aurait pu faire un album; elle a plutôt choisi de savourer le plaisir et d’étaler son projet sur trois EP, tous à voir le jour en 2019.

«Je réapprivoise la lenteur. Je réapprends à faire les choses à mon rythme, à ma façon. Tout allait trop vite ces dernières années. Je ne me retrouvais plus là-dedans», dit-elle.

«J’avais le goût de quelque chose de plus humain, de remettre la création à la base de mon métier et de la déguster.»

Un hommage aux hommes de sa vie

Vendredi dernier, Gaële a dévoilé le volume 1 de Partir à point, sur lequel elle rend hommage à Yann Perreau (La peur), Galaxie (Piste 1), Guillaume Beauregard (De pluie et de cendres) et JiPé Dalpé (Tapis rouge). «J’ai choisi des artistes avec qui j’avais eu de réelles rencontres, de vrais échanges, explique-t-elle. J’ai fait une liste des thèmes que je voulais aborder — la peur, l’amour, le bonheur, les peines, etc. —, puis j’ai écouté tout leur répertoire et j’ai choisi la chanson que je voulais interpréter en fonction de ce qui m’interpellait en tant que femme immigrante de 40 ans.»

La chanson de Yann Perreau, arrangée par Martin Lizotte, l’a fortement touchée. «J’ai choisi cette chanson puissante de Yann Perreau parce que j’aime l’idée de considérer la peur comme une amie, une alliée, un moteur devant les différences, au lieu de la traiter comme un frein et une anesthésie face à ce que je ne connais pas. Je n’aime pas avoir peur, mais j’aime encore moins qu’elle me paralyse. Et les mots de Yann résonnaient fort en ce sens», explique-t-elle.


« J’avais le goût de quelque chose de plus humain, de remettre la création à la base de mon métier et de la déguster. »
Gaële

Sur Piste 1, l’adaptation de Jean-Sébastien Fournier fait ressortir «ma féminité et ma sensualité» sous forme d’un fougueux tango.

De pluie et de cendres aborde pour sa part la confiance. «La confiance en l’humain, en la force du nombre, au travail d’équipe plutôt que l’esprit de compétition.» Cette confiance en l’humanité avait disparu il y a quelque temps chez Gaële, «tout comme ma joie de vivre», avoue-t-elle. «Je m’étais laissée happée par un rythme de vie effréné et le pessimisme. Cette chanson de Guillaume m’a redonné confiance.»

Tapis rouge a quant à elle été choisie pour «l’instinct» qu’elle réveillait en l’auteure-compositrice-interprète.

Pour les oreilles... et plus

Les deux autres volumes de Partir à point sortiront en mai et en octobre. Serge Fiori, Jim Corcoran, Richard Desjardins, Plume, Harmonium et Daniel Bélanger figurent parmi les autres artistes revisités.

Si le premier EP s’avère surtout un plaisir pour les oreilles, les deux autres seront bonifiés d’une exposition et d’une prestation de danse pour vivre la musique à travers les yeux et le langage corporel, laisse savoir Gaële.

«Pour le deuxième, j’ai demandé à une artiste sherbrookoise que j’aime beaucoup, Adele Blais, de peindre les portraits d’artistes que j’ai choisi de jumeler aux artistes à qui je rends hommage sur disque», explique-t-elle.

«Par exemple, Richard Desjardins est un fier défenseur du territoire et de la nature. Je l’ai jumelé à une artiste autochtone, de qui Adèle fera le portrait.»

L’exposition se fera en mai, à Montréal, mais il n’est pas exclu qu’elle vienne faire un tour en Estrie, région toujours chérie par la chanteuse.

Le troisième volet de son triptyque musical sera pour sa part accompagné d’une performance de danse, mais plus de détails suivront ultérieurement.

«Dans le fond, tout ce beau projet, ç’a juste été un prétexte pour triper et créer en toute liberté», conclut l’artiste, sourire aux lèvres, dans les yeux et dans le coeur.