Anna Liani, ici en costume de scène.

De Pike River au Kazakhstan avec le Cirque du Soleil

Pendant que Montréal célèbre en grand le 50e anniversaire de l'Expo 67 et que le spectacle Volta en met plein la vue, se tient à Astana, capitale du Kazakhstan, l'Expo 2017, pour lequel le Cirque du Soleil a reçu le mandat de créer Reflekt, un spectacle unique sous la direction musicale d'un p'tit gars de Pike River, Simon Carpentier. Sa conjointe, Anna Liani, agit à titre de chanteuse principale sur le show.
Le compositeur de Pike River, Simon Carpentier.
Ce n'est pas la première fois que le couple collabore avec le Cirque. Leurs débuts remontent à Zumanity, présenté à Las Vegas depuis plus de dix ans. Ont suivi Wintuk, au Madison Square Garden, puis Quidam, à Londres, et Luzia, l'an dernier, dont la tournée s'étirera sur dix ans. Il compose, elle chante.
Mais Reflekt a un petit quelque chose de bien particulier pour eux deux. Pour Anna, il s'agit de son plus gros contrat à titre de chanteuse pour le Cirque avec 71 représentations en trois mois, toutes devant des salles combles de plus de 2000 personnes. « C'est complètement fou ! », s'exclame-t-elle au bout du fil depuis le Kazakhstan, où elle se trouve depuis le mois de mai et jusqu'en septembre.
Pour Simon, ça a surtout été un beau défi de créer la musique d'un spectacle destiné à un peuple très différent des publics nord-américains.
Mentionnons de prime abord que le spectacle s'inspire de la culture kazakh, de ses racines nomades au futur qu'elle souhaite se définir. « Ça ne fait pas très longtemps que ce pays commence à s'ouvrir sur le monde », fait remarquer­ Simon Carpentier.
Pour composer les 12 tableaux de la bande sonore du spectacle, il a d'abord dû effectuer quelques recherches. Sur l'histoire du pays et ses coutumes, oui. Mais aussi beaucoup sur sa culture musicale. « Il fallait absolument que j'aille plus loin que le simple touriste. C'était impératif que je trouve les sonorités, les lignes mélodiques, les instruments pour aller chercher le public et qu'il s'identifie à ce spectacle », affirme-t-il, mentionnant au passage les influences mongoles, russes et chinoises sur le peuple kazakh.
Ainsi, le compositeur a dû apprivoiser l'instrument national du pays, la dombra, une sorte de guitare à deux cordes. « On est plus limité qu'avec une guitare à six cordes, admet-il, et ça influence beaucoup ce qu'on peut faire au plan rythmique. »
M. Carpentier a également découvert que la guimbarde était très utilisée là-bas. « Mais plutôt que d'être perçue comme un instrument comique, comme ici, elle a plus une connotation spirituelle. Le violon aussi n'est pas joué de la même façon là-bas qu'ici. »
Un hymne national sacré
Petite anecdote : Simon Carpentier­ raconte que pour un des tableaux musicaux du spectacle, il avait décidé de reprendre l'hymne national kazakh, « très militaire, très carré » à cause de son passé soviétique, et d'en faire une version électronique. « Pour moi, c'était une très belle façon de faire connaître un peu de leur culture au monde entier. Mais leur première réaction a été de dire qu'on ne pouvait pas faire ça, qu'un hymne national, c'est sacré et qu'on ne peut pas y toucher », dit-il.
« J'ai eu beau leur expliquer que tous les remix du monde se font parce qu'on aime la chanson originale et non parce qu'on veut se moquer d'elle, ça ne passait pas. Ils ne sont pas encore rendus là », ajoute-t-il.
Le compositeur a néanmoins gardé une adaptation de l'hymne national, sous une autre forme. « Je l'ai beaucoup ralenti, j'en ai fait une version très romantique et orchestrale, de sorte qu'ils ne la reconnaissent pas du tout. »
Reflekt est présenté au Pavillon du Cirque du Soleil à l'Expo 2017, à Astana, depuis le 16 juin et jusqu'au 9 septembre. Trente-sept artistes performent sur scène, y compris les quatre musiciens - choisis par Simon Carpentier - et la chanteuse Anna Liani, sous la direction de Fernand Rainville à la mise en scène.
« Premier compositeur diffusé dans l'espace »
Simon Carpentier est un compositeur de musique très en demande : sur scène, à la télévision, au cinéma, partout. En plus de ses participations aux spectacles du Cirque du Soleil, il est notamment derrière le one man show d'Arturo Brachetti ainsi que des émissions Virginie et Le loup-garou du campus diffusé dans 150 pays !
Mais ce dont il est le plus fier jusqu'à présent, c'est d'avoir été « le premier compositeur diffusé dans l'espace ». « Oui, il y a eu la musique des Beatles diffusée dans l'espace, mais je suis le premier à y avoir envoyé de la musique originale », se défend-il.
En effet, il a signé la musique du spectacle De la Terre aux étoiles pour l'eau, présenté en 2009 depuis la Station spatiale internationale pour défendre la cause de l'eau, chère au fondateur du Cirque, Guy Laliberté, et de sa fondation One Drop.
Le spectacle de deux heures a été diffusé en direct simultanément dans 14 pays. Plusieurs personnalités y ont participé, dont Peter Gabriel, Shakira, U2, Julie Payette et Al Gore. Marie-Ève Lambert