Résidant de Shefford depuis un an, Louis-Philippe Hébert a publié près d’une trentaine d’ouvrages en carrière, dont certains ont été traduits en anglais, en espagnol, en russe, en roumain et même en azerbaïdjanais.

Écriture et soif de vivre

L’univers du dernier roman de Louis-Philippe Hébert, Le spectacle de la mort, est à mille lieues de celui de son auteur. Sombre et surannée, l’ambiance du livre détonne complètement du décor moderne et lumineux dans lequel il vit. Et contrairement à son personnage tourmenté, on a devant nous un homme énergique et affable.

« Pour Le spectacle de la mort, j’ai choisi une écriture très classique. C’est même gothique », dit-il, en rappelant que le récit se déroule dans un petit village de Roumanie, « au pays de Dracula ». On y fait la connaissance d’un écrivain en tournée de conférences en Europe, qui correspond avec son ami D. comme s’il se confiait à un journal intime. Isolé géographiquement et technologiquement, l’homme sombre lentement dans un état proche de la folie. « Petit à petit, il perd les pédales. Il est seul ; il a peu de points de repère. J’avoue que l’atmosphère est un peu anxiogène », lance le coloré romancier.

L’idée du livre lui est d’ailleurs venue lors d’un voyage dans cette contrée. « C’est comme des notes de voyage. J’écrivais à un ami, en le vouvoyant à l’ancienne. Certaines de ces lettres ont servi d’inspiration au roman. Mais c’est de la fiction, alors on essaie d’aller au bout du personnage. On peut se le permettre en littérature », se réjouit-il.

« Ce qui m’intéresse beaucoup, c’est la ligne entre le rêve et la réalité. Elle est très ténue. Quand on arrive à marcher comme un funambule sur ce fil, tout est possible. »

Auteur prolifique et visionnaire
Résidant de Shefford depuis un an, Louis-Philippe Hébert a publié près d’une trentaine d’ouvrages en carrière, dont certains ont été traduits en anglais, en espagnol, en russe, en roumain et même en azerbaïdjanais.

En plus de voyager aux quatre coins du monde et d’offrir des conférences, Louis-Philippe Hébert a déjà possédé une galerie d’objets de collection à Montréal. Depuis 2012, ce membre de l’Ordre des francophones d’Amérique possède Les Éditions de la Grenouillère.

Son parcours est à ce point riche et fascinant — vous connaissez beaucoup de gens, vous, qui ont rencontré le roi d’Espagne et Steve Jobs ? — qu’on se surprend presque à douter... Un seul homme peut-il en avoir fait autant ? Il faut croire que oui.

À 71 ans, il affirme avoir été « très chanceux ». Enfant allergique, il fréquentait peu l’école, passant beaucoup de temps à la maison, où sa soif insatiable de connaissances et son goût d’écrire ont bien vite émergé. « J’ai appris tellement de choses. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main », confie ce surdoué.

Poète, romancier, nouvelliste, journaliste, animateur, il a écrit pour la radio et le théâtre, il a joué au théâtre et vécu mille aventures. Mais si forte fût-elle, sa fibre artistique a longtemps rivalisé avec sa passion pour l’informatique. Louis-Philippe Hébert a plongé dans ce milieu à une époque où la plupart n’avaient aucune idée de ce qu’était un ordinateur. Sa fascination pour la programmation l’a d’ailleurs mené à la création de Logidisque, une société de production de logiciels en français qui a connu du succès dans les années 80.

« Mais à un moment — j’avais 49 ans —, je me suis senti prisonnier de ma vie et j’ai vendu », raconte-t-il, en précisant n’avoir jamais mis l’écriture de côté, même lorsqu’il portait son chapeau d’homme d’affaires.

« L’écriture, c’est merveilleux. C’est tellement fort », affirme l’auteur du Livre des plages et de Marie Réparatrice, entre autres, deux recueils primés.

Celui qui se dit captivé depuis toujours par la notion de temps semble déterminé à savourer chaque minute de sa vie. En plus de mener quatre manuscrits de front, à un rythme d’écriture de huit à dix heures par jour, M. Hébert s’envolera bientôt vers l’Amérique latine pour y offrir une énième conférence. « J’aime tout ! »