Des Nonnes électrisantes

Pour célébrer le 60e été du Théâtre La Marjolaine, Marc-André Coallier a décidé de ramener pour une troisième fois sur les planches la pièce musicale Les Nonnes. Pas question toutefois de reproduire un copier-coller de l’adaptation que Serge Grenier a faite de Nunsense en 1988 : c’est résolument une version 2019 qui sera présentée à compter du 20 juin, promet-on.

Rappelons d’abord l’histoire. « C’est une gang de bonnes sœurs qui décide de se monter un show-bénéfice afin d’amasser des sous pour finir d’enterrer les 52 sœurs décédées d’un empoisonnement au couvent. Il en reste quatre dans le congélo, mais comme la mère supérieure a fait une folie en s’achetant un gros jacuzzi, elles manquent de fonds pour les funérailles », raconte brièvement Marc St-Martin (Toc Toc Toc, L’Auberge du chien noir, La Bolduc), qui signe ici sa première mise en scène pour le théâtre.

L’idée d’actualiser l’œuvre de Dan Goggin vient du metteur en scène. « Après la lecture de l’adaptation de Serge Grenier, je trouvais important de recadrer Les Nonnes en 2019. Oui, il y avait du très bon matériel qui tient encore très bien la route, mais il y avait aussi plusieurs trucs qui avaient vieilli, des référents à une époque révolue qui nécessitaient d’être rafraîchis », dit M. St-Martin.

« Il y avait aussi quelque chose dans le rythme qui avait besoin d’être actualisé. On n’écrit plus de l’humour comme on le faisait il y a 30 ou même 15 ans », ajoute-t-il.

Celui-ci a donc effectué un gros travail de réécriture et de recadrage pour rendre justice à ce chef-d’œuvre new-yorkais. « Je me suis donné beaucoup de libertés. Il n’y avait pas de dramaturgie à la Michel Tremblay qu’on se devait absolument de respecter pour respecter l’œuvre. J’ai changé des textes, changé des chansons, supprimé des passages, rajouté des bouts... »

« J’ai éliminé beaucoup de répétitions dans l’écriture, ce qui allège la pièce d’une bonne vingtaine de minutes. J’ai réécrit complètement trois ou quatre sketchs qui n’étaient plus d’actualité, comme celui dans lequel il est question de drogue. Comme on vient de légaliser la marijuana, j’ai sauté sur l’occasion pour la version 2019 plutôt que de parler de rush, un truc populaire dans les années 80, mais qui ne dit plus grand-chose à personne aujourd’hui. »

Des performances améliorées

Marc St-Martin quitte par ailleurs le décor de Broue que les sœurs squattaient dans l’adaptation de Serge Grenier pour investir celui... de la Marjolaine ! « Comme on fête les 60 ans du théâtre, je fais quelques clins d’œil à l’histoire », laisse-t-il entendre.

Le metteur en scène a également demandé à ce que le livre de recettes soit composé de nouveaux plats, et a upgradé ses numéros de variétés — en plus d’inventer une performance cabaret complète. « Il n’y a pas que trois ou quatre pas de claquettes improvisés, il y a un numéro complet qui fera dire wow ! »

Pour s’assurer de la qualité des prestations artistiques, le metteur en scène a d’ailleurs choisi sa distribution en fonction des numéros qu’il voulait monter, en plus d’exiger de ses comédiennes qu’elles prennent quelques leçons de danse et de chant.

Il s’est également entouré d’une équipe de professionnels pour les arrangements et les trames musicales, d’une chorégraphe, d’une professeure de chant, bref « la grosse affaire pour avoir quelque chose sur scène qui a du oumpf ! »

« De mémoire, c’est le plus gros show qu’on aura présenté à La Marjolaine », glisse d’ailleurs Marc-André Coallier.

