«Ça m’a vraiment touché. Je n’aurais jamais cru, il y a 30 ans, recevoir un prix de gestion aussi prestigieux», affirme Pierre Fortier.

Coup de chapeau à Pierre Fortier

« Je suis très honoré. Celui-là, je ne m’y attendais pas du tout. » Le grand manitou du Festival international de la chanson de Granby, Pierre Fortier, a reçu hier soir le Prix du gestionnaire culturel de l’année 2018 décerné par la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux de HEC Montréal.

M. Fortier partage ce prix ex aequo avec Pierre Des Marais, directeur général et codirecteur artistique de Danse Danse, à Montréal.

Quand La Voix de l’Est s’est entretenue avec lui, plus tôt dans la journée, Pierre Fortier se préparait à recevoir ce nouvel honneur dans sa carrière. Et il ne cachait pas ressentir une certaine nervosité quelques heures avant la cérémonie tenue dans les locaux de HEC Montréal.

« C’est toujours un peu angoissant. Tu veux dire les bons mots, tu ne veux pas oublier personne... Et c’est devant une foule que je ne connais pas », confiait-il.

Dans sa décision, le jury, composé de pairs, a notamment souligné l’essor important qu’a connu le Festival depuis l’arrivée en poste de Pierre Fortier en 2007. On y relève que le nombre de spectateurs est passé de 4000 à 55 000, que le nombre d’employés a triplé et que les investissements privés et publics ont été multipliés par dix.

Avec un budget annuel de 2,5 millions $ — majoré à près de 4 millions $ pour la 50e édition —, le FICG n’est pas une mince tâche à gérer.

Grâce à son profil « d’artiste rationnel » comme il se décrit, Pierre Fortier arrive à naviguer dans les nombreux dédales administratifs de l’organisation avec succès.

« J’ai coulé un cours dans ma vie et c’était comptabilité 101 ! Je n’aimais pas ça. Maintenant, c’est une partie de mon travail que je préfère. Quand on aime ce qu’on fait, on le maîtrise de plus en plus. Ce n’était pas inné chez moi, c’est quelque chose que j’ai acquis dans les livres et avec les années », dit-il.

« Je suis un mélomane qui gère un festival. À mon arrivée, mon travail, c’était de développer le Festival sans mettre en péril sa santé financière. »

M. Fortier accorde par ailleurs une partie de son succès à la directrice administrative du Festival, Marie-Claude Gauthier. « Je suis très bien entouré », fait-il remarquer.

Quand on lui demande s’il se considère lui-même comme un bon gestionnaire et un bon patron, l’homme marque une brève pause. « Je suis un meilleur patron aujourd’hui que je l’étais il y a 12 ans. On devient plus modéré, plus patient, plus sage, on fait davantage confiance à son équipe. »

« Un exploit en soi »
Il croit que ce Prix lui est remis parce qu’il a réussi à faire progresser le Festival, même si celui-ci n’était ni à Montréal ni à Québec, « en pleine décennie de crise économique » de surcroît. « Il faut reconnaître que c’est un exploit en soi, surtout dans un créneau de chanson francophone. »

Mis en candidature par Pierre Forand, associé de la firme Deloitte et trésorier du Festival, Pierre Fortier a appris la bonne nouvelle il y a trois semaines. Avec beaucoup d’émotion. « Ça m’a vraiment touché. Je n’aurais jamais cru, il y a 30 ans, recevoir un prix de gestion aussi prestigieux », affirme celui qui est aussi membre de l’Ordre des francophones d’Amérique depuis 2015.

Le jury du Prix du gestionnaire culturel de l’année a d’ailleurs mis en lumière « l’engagement exceptionnel » de Pierre Fortier à la diffusion de la chanson au Québec et à travers le Canada français.

« En s’appuyant sur son expérience de communicateur et de producteur, sa connaissance des médias et sa capacité à fédérer toute une communauté artistique et régionale, il a réussi à propulser le Festival vers de nouveaux sommets, entraînant dans son sillon (sic) la relève musicale francophone », peut-on lire dans le communiqué.

Le Prix est accompagné d’une bourse personnelle de 5000 $ que le principal intéressé mettra sagement de côté pour pallier « les petits imprévus de la vie ».