C’est un passage d’un des livres de la série des Contes interdits, dans lequel y est décrit le viol d’une fillette de 9 ans par son père, qui est à l’origine des charges de « production et distribution de pornographie juvénile ».

Arrestation de l'auteur Yvan Godbout: « C’est invraisemblable »

« Ma maison d’édition est attaquée. L’un de ses dirigeants a été arrêté par la police. Même chose pour Yvan Godbout, l’auteur d’un des Contes Interdits. On les a interrogés. Les livres ont été saisis. Des accusations seront portées. Tout ça pour une scène choquante dans un livre de fiction. Un passage horrifiant dans un livre d’horreur. Pour vrai, lecteurs, je suis sous le choc et j’arrive à peine à imaginer toutes les répercussions de cet événement. D’abord sur mon ami Yvan. Sur l’équipe des Éditions AdA qui travaille avec passion depuis 25 ans. Et sur les créateurs d’ici... Les deux premiers sont dévastés. Les autres ont intérêt à réagir... »

Patrice Cazeault est sous le choc depuis l’arrestation la semaine dernière de son ami Yvan Godbout et du directeur de sa maison d’édition, Nycolas Doucet.

L’auteur granbyen connu pour sa série Averia trouve la situation carrément « invraisemblable ». « On est tous tétanisés chez AdA. Tous les auteurs... on n’en revient pas », balbutie-t-il au bout du fil.

Comme quelque 7500 autres personnes, il a signé la pétition en ligne demandant à la Sûreté du Québec d’abandonner ses charges pour « production et distribution de pornographie juvénile » contre l’auteur Yvan Godbout et l’éditeur Nycolas Doucet, relâchés depuis avec promesse de comparaître le 15 avril prochain.

C’est un passage d’un des livres de la série des Contes interdits, celui d’Hansel et Gretel, dans lequel y est décrit le viol d’une fillette de 9 ans par son père, qui est à l’origine de toute la polémique. « Le passage est dur, très très dur, même. Si tu me demandes si j’aurais écrit ça, je te répondrai jamais. Mais ça reste un paragraphe sur un livre de 240 pages », est d’avis Patrice Cazeault. Il admet ne pas avoir lu le bouquin, mais avoir jeté un coup d’œil au passage en question.

« Il faut aussi se questionner sur l’intention de l’auteur là-dedans. Il ne fait pas l’apologie de la pédophilie, au contraire, son unique but est de dégoûter le lecteur, de le choquer pour qu’il ait envie de faire payer le prix fort au violeur. » C’est d’ailleurs ce qui arrive tout au long du reste de l’histoire.

Selon le Code criminel canadien, la pornographie juvénile inclut « tout écrit [...] qui préconise ou conseille une activité sexuelle avec une personne âgée de moins de dix-huit ans qui constituerait une infraction à la présente loi » et « tout écrit dont la caractéristique dominante est la description, dans un but sexuel, d’une activité sexuelle avec une personne âgée de moins de dix-huit ans qui constituerait une infraction à la présente loi ».

Dommages collatéraux

M. Cazeault ne craint pas pour autant le précédent que l’actuelle situation pourrait créer. « Je n’ai pas peur pour une éventuelle censure à venir. » Ce sont davantage les répercussions sur la personne qui le préoccupent. « Le choc, c’est davantage dû au fait qu’il y a eu arrestation pour ça. Le nom d’un auteur a été associé en gros titre dans plusieurs médias à côté de pornographie juvénile, alors que l’histoire est beaucoup plus complexe. J’ai peur pour sa réputation, pour sa carrière, pour les dommages collatéraux. »

Selon lui, il y a eu confusion dans toute l’affaire. « Les Contes interdits, ce sont des romans pour adultes avertis, il y avait d’ailleurs une mise en garde au verso à ce propos. Je pense que l’enseignante qui a porté plainte avait peut-être l’intention de faire lire le livre à ses étudiants, mais qu’elle a été surprise par le passage. Si la mise en garde avait été plus en évidence, tout ça ne se serait peut-être pas passé », croit-il.


«  On est tous tétanisés chez AdA. Tous les auteurs... on n’en revient pas.  »
Patrice Cazeault, auteur

Au début de 2018, une enseignante avait effectivement porté plainte contre Yvan Godbout, jugeant sa description trop « explicite ».

— Avec La Presse