« La seule chose primordiale, c’est l’empreinte vocale de chaque personne , mentionne Isabelle Côté, directrice et fondatrice de l’École de chant Cantabilé. On doit travailler avec elle et la respecter. »

Cantabilé chante ses 25 ans

En 25 ans, la fondatrice de l’École de chant Cantabilé, Isabelle Côté, a entendu bien des voix résonner dans ses salles de classe. Si certaines sont maintenant connues — Marie-Ève Roy, Geneviève Jodoin, Andréanne A. Malette, Vanessa Borduas... —, la plupart retentissent toujours dans l’anonymat.

Mais passer un quart de siècle à la tête d’une des seules écoles exclusivement de chant au Québec, c’est aussi l’occasion d’être la témoin privilégiée de l’évolution d’une industrie complète à laquelle il a fallu s’adapter au fil des ans.

« Je me rappelle encore de l’époque où il fallait s’asseoir pour écouter une chanson et en retranscrire la partition à la main ou à la dactylo », raconte la professeure.

C’était en 1994, l’année de l’ouverture de son école. « Les élèves m’arrivaient souvent avec des cassettes puis des CDs copiés. Je devenais bleue devant ce non-respect des droits d’auteur, et je les jetais carrément à la poubelle. C’est sûr qu’ils ne repartaient pas avec », se souvient-elle aussi, admettant du même souffle qu’aujourd’hui, « [elle n’a] plus beaucoup de contrôle là-dessus ».

Casser les artistes

Si l’arrivée massive de nouvelles technologies est, comme dans bien d’autres domaines, venue bouleverser ses façons de faire, ce sont les changements dans l’offre et la demande qui lui ont demandé la plus grande adaptation, admet-elle toutefois. « J’ai connu la belle époque des comédies musicales avec Notre-Dame-de-Paris, Don Juan, Grease, etc. J’ai coaché des comédiens et des doublures pour ça. Maintenant, on ne cherche plus tant des chanteurs à voix, mais des chansons à textes. L’interprète n’est plus très valorisé. »

Isabelle Côté y voit néanmoins du positif. « Les artistes sont obligés de se dépasser, d’être créateurs. Oui, le métier est beaucoup plus dur, car ils doivent souvent tout faire eux-mêmes, surtout au début. Mais ils sont plus libres, ils ne sont pas ‘cassés’ comme on les cassait à une certaine époque... »

« Moi, je n’aurais pas été capable d’entrer dans l’industrie d’avant — et c’est probablement pour ça que je n’ai même pas essayé », poursuit celle qui a étudié sept ans en chant classique avant de faire deux ans chez Prochant, école montréalaise de chant populaire qui a notamment vu défiler les Pierre Lapointe et Ariane Moffatt de ce monde.

« Quand l’industrie prenait un artiste sous son aile, elle lui donnait un styliste, un directeur musical et toute une équipe, et celui-ci n’avait plus un mot à dire sur ce qu’il allait présenter. Je ne suis pas sûre que Kathleen, une belle fille avec une voix absolument incroyable, voulait avoir des dreads et chanter Ça va bien. »

L’école et plus encore

La façon de faire de l’industrie musicale d’aujourd’hui correspond donc mieux à la philosophie qu’embrasse Cantabilé depuis ses tout débuts. « La seule chose primordiale, c’est l’empreinte vocale de chaque personne, mentionne Isabelle Côté. On doit travailler avec elle et la respecter. »

Et ce, que ce soit dans un but professionnel ou purement récréatif. « J’ai de plus en plus de gens qui s’inscrivent à des cours juste pour le plaisir, pour s’exprimer, évacuer le stress, réaliser un rêve de jeunesse... Un monsieur de 88 ans, qui veut donner un petit concert à ses partenaires de tennis, des retraités qui grattent la guitare dans leur salon et qui veulent améliorer leur voix pour s’accompagner, des hommes d’affaires qui viennent tout oublier en s’égosillant ici », indique la professeure, qui donne également des cours de chant prénatal ou de chant orthophonique pour des enfants ayant des difficultés de langage et qui sont en attente d’un spécialiste.

« Donner des cours, c’est encore la chose que j’aime le plus faire. L’école que j’ai présentement, c’est exactement celle que je visais aux tout débuts », assure celle qui, depuis cinq ans, agit également à titre de coach vocal pour le Festival de la chanson de Granby.

Dans un avenir rapproché, la directrice aimerait toutefois laisser sa place à la tête de Cantabilé à quelqu’un d’autre pour relever de nouveaux défis.

« Je resterais toujours pas loin, mais j’aimerais bien être directrice vocale pour de grosses productions, travailler avec des artistes pour leur réhabilitation vocale et même coacher pour le Cirque du Soleil », laisse-t-elle entendre.

Elle devait d’ailleurs faire l’annonce de sa passation des pouvoirs lors du spectacle de fin d’année de ses élèves, le 15 juin prochain, mais s’est ravisée et a préféré attendre encore un peu pour mieux préparer le terrain.

Deux représentations auront lieu à l’auditorium du cégep de Granby, l’une à 14 h et l’autre à 19 h 30. Pour des billets : 450-777-3089 ou ecolecantabile@outlook.com.