Dans <em>Le brasier</em>, Andréanne A. Malette aborde le délicat sujet de la violence conjugale.
Dans <em>Le brasier</em>, Andréanne A. Malette aborde le délicat sujet de la violence conjugale.

Andréanne A. Malette fait mouche avec Le brasier

L’événement est peut-être passé un peu inaperçu, en raison de tout ce qui se passe dans le monde. Pour Andréanne A. Malette, pourtant, le moment revêtait une importance certaine. Lundi dernier, la chanteuse a rendu public le premier extrait de son prochain album. Et en seulement une semaine, Le brasier s’est fait une belle place sur les plateformes musicales.

Disons que le thème de la pièce a de quoi faire tendre l’oreille. L’auteure-compositrice-interprète a choisi d’y aborder la délicate question de la violence conjugale. Ou les ravages d’une relation toxique, si vous préférez. 

«Parfois il est doux, parfois on l’entend hurler/Et en un seul coup, il peut faire s’envoler/La paille de sa maison éventée/Quand le grand méchant jaloux souffle sur le brasier», chante l’artiste dans un pop-folk entraînant.

C’est en lisant Le monstre, le roman autobiographique de son amie Ingrid Falaise, que l’envie, ou plutôt le besoin, de parler de cette dure réalité l’a submergée. «Il fallait que j’écrive là-dessus. Il fallait qu’on continue de parler de ça. Et trois ans plus tard, la chanson sort...», glisse la Granbyenne, devenue Montréalaise.

Parce que ce n’est pas son histoire, la parolière a pris soin d’écrire au «elle». «Je ne peux pas prétendre savoir ce que c’est, mais je peux présumer. La peur, la confusion, l’anxiété et l’amour, ça je connais.»

Ce n’est pas d’hier qu’Andréanne A. Malette trempe sa plume dans la fragilité humaine. Depuis Fou, sa populaire chanson sur la maladie mentale, elle a pris conscience de la portée de ses paroles. «J’ai réalisé que les mots peuvent faire une différence. J’ai envie de parler davantage de ces sujets», affirme-t-elle.   

Elle a pourtant hésité à lancer Le brasier, en pensant que le moment était malvenu en ces temps de coronavirus. Or, cela s’avère plutôt une belle coïncidence, à une période où les femmes violentées sont plus isolées que jamais et que le sujet est d’actualité. 

L’effet de sa chanson a d’ailleurs été instantané, remarque Andréanne. «Je reçois beaucoup de messages de personnes qui travaillent dans les maisons d’hébergement et de femmes qui me disent merci...», glisse-t-elle, en rappelant que ses paroles ne visent ni à juger ni à faire la morale. Attirer l’attention sur le problème lui est suffisant.  

Elle va plus loin, cependant, en proposant sur sa boutique en ligne (sur le site andreanneamalette.com) une façon concrète de venir en aide aux femmes en détresse. L’idée : vendre une mini-serre contenant la terre et les graines pour faire germer et grandir un pin sylvestre.

Intitulé «Affrontez la tempête puis renaître», le projet prévoit que tous les profits des ventes seront versés au Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale. 

«Il y a tout ce qu’il faut pour faire grandir un gros et bel arbre solide. J’ai toujours beaucoup aimé les arbres et je voulais symboliser la force et la solidité. Parce que quand tu te sens minuscule, tu dois te reconstruire et prendre soin de toi.»  

L’album en 2020

Le brasier est la pierre d’assise de ce troisième album qu’elle souhaite sortir cet automne. L’enregistrement des autres pièces est prévu en mai prochain... si tout se déroule comme prévu.

«C’est moi qui ai réalisé Le brasier. Si le ralentissement se poursuit, je vais peut-être me commander un micro et de l’équipement pour m’amuser à la maison!», lance-t-elle mi-figue mi-raisin, en confiant que l’idée de réaliser son prochain opus — «en étant bien accompagnée» — n’est pas exclue.

«J’ai déjà plusieurs chansons qui sont écrites, dont cinq qui sont certaines, mais il m’en reste encore à faire. J’aimerais idéalement intégrer dix pièces sur cet album», dit-elle en nous prévenant que les thèmes risquent d’être assez «profonds».

Du temps pour créer

Dans le métier, on le sait, Andréanne A. Malette porte de nombreux chapeaux. L’auteure-compositrice-interprète est aussi metteure en scène, productrice et réalisatrice. Bref, elle occupe le siège de conductrice dans sa carrière. Cette période de confinement obligé lui donne, tout à coup, le temps de souffler un peu. Et surtout le temps de laisser plus d’espace à l’artiste et un peu moins à la femme d’affaires. 

Depuis la sortie de l’extrait Le Brasier, elle a accordé plusieurs entrevues — à distance bien entendu. La jeune femme a également eu l’occasion de replonger dans ses souvenirs lors des récentes retrouvailles de la cuvée Star Académie 2012 — à distance aussi, mais en direct sur les réseaux sociaux.  

Mais outre cela, Andréanne profite de ses heures libres au maximum. «J’ai plein de débuts de romans dans mon ordinateur. J’ai aussi ressorti de vieilles toiles à moitié faites, qui étaient dans mon garde-robe depuis 2013», lance-t-elle en riant.

Son style visuel? «J’ai plein de styles. Celle du moment est très cartoon. Si on reste pris longtemps en confinement, je pourrais vendre mes tableaux et remettre les profits à des organismes.»

La crise actuelle nourrit résolument sa création, dit-elle, en racontant le bruit des oiseaux et la tranquillité de Montréal par les temps qui courent. «Pour l’humain, c’est terrible, mais pour la planète, c’est extraordinaire... J’espère qu’il va rester des traces positives après tout ça.»