La présidente et fondatrice des Printemps meurtriers de Knowlton, Johanne Seymour.

Coup dur pour le milieu du polar

Il n'y aura pas de Printemps meurtriers à Knowlton cette année. L'organisation a annoncé que la prochaine édition du festival voué au roman policier, qui devait se tenir en mai, a été annulée, même si la programmation était déjà bouclée.
Le romancier Martin Michaud.
« En dépit des efforts déployés, un enchaînement de circonstances malheureuses a conduit l'organisme, Les Printemps meurtriers de Knowlton, à annuler la sixième édition du festival, le temps de prendre le recul nécessaire pour analyser la situation en profondeur et explorer les différentes avenues susceptibles d'assurer la pérennité du festival », peut-on lire sur la page Facebook de l'événement. 
En entrevue à Radio-Canada, la présidente fondatrice de l'événement, Johanne Seymour, a évoqué le manque de relève et de ressources pour expliquer cette décision.
La cinquième édition avait attiré 1450 amateurs de romans noirs et policiers, un achalandage record. Durant tout le week-end, Knowlton grouillait de vie avec les ateliers et activités organisés pour tous.
Depuis 2012, de nombreux auteurs y ont défilé dont Martin Michaud, qui a été de toutes les éditions. Le créateur du célèbre enquêteur Victor­ Lessard a appris la mauvaise nouvelle­ il y a quelques jours. 
« J'ai été aussi surpris et déçu que tout le monde, a-t-il commenté en entrevue. Mais, en même temps, pour avoir côtoyé Johanne et Caroline­ (Lafrance) depuis plusieurs années et pour les avoir vues travailler, j'étais certain que ce n'était pas une décision prise à la légère. Je crois qu'elles ont tout tenté pour présenter l'édition et, si elles en étaient incapables, c'est qu'il y a des problèmes­ insolubles. »
L'auteur a d'ailleurs contacté les organisatrices pour leur assurer son aide et sa disponibilité pour l'édition 2018. Déjà, il a participé à quelques réunions du comité responsable de la programmation. Malgré son implication, il n'avait toutefois pas vu venir le coup.
«  Malheureusement, c'est un peu le réflexe humain : souvent, on se rend compte de ce qu'on a qu'après l'avoir perdu. J'ai participé à chaque édition, ça faisait partie de ma vie et de mes joies. Je ne me posais pas de questions. Ça fait un trou énorme, à la fois dans mon printemps à moi, mais aussi dans le milieu. C'était une plateforme extraordinaire qui mettait en contact tous les acteurs du roman policier et qui réussissait à faire un mariage entre les auteurs, les amateurs du polar et les gens du public. C'est une perte pour le milieu, pour la région aussi parce qu'il y avait des retombées économiques certaines. »
Ouverture sur le monde
 Premier auteur à avoir remporté le prix Ténébris, en 2012, avec Les mémoires d'un oeuf, Sylvain Meunier­ a aussi été du premier panel d'auteurs invités des Printemps meurtriers. Il a recommencé l'expérience à deux reprises depuis.
« C'était très agréable. Il y avait du monde, une belle participation. C'est une nouvelle qui déçoit vraiment beaucoup le milieu du polar québécois, affirme-t-il au bout du fil. En France, c'est hallucinant le nombre d'activités comme ça. Ici, on en a très peu. »
Selon Martin Michaud, des salons du polar ont lieu pratiquement tous les week-ends, l'été, dans différentes villes et villages de France. « Si on veut garder la littérature vivante et en santé, c'est ce genre d'événement qui est, d'une certaine façon, un baromètre, dit-il. Les Printemps meurtriers étaient devenus rapidement un fleuron de la littérature policière du Québec. »
L'événement a aussi contribué à faire connaître des auteurs d'ici au public et à lui faire découvrir des romanciers de réputation internationale. Au fil des ans, Knowlton a notamment accueilli les Français Jacques Saussey - à deux reprises-, Karine Giébel, Franck Thilliez et Ian Manook, R.J. Ellroy, du Royaume-Uni, la Vancouvéroise d'adoption Jacqueline­ Landry et l'Américaine Patricia MacDonald.
« Ça nous permet de rencontrer ici des auteurs étrangers, ce qui est plus rare », ajoute Sylvain Meunier.
Notons également que les prix Ténébris 2017 ont été annulés. L'annonce a été faite en ligne avant le 30 juin 2016, à une date non spécifiée. 
Et l'avenir ?
Sylvain Meunier et Martin Michaud espèrent maintenant qu'il y aura un retour du festival en 2018. 
Cependant, l'avenir semble incertain. En entrevue à Radio-Canada, Mme Seymour n'a pu dire si l'événement reviendra à l'affiche. Selon cette dernière, avec leur popularité croissante, l'organisation des Printemps meurtriers nécessite des employés à temps plein, mais les ressources financières ne sont pas au rendez-vous.
 « Dans l'année qui vient, les membres de l'organisme auront la difficile tâche d'explorer différentes avenues susceptibles d'assurer la pérennité de ce festival pour lequel je continue d'espérer le meilleur », a laissé savoir l'organisatrice par voie de communiqué. 
 « Je suis quelqu'un d'assez positif dans ce genre de situation là. Et si on se retroussait les manches, il y a peut-être une façon d'assurer la pérennité de l'événement à partir de 2018 », a conclu pour sa part Martin Michaud.