Sylvie Pelletier et Sarah Gobeil entourent la vice-présidente de Boréart, Jessica Ruel, devant des œuvres de Mme Pelletier.

Exposition Perceptions à Boréart: deux regards sur le portrait

Deux visions du portrait cohabitent dans la nouvelle exposition Perceptions, qui met en vedette les œuvres de Sarah Gobeil et Sylvie Pelletier au centre d’arts visuels Boréart de Granby jusqu’au 4 février.

Si la première s’inspire du rapport de l’homme avec le monde matériel pour en illustrer le contraste dans des montages aux allures robotiques, la seconde dessine à l’aveugle afin de capter et faire ressortir l’émotion de ses sujets dans ses tableaux.

« On ne se connaissait pas du tout avant, mais on se complète vraiment bien, et en couleurs en plus. Ça s’harmonise parfaitement. Moi, je cherche à faire des perceptions différentes et elle aussi joue sur la perception qu’on peut avoir, d’où le thème de l’exposition », explique Sylvie Pelletier.

Toutes deux fascinées par le genre humain, les deux artistes se plaisent à en exposer les nuances à partir d’images de visages qu’elles modifient à leur façon. Et si l’on se fie aux commentaires des dizaines de curieux ayant assisté au vernissage dimanche après-midi, le mariage entre leurs deux styles est réussi.

« Ça part super bien l’exposition. J’ai obtenu de très bons commentaires, plein d’offres de contrat, et j’ai déjà vendu des œuvres alors je ne pouvais rien demander de mieux », a noté la photographe granbyenne, Sarah Gobeil, qui expose pour une première fois à Boréart.

Entre dureté et douceur

Mme Gobeil décrit ses œuvres comme des « portraits hybrides » mêlant la photographie et le dessin. « Je fais des portraits, mais j’ajoute des bribes d’images de véhicules, de machines par-dessus les visages. Ça devient une illustration et ça donne un tout nouveau personnage. »

« J’ai toujours trippé sur les tracteurs, j’ai travaillé dans des usines, j’aime vraiment les outils et les machines. L’idée de faire un personnage qui semble super doux et de le transformer avec des choses plus dures comme des machines, je trouvais ça plaisant », indique-t-elle. 

Le résultat aux relents steampunk met aussi en relief le contraste entre la dureté du regard et la douceur du visage de ses sujets. « J’ai utilisé des portraits de mes fils, des amis de mes fils, de mes nièces. Ils sont souvent surpris, mais je n’ai jamais eu de réaction négative. J’avais peur qu’ils ne se trouvent pas beaux, mais j’obtiens toujours un beau wow ! », souligne-t-elle tout sourire.

L’approche de Mme Pelletier, une graphiste de Varennes maintenant devenue artiste, est similaire. À partir d’une image déjà existante, elle transforme celle-ci en dessinant une nouvelle version à l’aveugle, soit en gardant un œil sur le modèle de base, mais sans regarder le tracé parcouru par sa main.

« Je ne regarde pas à 85 % du temps. Je pars, je dessine et après j’interprète en ajoutant de la couleur. Je trouve que ça simplifie la ligne et ça nous amène à regarder avec des yeux différents. On ressent l’émotion pendant qu’on dessine et la main l’applique sur le dessin. C’est l’impression que [j’ai] quand je dessine comme ça. » 

« Quand on cherche à faire une ressemblance avec une photo, c’est figé. L’émotion est froide. Il manque quelque chose. Quand on l’a retransformée en dessin, en peinture, c’est une façon originale d’aller chercher l’émotion pure, un peu exagérée parfois, ce qui peut donner un air clownesque, mais aussi très intense », estime-t-elle.

Ode à la nature

L’exposition Perceptions est complétée par une série de clichés du cinéaste et photographe de Saint-Joachim-de-Shefford, Jean-Thomas­ Bédard, mettant en vedette son thème favori, soit les rivages et battures du fleuve Saint-Laurent qui se dévoilent à marée basse.

Ce documentariste a travaillé pendant 20 ans à l’Office national du film (ONF). Maintenant à la retraite, il se plait à croquer les différentes couleurs que l’on retrouve dans les bancs de roches surgissant des fonds marins lorsque ceux-ci se retirent le temps d’un instant.

« Mon objectif est d’aller chercher des tableaux qui pourraient quasiment être des peintures d’art moderne ou des œuvres abstraites. En regardant bien et en cadrant bien, on arrive à trouver des choses absolument merveilleuses dans la nature telle qu’elle se présente à nos pieds », relève M. Bédard. 

Ses œuvres seront d’aussi exposées à la Maison du développement durable, à Montréal, en juin 2018. Il prévoit ensuite continuer de lever le voile sur les beautés cachées et fragiles du Saint-Laurent en s’attaquant aux rivages de l’île d’Anticosti l’été prochain.


L’exposition Perceptions sera ouverte au public du mercredi au dimanche de 13 h à 16 h à Boréart, et ce, jusqu’au 4 février prochain.