Pour réaliser les oeuvres de son exposition Fables, Éliane Excoffier a poussé l'audace jusqu'à développer ses photos numériques... en chambre noire !

Éliane Excoffier: du numérique à l'argentique

On croyait que la chambre noire avait disparu du quotidien des photographes. Que la venue du numérique l'avait rayée de la carte. Éliane Excoffier nous prouve le contraire. Pour réaliser les oeuvres de son exposition Fables, elle a même poussé l'audace jusqu'à y développer... ses photos numériques !
Oui, vous avez bien lu : développer des photos digitales selon les procédés argentiques, c'est possible. « J'ai trouvé une façon d'imprimer mes photos sur du papier acétate de façon à créer un négatif géant, explique l'artiste-photographe. Celui-ci est ensuite déposé sur le papier photo­, puis soumis à la lumière pour l'impression. »
Travailler de cette façon lui permet une qualité d'image exceptionnelle, poursuit-elle. « La photo à la base est faite avec un appareil ultra performant, et le fait d'imprimer le 'négatif' sur un grand format fait que je n'en perds pas la qualité à travers le processus d'agrandissement. Le rendu est très, très défini. »
Le résultat est, pour tout dire, assez impressionnant. Malgré le ton sur ton souvent utilisé, les matières et les textures, très présentes dans ses oeuvres, ressortent si précisément qu'elles paraissent vraies et donnent envie de passer les doigts sur les textiles, de flatter les chevaux ou de glisser sa main dans les fourrures­ ou les chevelures.
Une portion de l'exposition <i>Fables</i>
Travail d'expérimentation
Aux 14 photos qui composent l'exposition Fables s'ajoute une série de « minis » provenant de plusieurs séries effectuées au cours de ses 20 ans de carrière, toutes selon des techniques plus différentes qu'inusitées.
Tantôt elle s'est amusée avec une camera oscura (pinhole camera, en anglais), c'est-à-dire une simple boîte de carton dans laquelle est percé un trou permettant de laisser passer la lumière pour imprimer la photo - « le temps de pose est de 5-10 minutes ! », laisse savoir Mme Excoffier. Tantôt elle a plutôt opté pour une caméra datant de 1913 ( !). Tantôt, encore, elle s'est tournée vers un Polaroid. « Mon processus de création en est beaucoup un d'expérimentation », dit-elle.
L'artiste de 45 ans a bien essayé de quitter sa chambre noire lors de l'apparition du numérique. « Mais je n'arrivais pas au résultat escompté. Et il me manquait le côté "cuisine" ou encore "chimie" que j'aime tant avec les procédés argentiques. »
De la féminité à la nature
Éliane Excoffier est détentrice d'un baccalauréat en histoire de l'art et en arts plastiques de l'Université de Montréal. C'est d'ailleurs lors des cours de photographie durant ses études qu'elle est tombée amoureuse de cette forme d'expression. « J'arrivais enfin à faire en photo ce que je ne parvenais pas à faire en dessin », raconte-t-elle.
Un de ses projets finaux a d'ailleurs été accepté pour une première exposition, et depuis, elle s'est peu à peu taillé une place dans le milieu.
Jusqu'à il y a deux ans, Éliane Excoffier déclinait ses séries autour de la féminité, du corps de la femme, avec toujours une pointe d'érotisme. C'est un déménagement de la métropole jusqu'à la campagne de Sutton, en 2015, qui lui a donné envie d'explorer autre chose. Elle s'est alors tournée vers la nature, les animaux ; Fables est le premier résultat de ce changement de sujet.
Représentée par la galerie Simon Blais, à Montréal, elle s'est même rendue à New York en mars, au Festival Volta (dédié aux arts contemporains) avant d'être présentée­ à Cowansville. 
L'exposition Fables de l'artiste-photographe Éliane Excoffier se déroule au Musée Bruck jusqu'au 22 juillet. Le vernissage se tient ce samedi 27 mai à 14 h.