«Un des objets clés, et mon objet favori, est un casque allemand, avec l’aigle, capturé à un régiment d’élite allemand dont la vocation première était d’être la garde rapprochée de l’Empereur allemand», explique Jeremy Reeves­, conservateur à la Société historique du comté de Brome.

Exposition Une route sans fin: les conséquences humaines de la Grande Guerre

Le 11 novembre 1918, la Première Guerre mondiale ne s’est pas terminée du jour au lendemain pour les soldats canadiens stationnés en Europe. « Ce n’est pas comme une lumière qu’on peut juste éteindre. Elle se poursuit dans les années et décennies qui suivent », explique Jeremy Reeves, conservateur à la Société historique du comté de Brome (SHCB), où est présentée la nouvelle exposition Une route sans fin, qui met en lumière les aspects humains de l’après-guerre.

Le musée situé à Knowlton célèbre depuis cinq ans le centenaire de la Première Guerre mondiale. « Avec cette exposition, on voulait quitter le champ de bataille, car nos dernières expositions avaient comme thèmes des batailles ou des campagnes importantes, et on voulait [cette fois] raconter des histoires beaucoup plus humaines et montrer que les conséquences de la Grande Guerre se projettent dans les années 1920, 1930 et 1940 », indique M. Reeves.

Le musée présente notamment l’immense défi logistique que représente le rapatriement de plus de 400 000 soldats à la maison, les aspects émotionnels liés à la commémoration des soldats tombés au combat et la difficulté des combattants essayant de réintégrer la vie civile. « On ne voulait pas faire de l’histoire militaire, mais plutôt de l’histoire sociale », revendique le conservateur.

Il est donc peu question des événements que la plupart des gens connaissent. « Les gens ont souvent l’impression que la Première Guerre mondiale prend fin à la 11e minute de la 11e heure du 11e jour du 11e mois 1918. C’est une histoire qu’on connaît très bien, mais on voulait présenter l’idée que non seulement les combats continuent jusqu’en mars 1919, alors qu’il y a des soldats canadiens — dont certains du comté de Brome — qui sont envoyés en Russie, mais aussi que les conséquences de la Grande Guerre ne prennent pas fin le 11 novembre », révèle le conservateur.

Précieux casque

L’exposition présente des trophées, des médailles, des uniformes, des lettres, des photos et des objets ravis aux Allemands, provenant de la collection permanente de la SHCB.

« Un des objets clés, et mon objet favori, est un casque allemand, avec l’aigle, capturé à un régiment d’élite allemand dont la vocation première était d’être la garde rapprochée de l’Empereur allemand », explique M. Reeves.

Ce casque faisait partie de l’exposition organisée à Hamilton, en 1919, par le gouvernement canadien. « Des expositions ont tourné à travers tout le Canada et présentaient différents objets qui avaient été capturés aux Allemands ; elles étaient très populaires dans les années 1919 et 1920. Elles permettaient de financer le redressement de l’économie nationale », ajoute-t-il.

Présentés en une série de vignettes et accompagnés de textes touchants, la trentaine d’objets présentés témoignent du paysage politique, émotionnel et psychologique complexe du Canada, depuis la démobilisation en 1919 jusqu’au pèlerinage de Vimy en 1936. Le 26 juillet 1936, quelque 100 000 Canadiens, Britanniques et Français étaient présents au dévoilement du Mémorial de Vimy, en France.

À trois niveaux

L’expo se décline selon trois échelles. D’abord celle individuelle, au niveau du soldat et des familles. Il est question du processus de démobilisation, des familles en deuil, des séquelles physiques et psychologiques des soldats.

L’aspect communautaire permet ensuite de rappeler comment on a commémoré la guerre et honoré tous ceux qui sont allés au combat. Le tableau d’honneur du comté indique par exemple qu’environ 300 soldats ont pris les armes pour le Canada. Enfin, toute une section s’intéresse au redressement économique.

L’exposition Une route sans fin a été conçue par Jeremy Reeves, avec l’aide d’Abbey Lacroix, archiviste au musée. « On travaille toujours de concert elle et moi, car c’est elle qui gère tous les documents et photos et qui donne vie à ceux-ci [en les mettant en contexte] », dévoile le conservateur.

Finalement, pourquoi avoir intitulé l’exposition « une route sans fin » ? « Pour tous les soldats et tous les Canadiens, le retour de la Première Guerre mondiale était une route très très longue. Cette image évoque des familles pour qui le processus de deuil a duré toute une vie, les différents soldats qui sont rentrés avec d’importantes séquelles psychologiques et pour qui, dans un sens figuré, le retour à la maison n’a jamais eu lieu. »

Pour célébrer l’inauguration de cette nouvelle exposition, la SHCB organise également un festival du patrimoine sur le thème de la Première Grande Guerre, ce samedi 12 octobre 2019, de 11 h à 16 h.

Le musée est ouvert au public sept jours sur sept jusqu’au 14 octobre 2019, de 10 h à 17 h. À partir de l’Action de grâce, le musée est ouvert du lundi au samedi, aux mêmes heures. Le prix d’entrée au musée est de 8 $ pour les adultes, 6 $ pour les aînés/étudiants et 2 $ pour les enfants.