Selon Boucar Diouf, il y a trois clés à la réussite d’un bon spectacle. « Il faut que ça touche le coeur, que ça dilate la rate et que ça revigore l’esprit. »

Boucar Diouf: rire à cerveau déployé

Magtogoek. Avec un titre aussi difficile à lire qu’à prononcer, on peine à croire que Boucar Diouf nous confie à son nouveau spectacle d’humour. Pourtant oui, assure-t-il.

« C’est hautement humoristique ! Les gens commencent à savoir un peu ce que je fais. Ils savent que même si c’est un spectacle d’humour, il y a toujours de la science mêlée à ça. Là, ils vont découvrir Magtogoek ! », affirme le sympathique artiste.

Ce soir, au Palace de Granby, ceux qui répondront à son invitation découvriront en effet bien des choses. À commencer par la signification de Magtogoek ou le chemin qui marche... le terme algonquin qui décrit le fleuve Saint-Laurent.

Ce fleuve, Boucar Diouf l’aime profondément. « Le fleuve m’a amené ici. J’ai fait ma thèse de doctorat sur l’éperlan arc-en-ciel. J’ai habité les battures du Saint-Laurent à Gaspé et à Rimouski. Il a été mon colocataire durant 18 ans ! L’eau du Saint-Laurent coule dans mes veines », se plaît à dire le Sénégalais d’origine.

Et même s’il a dû s’en éloigner un peu, il a la chance de retourner dans ce coin de pays à volonté. « Je parasite ma belle-famille ! », lance-t-il en rigolant.

Plus sérieusement, Boucar Diouf confie que lorsqu’il a le vague à l’âme, les battures du Saint-Laurent lui font chaque fois un bien fou.

L’humoriste océanographe
Pour ceux qui l’ignorent encore, l’homme a posé sa valise au Québec en 1991 pour compléter son doctorat en océanographie à l’Université du Québec à Rimouski. Il y a d’ailleurs enseigné la biologie durant quelques années. On le connaît donc comme scientifique, mais aussi comme auteur, chroniqueur et animateur.

C’est Boucar l’humoriste océanographe qui prend toute la place dans ce nouveau spectacle qu’il a mis beaucoup de temps à créer, dit-il.

« J’ai commencé à l’écrire il y a longtemps. Les premiers balbutiements remontent à quatre ou cinq ans. J’avais besoin de raconter cette page de mon histoire. Je voulais partager cela avec les gens, à travers les grands explorateurs. »

C’est donc à une « croisière sur le fleuve » à laquelle il nous confie. « Ce n’est pas qu’un alignement de gags. J’emmène les gens à des stations qui ont marqué mon parcours. Je leur parle de Jacques Cartier, de Miguasha, de Tadoussac, de Québec... C’est une façon de parler de notre identité. Parce qu’ignorer ses racines, ça empêche de grandir », croit ce gars d’ailleurs parfaitement intégré.

Si cette description semble un peu aride au premier abord, il assure que le rire est omniprésent dans Magtogoek. Grand conteur devant l’éternel, il rappelle à qui veut l’entendre qu’il y a trois clés à la réussite d’un bon spectacle. « Il faut que ça touche le coeur, que ça dilate la rate et que ça revigore l’esprit. »

Faire rire et informer demeurent ses thèmes favoris. « Ce que j’aime, c’est entendre quelqu’un me dire “Je vais me coucher moins niaiseux à souère” », mentionne Boucar Diouf en empruntant l’accent québécois.

Si Magtogoek est « diamétralement opposé » à son précédent spectacle Pour une raison X ou Y, c’est tout à fait volontaire. « J’aime changer d’univers. Dans un prochain, j’aimerais parler d’alimentation, de l’histoire des aliments. Notre relation avec les chiens et les chats m’intéresse aussi ! »

Les mots
Véritable boulimique des mots — c’est lui-même qui le dit —, Boucar Diouf écrit beaucoup. Pour ses spectacles, pour son émission de radio estivale à Radio-Canada, pour sa chronique régulière dans La Presse +, pour ses bouquins...

Un tel amour de la langue française ne date pas d’hier, on le sait. Qui n’a pas entendu, au moins une fois, Boucar citer son grand-père ? « Ça me vient de lui et de la société dans laquelle j’ai grandi. Je viens d’une tradition orale... Et l’écriture a été une façon de fossiliser la sagesse des anciens. »

Parlons-en de ce grand-père omniprésent dans son discours. Bien sûr qu’il existe — il a été un élément central dans sa vie —, mais Boucar Diouf l’a « embelli ». Il lui attribue d’ailleurs plusieurs de ses réflexions personnelles... « Je ne m’assume pas, alors je lui mets les mots dans la bouche ! »

Empreint de cette souriante sagesse, peut-être souhaite-t-il léguer quelque chose à cette société québécoise dans laquelle il a plongé tête première ?

« Je pense que mon legs est déjà là. Ça montre qu’on peut venir de très très loin et tomber amoureux assez profondément d’un endroit pour que les gens le sentent. Je croise régulièrement des gens du Sénégal qui me disent merci d’avoir défriché le chemin. Moi, je dis que, quels que soient la couleur, la race ou le compte en banque, on est tous pareils. »