La cinéaste dans le Salar d’Uyuni, un immense désert de sel, en Bolivie.
La cinéaste dans le Salar d’Uyuni, un immense désert de sel, en Bolivie.

En Amérique du Sud (sans crainte) avec Mimi Tremblay

Mimi Tremblay est en deuil. La cinéaste devait aller tourner en Uruguay et au Brésil en prévision de son prochain long métrage, mais la COVID-19 a dérangé ses plans.

«On est parti en janvier pour trois mois, mais on a dû revenir après seulement deux mois devant l’urgence sanitaire», raconte-t-elle. «C’est plate, mais c’est comme ça.»

Elle se considère néanmoins chanceuse d’avoir pu visiter le Pérou, la Bolivie et l’Argentine avant que ne soit déclarée la pandémie. Et d’avoir pu capter, lors d’un précédent voyage de deux mois en 2019, des images de la Colombie et de l’Équateur. «Ç’aurait pu être pire», relativise la Bromontoise, qui s’est lancé comme défi, en 2017, de produire et filmer dix longs métrages autour du monde.

À travers sa boîte Films Oiseau de nuit, elle a d’abord revisité le roadtrip américain dans Nomades (2017). Elle a ensuite parcouru le Canada dans Repères (2018). Cette fois, vous l’aurez déduit, c’est en Amérique du Sud qu’elle nous transportera.

«J’ai l’impression que ce film représente vraiment le début de l’aventure, dit-elle. Aux États-Unis, je suis partie à la découverte de moi-même. Dans le deuxième film, je me suis lancée dans la découverte de mon propre pays, mes origines, mon identité en tant que Canadienne. Là, je suis partie à l’étranger pour la première fois, pour aller à la rencontre de ‘‘l’autre’’.»

Le célèbre Machu Picchu, au Pérou

Entre peur et préjugé

Dans Aurora (qui signifie «aurore» en espagnol), la réalisatrice a voulu explorer la thématique du préjugé et de la peur de l’autre.

«Très souvent, une des premières choses qu’on se fait dire quand on part, c’est ‘‘fais attention’’. Même quand je suis allée en Australie, un pays développé semblable au nôtre, on m’a mise en garde. Comme si ailleurs était toujours plus dangereux que chez nous. C’est sûr qu’il y a des places plus risquées, mais probablement aussi qu’ailleurs, on croit que Montréal est une ville très dangereuse, alors que pour nous, ce n’est vraiment pas le cas», fait-elle remarquer.

L’Amérique du Sud, surtout, a cette réputation d’être un continent peu sécuritaire, poursuit-elle. «Pourtant, j’ai rencontré là-bas des peuples qui ont le sang chaud, oui, mais qui ont aussi le coeur sur la main.»

À travers un mélange d’histoire, de rencontres et de paysages à couper le souffle, la globe-trotteuse nous invitera à «percer les mystères» de ces civilisations au passé aussi riche que leur culture. «Je me suis étonnée, d’ailleurs, de les voir encore aujourd’hui aussi proches de leurs racines, ce qui contribue à la beauté de leur patrimoine», est-elle d’avis, précisant avoir eu un immense coup de coeur pour le Pérou et la Bolivie.

En plus des célèbres Machu Picchu, Salar d’Uyuni, forêt amazonienne, chutes Iguazu et désert de Tatacoa, la cinéaste amènera également le public dans des endroits moins fréquentés. «Elle vous fera trembler de terreur sur la Death Road et au creux de la Cerro Rico, montagne de mineurs boliviens qui mange les hommes vivants (!), vous rencontrerez les ancêtres des Shuars, ces réducteurs de tête, et réfléchirez sur Pablo Escobar», nous allèche-t-on dans un document de présentation.

Décidément, «l’autre» ne fait pas peur à Mimi Tremblay!

La grande première d’Aurora aura lieu en ligne le 17 septembre prochain. Les détails seront dévoilés prochainement sur la page Facebook des Films Oiseau de nuit.

Mimi Tremblay avec, en arrière-plan, la Rainbow Mountain, au Pérou

Prochaine destination...

Bien qu’elle soit dans le montage de ce troisième film par-dessus la tête par les temps qui courent, Mimi Tremblay songe déjà à son prochain périple, qu’elle voudrait faire autour de la mer Noire — «en Turquie, Roumanie, Ukraine, etc.»

«Ça va être vraiment intéressant. Je n’ai jamais mis les pieds en Europe, et je ne connais pas du tout ces cultures-là», mentionne-t-elle.

La jeune femme est toutefois bien consciente qu’elle pourrait ne pas voyager avant quelque temps encore. «Pour l’instant, je fais comme si ça allait être correct, mais je sais que ça se peut que je ne puisse pas partir avant 2022. Au pire, j’attendrai, ça me donnera juste plus de temps pour me préparer.»

Elle est toutefois persuadée que son projet de tourner ses dix films ne tombera pas à l’eau. «J’ai eu peur, je l’avoue. Mais je regarde ça maintenant, tout rouvre, tout semble vouloir revenir à la normale. Et puis, je me dis qu’il y a eu d’autres pandémies dans l’histoire de l’humanité, et le monde continue de tourner quand même aujourd’hui. Il faut juste être patient.»