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Bernard Minier a fini par maîtriser assez le roman policier pour devenir l’un des auteurs les plus lus en France dans ce genre.
Bernard Minier a fini par maîtriser assez le roman policier pour devenir l’un des auteurs les plus lus en France dans ce genre.

Bernard Minier, l’auteur de polars qui ne lisait pas de polar

Hugues Honoré
Agence France-Presse
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Bernard Minier a fini par maîtriser assez le roman policier pour devenir l’un des auteurs les plus lus en France dans ce genre... sans lire de polar lui-même.

La Chasse, son neuvième livre, sort mercredi, toujours la couverture aux tons froids bleutés devenue immédiatement reconnaissable pour ses fans.

Ou plutôt: pour les fans de son héros flic, Martin Servaz, dont il entend tout le temps parler.

«Je ne suis pas comme Henning Mankell, qui disait qu’il détestait Wallander. C’est quand même étonnant de faire autant de livres avec un personnage qu’on n’aime pas. Mais attention: je ne suis pas Servaz non plus, et pas toujours d’accord avec lui», confie le romancier à l’AFP.

Les lecteurs fidèles (dont beaucoup de lectrices) ont fait de lui le septième auteur le plus vendu en France en 2020, avec près de 630 000 exemplaires. Il est traduit dans de nombreuses langues. Glacé (The Frozen Dead) a été classé dans la liste des 50 meilleurs polars du Sunday Times.

S’il semble bien connaître les best-sellers de son confrère Franck Thilliez, qui apparaissent dans la bibliothèque d’un des personnages de La Chasse, Bernard Minier le clame: «Je ne lis pas de polar, je lis autre chose. Je ne lis pas de polar contemporain surtout.»

Succès tardif

Il a connu un succès tardif, à 48 ans, en 2011 avec Glacé, alors qu’il écrivait depuis ses 10 ans, et commençait à trouver le temps long dans une carrière d’inspecteur des douanes et un triste bâtiment administratif de la banlieue parisienne. Parmi les lectures qui l’ont formé, dans sa biographie officielle, il cite San Antonio, Sherlock Holmes ou James Ellroy, aussi bien que Don Quichotte, Albert Camus ou Günter Grass.

Aux écrivains aspirants qui voudraient connaître la même trajectoire, il conseille de faire comme lui: participer aux «très nombreux concours de nouvelles», où il se souvient d’avoir croisé de très fines plumes qui lui ont donné envie d’aiguiser encore plus la sienne.

Et de ne jamais tomber dans la facilité du polar à rebondissements, vite écrit, vite oublié, bourré de clichés et de dialogues à la langue relâchée. Au contraire, chez Minier, on s’étonne de trouver des subjonctifs imparfaits: «Question de musique. Si ça sonne mieux dans la phrase, je l’utilise».


« Ce qui m’intéresse, c’est de raconter une histoire palpitante, addictive. Et en même temps d’interroger la société »
Bernard Minier

«Rien n’est aussi simple»

La Chasse narre une enquête qui mobilise de gros moyens, fin octobre et début novembre 2020, pour retrouver les responsables de la mort, dans une forêt de l’Ariège, d’un repris de justice venu du quartier difficile du Mirail à Toulouse.

Grand banditisme dans les quartiers, délinquance des mineurs, séparatismes, compromissions des politiques, haine contre la police, violences sexuelles, et bien sûr épidémie de la COVID-19... Toute notre époque y passe, et le commandant Servaz ne s’y plaît que modérément. Sans laisser comprendre s’il est de gauche ou de droite.

«Je pense que la société française est en train de prendre une pente qui va, à mon avis, en s’accentuant (...) Servaz est un humaniste, et aujourd’hui l’humanisme a du plomb dans l’aile», dit son créateur.

«J’ai l’impression qu’aujourd’hui tout est idéologique. Même dans la population, tout le monde se positionne non pas en fonction des faits, mais de son idéologie. C’est ça qui me gêne, sur les réseaux sociaux, partout: la disparition du réel derrière le fantasme, le fake, la simplification à outrance. Et très modestement notre rôle d’auteurs, qui cherchent à divertir avec un thriller, est de montrer que rien n’est aussi simple».