Considérée comme une des meilleures musiciennes de sa génération, Marina Thibeault fera découvrir l’alto en formule solo aux gens de Cowansville ce week-end.

Altiste... et bien de son temps

Altiste. Voilà la profession rare et intrigante que Marina Thibeault a choisie et dans laquelle elle excelle. À bientôt 29 ans, la musicienne soliste mène sa carrière tambour battant, avec la mission de faire découvrir au monde son instrument chéri, l’alto.

D’abord violoniste, Marina Thibeault a craqué pour l’alto à 15 ans. « Si j’avais su ce que c’était à 6 ou 7 ans, en commençant, j’aurais choisi l’alto. Mais il y avait peu d’altistes à Québec et c’était peu joué de façon solistique. C’était un peu dans l’ombre. Mais quand j’ai entendu pour la première fois Bruno Giuranna en solo, c’était clair que je voulais en jouer », dit-elle, en soulignant son attirance pour la sonorité plus grave et chaleureuse de l’alto par rapport au violon. Tenu à l’épaule, l’alto est aussi un peu plus grand que le violon.

« Ce que je préfère de l’alto actuel, poursuit la musicienne, c’est qu’en travaillant avec des compositeurs vivants, je peux en manier le développement. C’est comme de la pâte à modeler ; c’est encore à définir ! Au Canada, il faut labourer le terrain en solo. C’est un honneur de contribuer à l’avancement de l’alto. »

Ce n’est pas peu dire. Admise au Conservatoire de musique de Québec à tout juste 9 ans, la jeune femme a notamment été élue Révélation Radio-Canada 2017-2018 en musique classique, a fait des études supérieures, a collaboré avec de grands orchestres et a beaucoup voyagé à travers la planète.

Depuis peu de temps, elle a réalisé un autre rêve : elle enseigne à six étudiants au baccalauréat à l’Université McGill. « Je leur donne les meilleurs conseils que j’ai reçus. C’est une belle façon de rester consciente de mon jeu. Et ça me donne tellement d’énergie », lance-t-elle. « Faire des concerts et enseigner, ce sera ma recette miracle pour être heureuse. »

Vie mouvementée
On devine qu’un peu de stabilité est bienvenu dans sa vie mouvementée de musicienne classique. « Ce sont des horaires très irréguliers. On change de milieu à chaque projet, on voit de nouvelles personnes, alors ça demande une grande flexibilité. Il faut s’adapter rapidement et aimer le changement. C’est nécessaire de s’inventer une routine dans cette non-routine, en se faisant des horaires. »

Maman depuis à peine 10 mois, Marina Thibeault vit de beaux moments, que sa carrière prenante ne semble pas atténuer. « Ma vie va vite. Mais je trouve super agréable de concilier la vie de musicienne à celle de maman. Mon fils me suit partout, même sur scène parfois ! Déjà, il adore la musique. Ça le calme. »

Peut-être faites-vous d’ailleurs partie des millions et quelques internautes qui ont vu la vidéo d’elle et de bébé Lucien durant un concert à Ottawa...

À Cowansville ce dimanche, où elle offrira un récital en solo, on ne sait pas si Lucien sera dans les coulisses. Mais on sait qu’elle présentera un programme varié illustrant toutes les facettes de l’alto. Il y aura quelques extraits de son album Toquade, deux autres qui figureront bientôt sur son prochain opus, et d’autres oeuvres tirées du grand répertoire classique.

« Je vais montrer toutes les couleurs possibles, en allant dans différentes époques. Les gens vont découvrir l’évolution de l’instrument à cordes à travers les siècles. »

Elle explique que l’alto, comparativement au violon, exige un plus grand ajustement dans la conception du son. Il faut, dit-elle, faire appel aux plus gros muscles du bras et du dos pour obtenir un son plus « beurré », plus riche. « C’est difficile à jouer. Il faut trouver une détente dans la façon athlétique de jouer, en utilisant la gravité pour se laisser fondre dans l’instrument. La main gauche, elle, doit être plus flexible, car il y a beaucoup d’extension. »

Générosité
Dans un univers où la perfection semble reine, Marina Thibeault refuse de s’en faire outre mesure. Personne n’est à l’abri des erreurs, rappelle-t-elle, même les plus grands. C’est là que la générosité fait toute la différence. « Si on joue avec le coeur pour le public et pour faire honneur au compositeur, c’est vraiment agréable », dit l’altiste.

Mais au-delà de la passion et du talent brut, qu’est-ce qui permet de connaître le succès dans cet univers si particulier ? « C’est une question de momentum. Il faut être au bon endroit au bon moment, saisir chaque occasion qui se présente, même si on ne se sent pas toujours prêt. Il faut aller voir, foncer, être curieux... Et au final, c’est tout le temps l’fun ! »

Envie d'y aller?

Quand: dimanche 25 mars à 11h

Où: Musée Bruck de Cowansville

Billets: http://surlascenedavignon.com/