Au terme de leur séjour d'une semaine dans cette grande demeure à l'architecture particulière, les auteurs Patrick Senécal, Isha Bottin, Sophie Bérubé, Ghislain Taschereau, Katherine Raymond, Éric St-Pierre et Marie-Eve Bourassa, ainsi que l'humoriste Michel Mpambara et l'actrice, scénariste et parolière Mouffe devront rendre une nouvelle d'un minimum de 3500 mots.

Dans les coulisses d'un huis clos

Un vieux tourne-disque. Une pelle. Une baignoire remplie d'eau vert émeraude. Un chandelier sur pattes. Un espadon géant accroché au mur. Un bidon à essence. Un canard en bois. Des poupées russes...
Ce ne sont là que quelques-uns des objets qui ont été rassemblés dans la salle d'artefacts aménagée dans le Studio B-12, à Valcourt, pour inspirer les neufs écrivains qui y sont réunis en huis-clos depuis dimanche dernier pour la première édition de la résidence d'écriture Les nouvelles de la rivière Noire.
Au terme de leur séjour d'une semaine dans cette grande demeure à l'architecture particulière, les auteurs Patrick Senécal, Isha Bottin, Sophie Bérubé, Ghislain Taschereau, Katherine Raymond, Éric St-Pierre et Marie-Eve Bourassa, ainsi que l'humoriste Michel Mpambara et l'actrice, scénariste et parolière Mouffe devront rendre une nouvelle d'un minimum de 3500 mots. Les neuf histoires seront ensuite réunies dans un recueil, qui sera publié au printemps prochain chez Québec Amérique, sous la direction littéraire de Stéphane Dompierre.
L'idée de départ incluait une chasse au trésor pour trouver les items à ramener dans la salle d'artefacts, mais par manque de temps, cet aspect a été mis de côté. Cette année, du moins, indique l'écrivaine et metteure en scène Véronique Marcotte, qui coordonne la semaine de retraite créative et agit à titre de cuisinière en chef... ou chef cuisinière. « Elle nous concocte des plats dignes des grands restaurants italiens ! » lance Sophie Bérubé, déjà l'eau à la bouche à l'approche de l'heure du diner.
Lors du passage de La Voix de l'Est, peu avant midi, mercredi, Ghislain Taschereau était assis à l'ombre d'un grand arbre et travaillait son récit.
Un peu plus loin, sur la terrasse non loin de la passerelle sur laquelle il fait du yoga tous les matins, Michel Mpambara faisait de même.
Mouffe, elle, occupait le salon. Elle pianotait sur le clavier de son portable déposé sur ses jambes, allongée dans un grand sofa face au téléviseur.
Éric St-Pierre s'était isolé dans un coin non loin de la fameuse salle d'artefacts, tandis que sur la terrasse principale, adjacente à la salle à manger où ils se réunissent tous pour des soupers bien arrosés après avoir travaillé sur leur récit toute la journée, Patrick Senécal profitait d'une petite pause sous un soleil encore piquant pour une fin de mois de septembre.
« Je trouvais ça intéressant de venir passer une semaine avec d'autres auteurs, certains que je connais bien, d'autres moins. Quand tu écris, tu es toujours seul. Mais je suis un gars sociable, moi », dit-il, au moment où ses « collègues » le rejoignent pour l'entrevue.
Échanger et collaborer
Provenant tous d'univers différents et ayant chacun leur propre background, ils s'entendaient néanmoins sur une chose : en écriture, le travail en équipe est plutôt rare, et cette résidence - « il n'y en a pas des milliers au Québec », affirme Isha Bottin - leur donne enfin la chance d'échanger, de collaborer, dans une ambiance qui favorise leur création.
« On peut être challengé sur nos thématiques, notre style d'écriture », soutient Sophie Bérubé.
« On peut donner et recevoir des conseils », ajoute Mouffe.
« Et il y a ce sentiment de vacances... C'est comme un Club Med à Valcourt ! Juste de ne pas avoir à penser aux enfants, aux repas, à la vaisselle, ça donne un espace mental pour créer », renchérit la première.
« Sortir de sa routine aussi, ça aide, ça fait du bien », mentionne pour sa part Michel Mpambara.
« C'est l'fun aussi d'avoir la contrainte des objets parce que plutôt que de partir du vide, ça nous met sur une lancée », est d'avis Ghislain Taschereau.
« En même temps, cette contrainte-là est quand même large, ce n'est pas trop restrictif », poursuit Patrick Senécal.
Les lecteurs ont également quelque chose de bien à tirer de cette expérience, est d'avis Marie-Eve Bourassa. « [Le fait d'avoir plusieurs plumes réunies dans un même livre] les amènera peut-être à découvrir d'autres auteurs. »
Ou encore d'autres facettes de leurs auteurs préférés. Car puisqu'il n'y a aucune contrainte sauf celle de s'inspirer des objets de la chambre d'artefacts, chacun peut sortir de sa zone de confort. Explorer d'autres styles.
« Normalement, quand je participe à des trucs parallèles, c'est ce que j'essaie de faire, mais pas cette fois-ci. Je reste dans de l'horreur fantastique », laisse savoir Patrick Senécal, qui a récupéré « 2-3 idées » qu'il avait mises dans ses tiroirs pour écrire sa nouvelle. « La maison ici, en plus, est super inspirante... »
D'autres, comme Mouffe et Isha, n'ont pratiquement pas eu d'autre choix que d'aller voir ailleurs. « J'avais surtout écrit des chansons jusqu'à présent », glisse la parolière. « Et moi, je n'avais fait que des livres pour enfants », fait valoir la seconde. « Au début, je me sentais vraiment comme un imposteur dans le groupe. »
Legs
Il reste aux neuf auteurs moins de 48 heures dans le Studio B-12. Au terme de leur séjour, ils devront remettre leur nouvelle clé en main. Pas question d'aller terminer le travail à la maison. Chez eux, ils devront plutôt dénicher un objet à léguer pour la prochaine délégation d'écrivains qui débarqueront en résidence, laisse savoir Véronique Marcotte.
Et à en croire l'instigateur et hôte de ce projet, Louis-Armand Bombardier, ils sont déjà nombreux à se manifester...
Un avant-goût de leurs nouvelles
Patrick Senécal : « C'est un gars qui veut voler une maison, mais il se rend compte qu'il y a des enfants kidnappés dedans... »
Isha Bottin : « Un accident de scooter qui vire au drame... »
Sophie Bérubé : « Je me suis inspirée d'une histoire vraie, celle d'un ami harcelé par une fille vraiment weird... »
Ghislain Taschereau : « Une histoire mi-comique, mi--dramatique qui inclut de la polka et de l'Alzheimer... »
Katherine Raymond : « Huit écrivains sont réunis dans une résidence et la jeune fille élimine- un gars dans le bois... »
Éric St-Pierre : « Le folklore québécois comme vous ne l'avez jamais vu... Ça se passe dans le futur. »
Marie-Eve Bourassa : « Un vol avec invasion de domicile dans une maison de campagne. Comme je suis originaire de Valcourt, j'ai puisé dans mes souvenirs. Il est aussi question de la tête du bonhomme Carnaval... »
Michel Mpambara : « Une histoire entre un homme et une femme dans un asile psychiatrique. Elle va inviter le gars à passer le temps des Fêtes chez elle, à Valcourt... »
Mouffe : « Un seul mot : renaissance... »
Marie-Ève Lambert