Mylène Boisvert crée des pièces en fausse dentelle de papier de lin.

Des merveilles de papier au musée Bruck

Il y a une telle finesse, une telle délicatesse dans les œuvres de Mylène Boisvert qu’on se retrouve immanquablement le nez collé à elles, à se retenir à deux mains pour ne pas les effleurer. Dans l’exposition Les saisons du lin, on s’incline devant ses doigts de fée. Et sa patience d’ange.

Aussi fou que cela puisse paraître, l’une des pièces exposées au Musée Bruck en ce moment lui a exigé près de 1000 heures de travail.

« Oui, c’est beaucoup d’heures. Mais j’aime la lenteur. C’est un peu comme s’attaquer à un gros roman. J’y vois quelque chose de méditatif, dit-elle. Je prends le temps de vivre l’expérience de la création. »

De son propre avis — et à notre grande surprise —, les broderies de Mylène Boisvert sont faites à 100 % de papier. Sauf qu’avant d’arriver au résultat final, la dame se plie à un long et complexe processus.

À partir de papier de lin, fabriqué artisanalement par la Papeterie Saint-Armand de Montréal, elle tisse d’abord des kilomètres de fil au moyen d’un rouet. Ensuite, l’imagination fait son œuvre, fortement inspirée par des objets anciens faits de lin, comme de petits mouchoirs brodés, des cols de dentelle ou des rubans.

« Moi, je les vois en grand format ! », lance-t-elle en expliquant comment elle se sert de la technologie pour reproduire les patrons de ces beaux objets à grande échelle. « J’aime mélanger le côté ancestral et la technologie. Pour moi, c’est un jeu ! »

Une fois le patron géant au mur, elle « brode » à sa façon en entremêlant méticuleusement tout ce fil de papier. Mais pas seulement. Certaines de ses œuvres sont de pures créations originales, agrémentées de couleur et de papier, selon ses envies. Elle réalise même des sculptures.

« J’ai créé mon propre langage textile. C’est comme de la fausse dentelle faite à la main », explique celle qui baigne dans cet univers. Elle l’a étudié et maintenant, elle l’enseigne au Centre des textiles contemporains de Montréal et au Centre Design et impression textile de Montréal.

À travers Les saisons du lin, Mylène Boisvert souhaite rendre hommage aux archives textiles qui ont façonné notre histoire. Elle y présente d’ailleurs une pièce de tissu en lin ayant appartenu à son arrière-grand-mère Rébécca, qui cultivait cette plante à l’époque dans la région de Warwick. On peut voir sur place une photo de son aïeule, datant des années 1920.

Une première

Bien que l’artiste ait maintes fois exposé son talent en solo et avec d’autres — au Québec et ailleurs dans le monde —, c’est la toute première fois qu’elle présente l’ensemble de ses œuvres dans une seule et même exposition.

Aux visiteurs, elle offre en effet 13 œuvres réalisées sur une période de trois ans. Ceux qui ont déjà eu l’occasion de les admirer sont toujours surpris, dit-elle, que ce ne soit pas de la vraie dentelle. « On me pose aussi beaucoup de questions sur ma technique. Et les gens ont souvent le désir de partager un souvenir que mes pièces leur rappellent. »

Les saisons du lin est présentée au Musée Bruck de Cowansville jusqu’au 4 mai prochain. Le vernissage aura lieu ce samedi, 23 mars, à 14 h.