Les comédiennes Andrée-Anne Lacasse et Mélissa Dion Des Landes

Chassé-croisé au Théâtre de l’Ancien presbytère : on serait fou de s'en priver!

CRITIQUE / Avant même de mettre les pieds au Théâtre de l’Ancien Presbytère, le titre de la pièce nous avait mis la puce à l’oreille. Chassé-croisé promettait assurément une comédie de situation où les rencontres iraient bon train. C’est exactement ce à quoi le public a droit, avec plusieurs hauts et quelques bas.

En partant du principe que «chaque rencontre qu’on fait dans notre vie peut nous marquer... ou pas... pantoute!», la troupe en profite pour multiplier les concours de circonstances. Du commis de quincaillerie/expert en relations de couples à la célibataire dépendante de son haut-parleur intelligent, en passant par la mariée en fuite, la table est mise pour un feu roulant de personnages qui se croisent et se décroisent.

Au fil des ans, le sympathique théâtre granbyen a souvent choisi le concept de la comédie à sketchs, et c’est encore le cas cet été. Cela a l’avantage d’être varié et hautement divertissant, mais peut aussi ouvrir la porte à une certaine inconstance.

Si la majorité des saynètes sont franchement réussies, quelques-unes, moins pertinentes, tombent un peu à plat.

Ceci dit, on a souvent ri et souri, vendredi soir, à voir les comédiens de Chassé-croisé se démener comme des diables dans l’eau bénite. Andrée-Anne Lacasse, Mélissa Dion Des Landes, Patrick Golau et Martin Gougeon — qui signe aussi le texte et la mise en scène — font comme toujours preuve de grand talent et d’un sens du timing hors pair.

On a notamment adoré Martin Gougeon dans la peau de Marcel, le voisin envahissant et détestable qui arrose son asphalte en déblatérant sur tout un chacun. Son interprétation (minimaliste!) d’un ado TDA n’est pas piquée des vers non plus...

Parfaite Mélissa Dion Des Landes

Mais sans rien enlever à personne, il faut bien avouer que la présence de Mélissa Dion Des Landes vaut à elle seule le coût du billet. Sa Lisette Ouellette, absolument délicieuse, a le don de dérider la salle chaque fois qu’elle apparaît sur scène. Imaginez un peu quand elle ouvre la bouche!

Femme sans âge, sans filtre, sans culture et sans beaucoup de fini, Lisette prend le plancher partout où elle passe. On se souviendra longtemps de sa visite à la clinique médicale et encore plus de ses énormités racistes — «Je connais pas ça, moi, le pays de la Musulmanie!» — lancées en pleine démonstration de Tupperware. Voilà une belle façon d’aborder le délicat sujet de l’immigration sans se prendre au sérieux.

La créativité étant la marque de commerce de l’Ancien Presbytère, l’équipe réussit à nouveau à passer d’une scène et d’un contexte à l’autre, par le simple ajout d’éléments au décor. Une fausse haie de cèdres, une affiche de quincaillerie, un bureau et hop! nous voilà ailleurs.

Ne serait-ce que pour cette imagination débordante ou la douce folie des comédiens, une soirée à l’Ancien Presbytère demeure un plaisir dont on serait fou de se priver. Surtout avec Marcel et Lisette dans le décor!