+ CASTING PAS CATHOLIQUE

Les Nonnes, ce sont six soeurs, décrites ici par le metteur en scène Marc St-Martin  :

- Dorothée Berryman, qui incarne la mère supérieure. « Une bonne femme qui ne se prend pas pour de la marde, qui se donne des airs supérieurs et qui n’a aucune honte à s’accorder tous les mérites. »

- Chantal Lamarre, dans la peau de Soeur Amnesia. « Elle a complètement perdu la mémoire et ne se rappelle même pas son nom. Elle est perdue pas à peu près, toujours décalée par rapport aux autres, ce qui ajoute une belle dose d’humour à la pièce. »

- Caroline Lavigne, alias Soeur Jacques-Henri. « C’est la numéro 2 des nonnes, le ciment de la troupe, le bras droit de mère supérieure, avec qui il y a parfois, voire souvent, des frictions. »

- Rosie-Anne Bérubé-Bernier, qui joue Soeur Pauline. « Celle qui va toujours un peu trop loin, la plus vulgaire, celle qui pousse mère supérieure à bout, qui veut son moment de gloire plutôt que d’être la doublure. Quand elle finira par l’avoir, je crois bien qu’il va se passer de quoi à La Marjolaine... »

- Lisa Palmieri, la plus jeune d’entre toutes. « C’est celle qui possède des attitudes incroyables en danse. »

- Andy St-Louis, qui incarne Soeur Cécile, aussi appelée Soeur Harmonie. « Ce personnage n’existe pas dans la version originale. Mais comme je voulais avoir de la musique live, je l’ai créée. C’est elle qui est au piano. »

+ UNE CHANTEUSE SOUS LA SOUTANE

Andy St-Louis troquera sa soutane de bonne soeur pour mettre son chapeau d’auteure--compositrice-interprète le temps d’un spectacle, le dimanche 4 août prochain, au Théâtre La Marjolaine. Celle qui incarne Soeur Cécile dans la pièce Les Nonnes vient effectivement de sortir un premier album, Chroniques d’un petit bout de femme, et c’est sans prétention qu’elle nous livrera ses chansons humoristiques et sa musique de style «pop-cabaret-sympathique», dans lesquelles elle guide le spectateur à travers les méandres de sa vie personnelle. 

Andy St-Louis s’est fait remarquer l’hiver dernier par sa façon inusitée de faire face à la crise du logement en publiant sur Facebook la chanson Je veux ton appartement. Véritable phénomène viral, le clip qui l’accompagnait a été vu plus de 85 000 fois en quelques semaines.

+ LA PETITE HISTOIRE DES NONNES

Le spectacle de variétés Les Nonnes est une traduction et une adaptation de Nunsense, écrite par Dan Goggin en 1985 pour Broadway. C’est Serge Grenier qui s’est attaqué à en créer une version québécoise, qui a été présentée une première fois à La Marjolaine en 1988 dans une mise en scène de Raymond Cloutier.

Forts du succès que la pièce a connu, Daniel et Sophie Lorain ont créé Les Nonnes II en 1993. La production a toutefois connu un accueil mitigé.

À la réouverture du théâtre La Marjolaine en 2004, Marc-André Coallier choisit de faire un clin d’œil à l’histoire et de ramener Les Nonnes sur scène avec Marie-Michelle Desrosiers, Martine Francke, Nathalie Coupal, Diane Garneau et Violette Paradis. Fait cocasse: un an après avoir joué dans la comédie musicale, cette dernière a décidé d’intégrer les rangs d’une communauté religieuse.

« Les Nonnes, c’est le plus grand succès de La Marjolaine et la pièce qui s’est promenée le plus en tournée après être passée chez nous. Ça a été vu par plus de 13 000 personnes, je n’ai jamais réussi depuis à faire un meilleur été que cette première saison-là », fait savoir Marc-André Coallier. 

SALUT CLAUDE ! DE RETOUR

La dizaine de représentations de Salut Claude! à l’été 2018 ont été «une si belle surprise» que la production revient cette année encore au Théâtre La Marjolaine. «Là où plusieurs des comédies musicales de Léveillée ont vu le jour dans les années 1960 et où demeure toujours son fameux piano rouge», indique la conceptrice de ce théâtre musical sur la vie et l’oeuvre de Claude Léveillée, Jacinthe Gilbert (à gauche sur la photo). «Il s’agit d’un hommage vibrant et touchant à l’homme, l’artiste, le grand poète québécois, vu par des gens de notre génération, fin vingtaine début trentaine», poursuit-elle. Si Simon Fréchette-Daoust reprend son rôle de Claude Léveillée, deux nouvelles comédiennes se joignent à lui, soit Elisabeth Gauthier Pelletier et Elise Cormier, deux habituées des comédies musicales. Marc-André Perron reprendra quant à lui sa place au piano. Huit représentations auront lieu les mercredis, samedis et dimanches, du 21 août au 8 septembre.