Le Cowansvillois Pier-Gabriel Lajoie (à droite) incarne l’un des personnages principaux de la série Demain des hommes. Son père Jean-Charles Lajoie (à gauche) y joue également un rôle important.

Demain des hommes: plus que du hockey

À défaut d’avoir « du Canadien poche » en séries, les téléspectateurs auront droit à du bon québécois sur leur petit écran ce printemps. Sans vouloir rivaliser avec la légendaire Lance et compte, la série Demain des hommes, disponible à compter de mercredi sur l’Extra d’ICI tou.tv et qui gravite autour de l’univers du hockey junior majeur, risque de marquer l’imaginaire collectif.

« Cette série-là a tout pour faire un million de cotes d’écoute et plus », croit Jean-Charles Lajoie, rencontré lors du visionnement de presse à la Maison de Radio-Canada, mardi. L’homme de hockey y tient en quelque sorte son propre rôle, soit celui d’un animateur de radio et commentateur sportif.

Son fils, Pier-Gabriel Lajoie, incarne quant à lui l’un des personnages principaux, l’étoile montante locale Maxime Richer. « Après avoir vu le résultat, je ne regrette aucunement d’avoir abandonné l’École nationale de théâtre. C’est vraiment bien fait, je suis content d’avoir fait ce pas-là », a-t-il réagi après le visionnement.

Rappelons que le jeune Cowansvillois d’origine avait dû faire le choix déchirant de terminer sa dernière année à l’ÉNT ou accepter ce contrat puisque l’École jugeait que les deux n’étaient pas compatibles, affirmait-il à La Voix de l’Est en novembre dernier.

Tout comme lui, son personnage aura à faire un choix déchirant, entre une possible carrière dans la Ligue nationale et sa passion pour la musique. Cette ambivalence a immédiatement parlé à l’ex-capitaine des défunts Braves de Farnham. « J’étais un peu plus jeune que Maxime, mais moi aussi, j’ai été tiraillé entre le hockey et quelque chose de plus artistique, le théâtre », se rappelle-t-il.

Malgré plusieurs ressemblances entre lui et son personnage et un univers qu’il connaît bien, le comédien de 23 ans affirme que son Maxime est un rôle de composition comme les autres. « Je l’ai abordé comme n’importe quel autre personnage », affirme celui qui sera prochainement de la distribution de Clash, la nouvelle quotidienne produite par Fabienne Larouche, réalisée par Simon Barrette (District 31) et écrite par Martine D’Ajou (Ô, Tactik, Ramdam). Il y incarnera un quadriplégique dans un centre de réadaptation. Le tournage débutera sous peu et l’émission sera diffusée dès cet automne sur les ondes de Vrak TV.

Jean-Charles Lajoie
Bien qu’on puisse croire le contraire, Jean-Charles Lajoie — qui en était à ses premiers coups de patin en fiction dans Demain des hommes — a lui aussi dû puiser dans ses réserves d’imagination. « Mon rôle est une sorte de caméo, reconnaît-il, mais ce n’est pas du tout la même affaire que ce que je fais dans la vie. T’arrives à froid, à 3-2-1 action tu dois livrer des textes que tu as appris... C’est complètement un autre univers, une autre bibitte. Que j’ai aimé découvrir, cela dit. »

« Ça m’a aussi rappelé beaucoup de souvenirs de mes années à la radio CHEF à Granby ainsi qu’avec les défunts Bisons de Granby... »

Sa contribution à la série devait au départ être beaucoup plus modeste qu’elle ne l’est finalement, admet-il. « Disons qu’il y a eu beaucoup d’ajouts en postproduction. Et on parle de plusieurs pages de texte. »

Une affirmation confirmée par le réalisateur, Yves Christian Fournier (Blue Moon, Sur-vie). « Au montage, Jean-Charles est devenu plus important que prévu. Sa fonction narrative est en quelque sorte devenue une nécessité, comme une trame sonore ou un accessoire pour expliquer certaines choses. »

Lajoie père affirme par ailleurs que l’aventure Demain des hommes aura été pour lui un « ticket pour le bonheur ». « Ça faisait longtemps que je voulais jouer, c’est vraiment une fleur, un cadeau qu’on m’a fait, d’autant plus que ça touche tout ce que je suis et tout ce que mon fils est. »

Il s’agissait d’ailleurs presque d’une affaire de famille, a-t-on envie d’ajouter, puisqu’un autre de ses fils, Charles-Olivier, a servi de doublure au gardien de but de l’équipe sur la glace.

