Avec ses chansons « romantico-louches » et son style « pad/moustache » tout droit sorti des années 70, Gab Paquet n'a certainement pas laissé personne indifférent.

Du talent à revendre

La deuxième soirée de demi-finales au Festival international de la chanson de Granby a la réputation d'être souvent la meilleure des quatre. Et sans contredit, celle de jeudi pourrait bien confirmer la tendance.
Notre gros coup de coeur de la soirée va à Nicolas Gémus, probablement le demi-finaliste le plus mature musicalement parlant.
On a eu droit à tout, jeudi : deux bibittes qui décoiffent, du wolof, deux torses nus, un rocker dans l'âme, un gros coup de coeur et une voix charmante. On a ri, on s'est ému, on a tapé des mains. Mais surtout, surtout, on a vu beaucoup de talents défiler au Palace.
Malgré des univers complètement différents, les six candidats avaient tous un petit quelque chose pour nous charmer. Notre gros coup de coeur va toutefois à Nicolas Gémus, le dernier candidat à être monté sur scène.
Finissant de l'École nationale de la chanson, le gars des Îles-de-la-Madeleine s'avère un fin guitariste et un brillant auteur-compositeur au style « folk acoustique introspectif ». Il a commencé sa prestation avec sa première chanson, Girouette - littéralement la toute première qu'il avait écrite, à 15 ans. Et si ça, c'était sa première, on avait hâte d'entendre le reste !
Ça pourrais-tu être pire ? s'est révélée aussi solide, Bunker de tes bras encore plus. Il n'y a pas à dire : il est certainement l'un des demi-finalistes les plus matures musicalement parlant, avec déjà une signature qui lui est propre. Ça promet pour la suite.
Gab Paquet déjanté
C'est toutefois probablement le phénomène Gab Paquet qui a retenu l'attention. Avec ses chansons « romantico-louches » et son style « pad/moustache » tout droit sorti des années 70, il n'a certainement pas laissé personne indifférent.
Il s'est présenté sur scène habillé d'une chemise à paillettes argentées et d'un pantalon de cuir moulant, une rose à la main : la table était mise pour son « grand succès » Santa Barbara, appuyé de déhanchements plus ou moins fluides et tous les autres clichés de l'époque. Il n'en fallait pas plus pour que les rires fusent ici et là et jusqu'à la fin de Fais l'amour avec moi, sur laquelle le faux chanteur de charme a déchiré sa chemise.
On déplore toutefois un certain manque de cohérence dans le style, qui passe de Claude François à Black Sabbath. La mise en scène reste également à peaufiner.
On ne serait toutefois pas surpris qu'il se taille une place dans le coup de coeur du public.
Juste après lui, Mamadou a très bien fait, d'autant plus que la marche était haute à franchir pour passer d'une quasi-parodie kitsch à un pop soul reggae aussi personnel. Le Sénégalais d'origine vivant aujourd'hui à Winnipeg s'est présenté sur scène torse nu et a chanté ses ancêtres, esclaves dans un champ de café. On ne sait trop comment, mais petit à petit au fil de ses chansons - parsemées de wolof -, il a réussi à embarquer la foule, qui l'a chaudement applaudi.
Miss Sassoeur et les Sassys a également piqué la curiosité de plusieurs en première partie. Difficile de décrire le style du quatuor montréalais tellement sa proposition se situait champ gauche, quelque part entre du « gospel de ruelle » et du « post motown », pour emprunter leurs expressions.
Cela dit, ce n'était pas désagréable du tout. Côté originalité, on était servi à souhait. La voix grave et éraillée de Miss Sassoeur se prêtait également à merveille au style. Côté musical, c'était toutefois un peu trop dépouillé avec pour seuls instruments un piano et les arrangements vocaux des Sassys. Ça demeure intéressant, mais pas nécessairement grand public.
Tom Chicoine, qui a démarré la soirée en force avec son bon gros rock pur et dur comme on n'en entend plus assez souvent, n'est pas en reste. Musicalement parlant, le gars de Saint-Dominique était sur la coche. Ce n'était pas gênant de le voir sur scène. Vraiment pas grand-chose à redire de sa prestation, mais on se demande si ce sera assez pour passer à la prochaine étape.
Brillante auteure-compositeure-interprète de folk pop teinté de jazz, Myriam Arsenault a par ailleurs démontré un excellent contrôle de sa voix, une voix nuancée, mais toujours d'une justesse incroyable, en puissance comme en subtilité. Pas vilain, mais pas exceptionnel non plus.