Jade et Chloé Barshee sont nées à Montréal d’un père tibétain et d’une mère québécoise, ont grandi à Bromont et ont étudié à Cowansville.

Bâtardes: du théâtre identitaire

« Tu viens d’où ? » Cette question, Jade et Chloé Barshee l’ont entendue plus d’une fois. Comme si leurs yeux bridés étaient incompatibles avec une naissance en sol québécois. Dans Bâtardes, les deux sœurs tenteront pourtant de prouver le contraire.

« C’est quoi venir d’une place ? » questionne à son tour Jade Barshee dans un parler on ne peut plus québécois.

Les deux filles sont nées à Montréal d’un père tibétain et d’une mère québécoise, ont grandi à Bromont et ont étudié à Cowansville. Elles ont donc beaucoup plus d’attaches et de références au Québec qu’au pays de leur père. D’ailleurs, Chloé et Jade n’ont eu que très peu de contact avec la culture paternelle, précise la cadette du duo. « À travers la nourriture et des fêtes familiales, comme le jour de l’An tibétain », mentionne-t-elle. « Mon père est né au Tibet, mais a grandi en Inde. Il est arrivé au Québec à l’âge de 12 ans. Il ne nous a jamais parlé en tibétain », ajoute-t-elle.

Pourtant, à travers des remarques parfois anodines, on n’a cessé de leur rappeler qu’elles semblaient venir « d’ailleurs ». « La fameuse question “Tu viens d’où ?”, elle vient pas mal souvent quand tu es d’origine mixte », expose-t-elle.

Quête identitaire

C’est donc dans cette quête identitaire que les sœurs Barshee se sont plongées pour leur première production théâtrale. À travers des anecdotes, des monologues poétiques et des archives vidéographiques, elles racontent les déboires des personnes d’origines mixtes dans une autofiction directement inspirée de leur enfance, de leurs vies.

« Il y a deux ou trois ans, on est parties dans ce processus de recherche identitaire et de création. Le but n’était pas tant de trouver des réponses, d’ailleurs on a trouvé beaucoup plus de questions. Mais ça a ouvert plein de portes et de dialogues avec notre famille », indique Jade Barshee.

Elle et sa sœur se sont même rendues en compagnie de leur père et de leur grand-mère à Dharamsala, en Inde, où vit la plus grande communauté tibétaine en exil. Elles racontent d’ailleurs des passages de ce voyage dans Bâtardes, qu’elles agrémentent d’informations sur l’histoire du Tibet, l’exil massif de ses habitants et la perte de son indépendance.

« Ça a l’air super lourd tout ça, mais on a travaillé à rendre notre pièce super légère, avec de l’humour et un langage familier. Les gens nous disent que c’est formidable parce qu’en une heure, ils rient, ils pleurent et ils apprennent plein de choses », reprend Jade.

Cette dernière ne cache pas avoir également des visées de sensibilisation auprès de la population dans un contexte où le multiculturalisme se fait de plus en plus présent. « On ne se définit pas nécessairement comme du théâtre engagé, mais on expose une réalité et on souhaite que ça amène les gens à une réflexion », mentionne celle qui a cofondé le Théâtre Everest avec Chloé.

Bâtardes a été présentée à cinq reprises au printemps dernier lors du MAI (Montréal, arts interculturels). La pièce le sera à nouveau ce samedi, à la Maison de la culture de Waterloo après un an de pause. « On est vraiment contentes de venir la faire dans le patelin où on a grandi. En plus, c’est comme une exclusivité en région puisqu’elle revivra dans les prochains mois à Montréal seulement. »