LES HUMAINS DERRIÈRE LE HOCKEY

« 94 % des jeunes junior rêvent de faire la Ligue nationale ; seulement 2 % y accèdent. » C’est sur cette prémisse que se construit la série Demain des hommes. Bien des rêves déchus, donc. Mais sur fond de hockey, la télésérie s’attarde surtout sur les humains qui gravitent autour de l’équipe des Draveurs de la ville fictive de Montferrand. 

« Honnêtement, le hockey, c’est presque un prétexte », affirme André Béraud, premier directeur aux émissions dramatiques et longs métrages pour Radio-Canada. « Il y a eu tellement d’émissions produites avec pour base notre sport national qu’il fallait trouver un angle différent, amener quelque chose de nouveau. »

En s’attardant sur les destins d’une imposante brochette de personnages — ils sont plus d’une vingtaine —, l’émission saura certainement plaire à un public « de 7 à 77 ans », promet Jean-Charles Lajoie. « Chacun saura s’y reconnaître à un moment ou à un autre. »

Outre l’étoile locale Maxime Richer (Pier-Gabriel Lajoie), il y a notamment Jean-Sébastien Labelle (Antoine Pilon), dépassé par une parentalité un peu trop hâtive avec sa copine Noémie (Juliette Gosselin). Théo Landry (Samuel Gauthier), qui a fait l’équipe de justesse, Benji McEwan (Alexandre Bourgeois), le charmant voyou des Maritimes, Oleg Petrenko (Trevor Tave Momesso), le gardien de but russe venu au Canada pour s’éloigner de sa famille et Zach Walker (Joey Scarpellino), joueur vedette repêché par les Blues de St-Louis, donnent vie aux Draveurs.

Il y a aussi Robert Dion (Normand D’Amour), le coach dur qui applique la vieille méthode, Stéphane Meunier (Émile Proulx-Cloutier), le nouvel adjoint qui favorise une approche beaucoup plus moderne du coaching et qui tente en parallèle de recoller les morceaux de sa vie, en particulier avec sa fille Valérie (Marguerite D’amour), qui revient vivre avec lui.

Bref, « de belles histoires, de beaux personnages », qui font qu’« on ne se demande pas tant comment finit la game, mais plutôt comment ça se passe rendu à la maison », illustre Pier-Gabriel Lajoie.

« La finalité n’est pas de savoir s’ils [les Draveurs] vont gagner la Coupe ou pas, renchérit M. Béraud. Ça, ça avait souvent été fait avant, on voulait aller ailleurs. »

Un défi pour l’auteur

Cet entrecroisement de destins représentait un réel défi pour l’auteur de la série, Guillaume Vigneault (Tout est parfait, Chasse-galerie), qui en était à sa première incursion en télévision. « Le plus grand défi en tant qu’auteur était de donner l’impression de suivre une équipe et les individus qui la composent sans n’échapper personne », a-t-il dit.

Défi qu’il relève avec brio, de ce qu’on a pu constater lors des trois premiers épisodes. Pour ce faire, il s’est montré économe sur les scènes de hockey, qui n’accaparent pas l’écran inutilement. « Elles sont là juste quand elles sont utiles à l’histoire. Elles occupent au maximum 20 % du temps », estime le producteur Richard Goudreau, à qui l’ont doit notamment Les Boys.

Pour ceux et celles qui se le demandent, sachez que celles-ci ont été tournées pour la majorité à Verdun. Différentes prises de foule ont été tournées dans divers arénas de la province durant des matchs, et le son a, on le rappelle, été capté à Granby, lors d’un match des Inouk en janvier dernier. « On a été chanceux, il y a eu 5 bagarres durant cette game-là », se rappelle le producteur.

Du reste, Jean-Charles Lajoie s’était chargé de l’animation, et le comédien Trevor Momesso, fils de l’ancien du Canadien Sergio Momesso, avait simulé différents jeux lors des entractes pour faire réagir la foule.

Les 10 premiers épisodes — d’une durée d’une heure — sont disponibles dès mercredi sur l’Extra d’ICI tou.tv et seront diffusés à la télévision de Radio-Canada à l’automne 2018. La deuxième saison est déjà en écriture, nous a-t-on confirmé.