La directrice de la galerie Artêria, Geneviève Lévesque, et sa collègue Pascale Bouchard.
La directrice de la galerie Artêria, Geneviève Lévesque, et sa collègue Pascale Bouchard.

Artêria tire son épingle du jeu malgré la pandémie

Quatre-vingt-dix pour cent du chiffre d’affaires de la galerie Artêria provient de l’étranger. Cela représente plus d’un million $ pour une année régulière. Il serait donc normal de croire que la petite PME bromontoise trouve les temps difficiles en cette pandémie qui a forcé la fermeture de toutes les frontières. Eh bien pas tant que ça...

«Cette crise est immensément tragique pour plein de monde autour de moi, mais personnellement, je ne peux pas me plaindre. J’ai énormément de gratitude de faire partie des gens qui n’ont pas trop écopé encore», soutient la directrice de la galerie Artêria, Geneviève Lévesque.

Celle-ci était dans la capitale britannique lorsque tout a éclaté. «Depuis la fin février, on voyait qu’en Europe, tout était incertain. On a quand même décidé de partir pour Londres le 8 mars, et on a eu un très bon salon malgré tout. Mais la panique s’est vraiment installée partout cette semaine-là, et on a reçu la consigne de rapatriement le 15», raconte-t-elle.

La petite équipe devait se déplacer en Belgique le lendemain pour une seconde foire d’art internationale. Elle a plutôt sauté dans le premier avion pour revenir au Québec. «On a eu quatre salons de cancellés depuis mars: Bruxelles, New York, San Francisco et Hong Kong. C’est une perte d’au bas mot entre 320 000$ et 420 000$ de revenus pour nous.»

Les ventes continuent

Malgré tout, à sa grande surprise, les ventes continuent. «Les clients ne voyagent plus, vont moins au resto, n’ont pas pu magasiner dans les boutiques pendant un bon moment et étaient ‘‘collés’’ chez eux. Ça leur a donné envie d’investir dans leur demeure pour quelque chose d’esthétique, qui prendra peut-être de la valeur, et dont ils pourront profiter à long terme», dit-elle, précisant que ses quelque 6500 clients réguliers, surtout des collectionneurs avec qui elle fait affaire à travers le monde, sont prêts à lui faire confiance presque aveuglément.

«Ils sont plus audacieux à acheter en ligne. Avant, les gens voulaient voir en vrai le rendu, la texture, la luminosité, etc. Mais là, ils comprennent que toutes leurs habitudes d’achat sont chamboulées. Ils sont donc plus prêts à prendre des risques sans voir l’oeuvre. Il faut dire qu’on a un historique de confiance avec ces gens qui savent qu’on va faire des choix de qualité pour nos artistes», poursuit-elle.

Ces ventes en ligne sont loin de lui permettre d’atteindre le chiffre d’affaires qu’elle ferait normalement en participant aux différentes foires internationales — une quinzaine chaque année. Mais elles lui permettent de garder la tête hors de l’eau. «On vend moins, mais on a aussi beaucoup moins de dépenses», expose-t-elle, laissant savoir qu’une participation à un seul salon peut lui coûter plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Il y a aussi le marché québécois qui se développe, à son grand bonheur. «J’en suis bien contente, car ça faisait partie de nos objectifs. Étonnamment, on dirait que cette crise a réveillé le goût du beau chez bien des gens.»

Et puis après?

Somme toute, donc, Geneviève Lévesque s’estime chanceuse. «On n’a pas peur de fermer», affirme-t-elle. «Mais je suis curieuse de voir ce qui va se passer en 2021, 2022...», ajoute-t-elle du même souffle.

«On fait partie du marché du luxe, explique-t-elle. Si on tombe éventuellement dans une récession incroyable, effet collatéral de toute cette crise sanitaire, je ne sais pas si les acheteurs seront toujours au rendez-vous.»

Dans cette éventualité, elle et son équipe sont déjà à étudier différents scénarios. «On a beaucoup d’idées pour se réinventer, repenser notre modèle d’affaires, mais en même temps, je trouve qu’il est encore trop tôt pour prendre de grandes décisions, revoir nos grandes orientations.»

«On est encore dans la période de mouvance. Je crois qu’il faut attendre que ça se stabilise avant de décider de changer nos grandes stratégies d’entreprise. Il nous manque encore bien des clés pour comprendre ce qui s’en vient. Comment l’économie va se comporter, si les gens vont revoyager encore, s’il va y avoir une deuxième vague et de quelle ampleur...»

«Pour l’instant, on surfe sur la vague, on regarde ça aller et on est patient.»