Annie Brocoli range son costume pour devenir auteure et conférencière.

Annie Brocoli... autrement

Depuis ses récents adieux à son personnage pour enfants, Annie Brocoli n’a pas tardé à se trouver un nouveau souffle. En publiant "En mal des mots", l’artiste tourne la page au sens propre et comme au figuré.

« Je tiens l’improbable entre mes mains », répète Annie Brocoli à qui veut l’entendre. Qui aurait pu dire, en effet, qu’elle accoucherait d’un livre de 280 pages, malgré sa dyslexie ? Ou peut-être que c’est plutôt grâce à sa condition...

« J’ai écrit près de 200 chansons, mes DVD, mes spectacles. Si je fais ce métier et que j’ai décidé d’écrire, c’est grâce à Janette Bertrand, qui est elle-même dyslexique. Elle a pourtant écrit toute sa vie. Je me suis dit : “‘si elle peut, je peux aussi”’ », lance-t-elle en expliquant souffrir de dyslexie/dysorthographie — « les lettres p,q,b,d, c’est pareil pour moi » — et de dyslexie dans l’espace.

« Ça fait en sorte que tout ce que je vois dans la vie peut être une autre chose transformable. »

Ce bouquin a pris naissance par instinct, l’an dernier, alors qu’elle cherchait à se redéfinir. « À un certain moment, je me suis dit que j’allais arrêter de chercher et que j’allais juste créer pour créer. Je me suis assise devant une page blanche et j’ai commencé à écrire sur la différence, raconte-t-elle. Au bout de six ou sept pages, j’ai appelé mon ami Maxime Landry en lui disant que je ne savais pas ce que je faisais, mais que je tripais au boutte. Je lui ai lu mon texte, ça l’a beaucoup ému, et il m’a dit : “Mais tu es en train d’écrire un livre ! ” »

Sous cet élan irrépressible, la chanteuse est donc devenue auteure. Dans En mal des mots, elle explore sa différence, la raconte et témoigne de l’impact qu’elle a eu sur sa créativité et sur la carrière qu’elle s’est inventée.

« Ce que je veux dire aux gens, c’est qu’ils peuvent faire ce qu’ils aiment dans la vie. Je m’adresse aux adultes, aux parents qui ont des enfants. J’ai envie d’aller dans les écoles pour parler de la différence sous toutes ses formes, de ce que ça apporte de positif, de ce qu’on peut faire de beau avec. Et dire aux autres de s’ouvrir à cette différence. »

Annie sans son costume

Bref, ce qu’elle a annoncé, la semaine dernière, c’est la fin d’Annie Brocoli costumée. « Le personnage d’Annie Brocoli, habillé en blanc qui s’en va dans l’espace, c’est un concept que je voudrais vendre ailleurs dans le monde. Ça peut se faire. Mais il ne vivra plus dans mon corps à moi », dit-elle.

Parce que, dans sa course professionnelle, la résidante de Saint-Césaire était « rendue là ». « Je ne laisse pas à contrecœur du tout. Je suis allée au bout de moi-même avec ce personnage-là, et mon modèle d’affaires — CD, DVD — n’existait plus. Les spectacles, c’était un peu la même chose ; il y a moins de sous disponibles, les gens sortent moins... J’offrais un produit de qualité et je n’avais pas envie de diminuer cette qualité, dit-elle pour justifier sa décision. Je préfère rejoindre les enfants autrement. »

Mais dire que la décision a été facile à prendre serait mentir. « L’an passé, oui, c’était difficile, mais là je suis en paix avec ça. C’est tout doux dans mon cœur ! Parce que je serai Annie Brocoli autrement. C’est comme une suite logique. »

Car peu importe le chemin que prendra sa carrière, le nom, lui, restera. Pas question pour elle de revenir à son nom de baptême, Annie Grenier.

En mal des mots est d’ailleurs signé de son nom d’artiste.

Cet ouvrage devrait l’occuper à temps plein à partir de maintenant. La promotion s’amorce avec entrevues et salons littéraires à l’avenant. Suivra ensuite une série de conférences consacrées en grande partie aux enfants. « Désormais, c’est Annie Brocoli qui jase et qui raconte son histoire », dit-elle, emballée.

« Quand j’ai créé Annie Brocoli le personnage, j’étais totalement sur mon X. Là, c’est exactement la même chose. C’est peut-être grâce à ma dyslexie, qui m’a permis d’imaginer tout cela ! »

Publié aux Éditions Libre Expression, En mal des mots est disponible en librairie depuis mercredi.