La mise en scène de Jean-François Pichette donne toute la place aux comédiens Andrée Pelletier (Annie Wilkes) et Robert Toupin (Paul Sheldon) pour jouer avec les nuances de leur personnage et les dialogues.

Défi relevé haut la main pour la pièce de théâtre Misery

CRITIQUE / Avouons-le : ça prenait du courage pour s’attaquer à une adaptation québécoise de Misery, la pièce de William Goldman, d’après le roman de Stephen King du même nom. D’abord parce que l’œuvre originale et le film qui l’a suivie en 1990 ont tous deux été forts acclamés par la critique et ont marqué l’imaginaire collectif.

Plusieurs spectateurs ne pourraient s’empêcher de faire des parallèles avec le long métrage et les oscarisés James Caan et Kathy Bates. Ce qu’il ne faut pas faire, bien sûr.

Ça prenait aussi du courage pour transposer sur scène un genre qu’on voit souvent dans la littérature et au cinéma, mais très peu au théâtre, du moins au Québec : le thriller psychologique.

Pour les non-initiés, sachez que Misery est un huis clos suffoquant dans lequel un auteur de romans à succès, Paul Sheldon (interprété à Sutton par Robert Toupin), se réveille après un grave accident d’auto chez Annie Wilkes (Andrée Pelletier), une infirmière qui se trouve être sa fan numéro un. Lorsque celle-ci découvre qu’il a décidé de tuer le personnage de Misery, elle deviendra folle de rage voire psychopathe et tortionnaire impitoyable.

Mais qui ne risque rien n’a rien, dit le dicton, et ici, le risque en valait la chandelle. Jean-François Pichette, qui signe sa première mise en scène, a en effet su relever le défi haut la main, et les deux comédiens qui portent la pièce sur leurs épaules défendent à merveille leurs personnages plus grands que nature.

Le metteur en scène Jean-François Pichette

Grâce à leur jeu d’une belle intensité, les deux comédiens – professionnels, on le rappelle – réussissent bien souvent à eux seuls à relever les subtilités de la tension ambiante.

Il faut dire que la mise en scène de Jean-François Pichette donne toute la place aux comédiens pour jouer avec les nuances de leur personnage et les dialogues. Le décor est assez minimaliste, mais très efficace : un lit, une chaise, un fauteuil roulant et une table ou taper à la machine à écrire.

Musique, éclairage et petit bémol

La superbe musique de François Dompierre fait le reste, suggérant à la perfection la situation oppressante. Mentionnons qu’un humour bien dosé permet, à plusieurs reprises, aux spectateurs de reprendre leur souffle.

Soulignons également l’usage d’effets lumineux stroboscopiques — personnes sensibles s’abstenir — lors des scènes les plus violentes, ce qui ajoute à l’horreur de très brillante façon.

Seul petit bémol qui nous a agacés à quelques moments durant la soirée : certains détails donnaient l’impression qu’on avait tourné les coins ronds : une ampoule LED et des paquets de feuilles à « dactylo » qui semblent avoir été achetés chez Bureau en gros la veille ; un manuscrit qui semble loin d’en être un puisque n’y figure aucun texte, ou encore un policier sans uniforme. Des détails, peut-être, mais qui agacent. D’autant plus que ce ne doit pas être super compliqué à corriger.

Dans l’ensemble, toutefois, pour du théâtre estival différent, Misery est tout indiqué pour passer une excellente soirée.

Vous voulez y aller?

Misery
Jusqu’au 10 août
Salle Alec et Gérard Pelletier, Sutton
Entrée: 25 $ et 35 $