«Je me suis amusé tout au long du développement du projet à m’adapter aux possibilités et impossibilités qui s’offraient à moi, à modifier ma perception et ma vision de l’oeuvre», soutient Jean-François Pichette, qui signe sa première mise en scène avec la pièce Misery.

« Misery » : le labo de Jean-François Pichette

C’est par simple curiosité et envie d’avoir du plaisir que Jean-François Pichette a accepté de tenter l’expérience d’une première mise en scène. Et il ne s’attaque pas à quelque chose de facile: le thriller psychologique Misery, adapté du roman du même nom de Stephen King, qu’on a aussi pu voir transposé au cinéma en 1990.

«Ça fait longtemps que je joue, et j’avais le goût depuis un petit bout quand même de diriger un projet, de travailler ma propre vision d’une création plutôt que de répondre à celle de quelqu’un d’autre», explique le comédien de 56 ans.

Quand le duo d’acteurs à la base du projet, Andrée Pelletier et Robert Toupin, l’a approché pour signer la mise en scène de Misery, il n’a pas hésité deux secondes à embarquer dans l’aventure. «J’avais déjà donné un coup de main à Andrée avec sa troupe amateure, et j’avais eu beaucoup de fun à partager mon expérience, donc je me suis dit pourquoi pas», affirme le résidant de Sutton.

Il faut dire que le projet en soi était attirant. «Du Stephen King. Un roman culte et un film que pas mal tout le monde a vu. Adapté pour la toute première fois au théâtre pour le Québec», souligne le metteur en scène.

«Mais il y a aussi le thème qui venait me parler beaucoup», ajoute-t-il du même souffle.

Misery raconte l’histoire d’un auteur à succès (Robert Toupin) qui se réveille après un grave accident de voiture chez une infirmière qui se trouve également à être sa fan numéro un... et une tortionnaire impitoyable (Andrée Pelletier). Lorsque celle-ci apprend que l’écrivain a tué le personnage de Misery pour se consacrer à une littérature plus «intellectuelle», elle le séquestre et le force à réécrire son roman à partir de ce qu’elle souhaite qu’il se passe.

«Cette dualité entre art populaire et élite intellectuelle m’intéresse. À quoi mesure-t-on la valeur d’une création et qui en décide? Est-ce qu’un gros hit au box-office, par exemple, a moins de valeur artistique qu’un film de répertoire? » questionne l’habitué des téléromans.

idées et contraintes

Dès la lecture de la traduction, faite par le duo Pelletier-Toupin à partir de la version originale américaine de William Goldman et qui a été approuvée par celui-ci, Jean-François Pichette affirme avoir eu de nombreuses idées pour sa mise en scène. «Je ne pouvais évidemment pas reproduire au théâtre ce qu’on avait fait au cinéma. Et je ne pouvais même pas faire ce qu’on aurait pu faire dans un plus grand théâtre, genre le TNM», fait-il valoir.

«Mais je me suis amusé tout au long du développement du projet à m’adapter aux possibilités et impossibilités qui s’offraient à moi, à modifier ma perception et ma vision de l’oeuvre. Comme on joue dans une petite salle (Alec et Gérard Pelletier, à Sutton, NDLR), j’ai misé énormément sur l’histoire et sur les deux acteurs qui la portent à bout de bras. Le reste — les décors, l’éclairage, la musique, etc. — ne sert qu’à supporter l’atmosphère et à souligner le passage du temps», dit-il.

«J’y vais vraiment à tâtons, c’est vraiment une expérimentation pour moi. Je ne pense pas à ma prochaine mise en scène, de toute façon je me considère comme un acteur avant tout, et je veux le rester», affirme-t-il encore.

Malgré l’horreur et le drame, le metteur en scène assure qu’il y a quand même une bonne dose d’humour dans le scénario. «Car l’ambiance est tellement tendue qu’on dirait que chaque fois qu’il se passe quelque chose de glauque, on rit pour se détendre un peu.»

«C’est une pièce très accessible, très grand public», réitère-t-il.

Comme quoi, «ce qui est populaire peut aussi être pertinent. Ça dépend d’où on se place, de comment on raisonne, et de notre perception», termine celui qui reprendra son rôle d’Hubert dans L’Heure bleue à l’automne et qu’on pourra aussi voir dès septembre dans Le Monstre, présenté sur les ondes de Radio-Canada.