«J’ai mis beaucoup d’efforts toute ma vie à faire disparaître les trois pieds de scène qui me séparaient du public, pour faire corps avec lui en spectacle», confie Bruno Pelletier.

Bruno Pelletier: faire corps avec le public

Il serait facile d’attribuer la longévité professionnelle de Bruno Pelletier à sa voix et à sa bonne étoile. Mais ce serait sans compter le travail acharné qu’il a déployé pour traverser ses 30 ans de carrière avec grâce et lucidité.

« C’est vrai que je fais partie des privilégiés qui travaillent beaucoup, admet-il. Mais je pense que ça vient aussi avec une certaine rectitude de travail. Au fil des années, les diffuseurs ont vu ma rigueur et à quel point je ne me fous pas du public. Les artistes qui sont respectueux profitent d’une certaine longévité, je crois. J’ai mis beaucoup d’efforts toute ma vie à faire disparaître les trois pieds de scène qui me séparaient du public, pour faire corps avec lui en spectacle. »

Au rythme de deux ou trois prestations par semaine — à travers ses autres projets —, l’artiste ne chôme pas. « C’est la meilleure moyenne qu’on peut désirer pour un chanteur. C’est juste assez pour tenir ta voix en bonne santé, mais pas trop pour devenir surfatigué, comme ça m’est déjà arrivé. Pour la tournée actuelle, j’ai exigé qu’on ne booke pas plus de trois soirs par semaine, avec quelques pauses de temps en temps. »

Car une telle cadence n’est pas toujours dénuée de conséquences. Le chanteur admet avoir dû s’imposer trois pauses au cours des trois dernières décennies pour reposer ses cordes vocales. La plus récente, en 2017, lui avait permis de se remettre d’une sérieuse laryngite. Mais chaque fois, son côté grégaire en a pris pour son rhume, dit-il.

« Ce qui me manquait durant ces pauses, c’est le monde. La plupart des musiciens me suivent depuis longtemps. Mon monde est pas mal toujours le même, alors je m’ennuie de cet esprit d’équipe. »

Ce n’est pas pour rien qu’il remonte sur scène dès qu’il le peut. Et que le public répond présent chaque fois. À preuve, son spectacle Soirée intime affiche souvent complet, comme c’est le cas ce samedi à Cowansville.

Celui qui se définit comme un « interprète-auteur-compositeur » promène Soirée intime depuis déjà deux ans, chose qu’il n’avait pas prévue.

« On nous avait demandé un spectacle léger techniquement pour aller chanter en Europe. J’ai alors pensé à un concept piano-voix. Et tant qu’à faire, on l’a offert à quelques diffuseurs au Québec. D’une dizaine de spectacles prévus à l’automne 2017, on va bientôt frôler la centaine ! » raconte-t-il, en précisant que l’aventure se terminera toutefois cet automne.

Pour ce concept, il a pigé dans une longue — et très hétéroclite ! — liste de chansons suggérées par ses fans Facebook. Résultat : de Piaf à Metallica, en passant par Radio Head, Michel Fugain et Bruno Pelletier (!), il revisite ces pièces pour leur donner une nouvelle saveur.

Sur scène, il est accompagné au piano par la musicienne Julie Lamontagne, avec qui il travaille depuis des années. « Elle n’est pas juste une accompagnatrice ; elle est dans la création avec moi. Quand tu as de grands musiciens sur scène, c’est un peu comme un ballet. »

Sous influences

Entre deux Soirées intimes, Bruno Pelletier prépare depuis un an son prochain album, qu’il a tout naturellement intitulé Sous influences. Parce que les 14 morceaux choisis sont ceux d’artistes québécois qui ont précédé et influencé l’interprète dans son parcours. Michel Pagliaro, Diane Dufresne, Claude Dubois, Boule Noire, Pauline Julien... Bruno Pelletier les chante à sa façon, en sortant des sentiers battus, avec des chansons moins connues, des arrangements originaux et les musiciens de l’Orchestre symphonique de Longueuil. La sortie de cet opus est prévue pour le 13 septembre prochain.

« C’est de la pop symphonique. On l’a fait deux fois devant public avant d’entrer en studio et la réponse a été extraordinaire. C’est un sapré beau projet. On devrait en faire un spectacle symphonique en 2020. »

Inespéré

À le voir aller, on pourrait croire que Bruno Pelletier suit un chemin tracé depuis toujours. Mais ce n’est pas le cas, rappelle-t-il. « Je ne fais pas partie de ceux qui voulaient être reconnus sur les grandes scènes dès leur tendre enfance. Très jeune, je voulais juste faire de la musique. Mais je ne rêvais pas d’en faire une carrière. Ç’a été très long, jusque dans la mi-trentaine, avant que je commence à penser vivre de ce métier. Il y a eu un peu de pauvreté à travers tout ça. J’en ai mangé du beurre de peanut. J’ai d’ailleurs gardé un attachement particulier au beurre de peanut ! » lance-t-il en riant.

Quand on lui demande s’il a encore autant de plaisir à chanter, après toutes ces années, il ne se défile pas. « La seule raison pour moi de faire encore ce métier, c’est d’être sur scène devant le monde. Sinon, le reste du métier, ce qu’il est devenu — les clics, les vues, les photos pour alimenter Instagram, les réseaux sociaux —, je le fais un peu parce c’est ça faire de la musique aujourd’hui. Mais si ce n’était pas de monter sur scène, de vivre quelque chose de réel avec les gens, j’aurais arrêté depuis longtemps. Entretenir une image virtuelle, être une vedette, ça ne m’intéresse pas. Ces outils sont un support ; ce n’est pas le coeur de ce que je fais. »

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C’est complet pour ce samedi, mais Bruno Pelletier sera de retour dans la région le 7 septembre prochain. Soirée intime s’arrêtera alors au Théâtre Lac-Brome.

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Bruno Pelletier se rendera également dans la région de Gatineau alors qu'il sera à la Maison de la culture de Gatineau le samedi 4 mai prochain, à 20h. Pour plus de renseignements, visitez le salleodyssee.ca ou contactez le 819-243-2525.