Télé et radio

Quatre chefs et un drôle de spectateur

CHRONIQUE / Des chefs de partis – oui, oui, et une co-porte-parole – n'avaient jamais autant débattu à la télé pour des élections provinciales. Après trois débats, ils ont lancé la 15e saison de «Tout le monde en parle», côte à côte durant deux segments d'entrevues, une première sur le plateau de Guy A. Un dernier match politique qu'on aurait souhaité plus vigoureux, et la présence d'un spectateur qui n'est pas passée inaperçue!

Les chefs étaient particulièrement disciplinés, ne s'interrompant pratiquement jamais, ou si timidement. Entre la cacophonie et les monologues séparés, il devrait y avoir un juste milieu. Faut dire que Guy A. a menacé les chefs de faire jouer Chante la la la de René Simard s'ils parlaient tous en même temps. Chacun des quatre a eu droit à sa «question qui tue», mais celles-ci ne tuaient pas autant qu'elles auraient dû. Jean-François Lisée avait brisé le matin même l'embargo imposé aux invités et au public en studio, mais c'était pour bien peu. L'extrait qu'il craignait voir disparaître au montage, impliquant François Legault et le bilan environnemental de la CAQ, ne nous apprenait rien.

Sur Twitter, Guy A. Lepage a reconnu avoir retranché les passages sur les cadres financiers, «trop de chiffres, cacophonique», a-t-il écrit, et sur la culture, «malheureusement trop peu maitrisé par les chefs selon nous». L'émission a été enregistrée vendredi plutôt que jeudi, afin de permettre aux chefs de participer au Face à face de TVA.

Manon Massé, dont le langage corporel était très révélateur dimanche, a sourcillé en entendant Couillard dire que son gouvernement avait été exemplaire en matière d'environnement. Même étonnement quand Jean-François Lisée disait avoir rétabli la réputation de son parti dans le même dossier. Le seul moment où le ton a vraiment monté, c'est quand Lisée s'est attaqué à Legault sur le dossier de l'éducation. «Le plus grave danger pour l'éducation, c'est si M. Legault est élu premier ministre», a-t-il envoyé à son rival, qui rigolait avec Philippe Couillard comme s'il venait de commettre un mauvais coup. François Legault a par ailleurs réitéré son appui au troisième lien.

Dany Turcotte a invité les chefs à lire une carte gentille à l'égard d'un de leurs adversaires. Ainsi, M. Couillard a lu celle-ci: «Après Ricardo et Jean-Claude Apollo, mon chef préféré, c'est François Legault.» Puis, Jean-François Lisée a conclu avec: «Le 1er octobre, on dit oui à Québec solidaire, pour qu'enfin, ce soit Manon qui pèse su'l piton.» Seul François Legault a changé sa carte, remplaçant le nom de Philippe Couillard par le sien. «Ça démontre un trait de caractère», a souligné le fou du roi.

J'aurais presque envie de décerner l'étoile du match au spectateur qui a «crashé» l'entrevue avec Louis-José Houde. Une autre première à Tout le monde en parle pour ce fan pas gêné, qui a presque volé le show, intervenant à plusieurs reprises avec des gags. «Aimerais-tu qu'on le sorte?» a demandé Dany Turcotte à un Louis-José médusé, puis mort de rire. «C'est plus stressant lui que de se faire interviewer par Paul Arcand. [...] Lui, il pose les vraies questions!» a lancé l'animateur du 40e Gala de l'ADISQ. Anormalement calme en début d'entrevue, il l'a conclue en feu, en proposant de créer un verbe sur mesure pour le footballeur, médecin et «héros» Laurent Duvernay-Tardif. «Il gosse des bols avec ses mains, il joue dans la NFL […] avec sa barbe charismatique. Moi, j'écris deux jokes, faut que je fasse une sieste!» Faites donc une phrase avec « laurentduverner », dans le sens de «pour faire avancer».

C'est à Paul Arcand que je décerne l'étoile, pour son entrevue intéressante et franche du début à la fin. Aucun des chefs politiques ne s'est d'ailleurs risqué à rester sur le plateau à l'arrivée de l'animateur du 98,5. «Je ne le prends pas personnel», a blagué M. Arcand, qui a reçu son premier Gémeaux dimanche dernier pour Conversation secrète. L'émission de TVA reviendra de façon événementielle. Si Éric Salvail se décide, Paul Arcand est bien sûr prêt à le recevoir. Approché par l'équipe, Guy Cloutier a décliné.

Au sujet des animateurs et commentateurs obligés de choisir entre Cogeco et Québecor, comme Mario Dumont et Luc Lavoie, il exprime son malaise et son désaccord. «Quand tu forces les gens à choisir, moi j'aime pas ça», a-t-il répondu. La carte de Dany: «Ceci est une conversation secrète. Parles-en surtout pas à Guy A., mais pour mener des entrevues, c'est toi mon préféré.»

C'est parce qu'elle trouve qu'on banalise le phénomène que Pénélope McQuade a voulu faire le documentaire Troller les trolls, avec le cinéaste Hugo Latulippe et diffusé à Télé-Québec le 3 octobre. «Je crains pour la sécurité, la toxicité et le bien-être collectif», affirme l'animatrice des Échangistes. «Il y a une limite à tolérer la haine», a renchéri Paul Arcand. La police n'est hélas pas habilitée à traiter toutes les plaintes, selon Pénélope. Il y a des exceptions: Dalila Awada a poursuivi le blogueur Philippe Magnan, condamné à lui verser 60 000$ pour des propos orduriers, qui donnent la nausée tant ils sont violents.

«Ça traîne», déplore Pénélope au sujet du dossier Gilbert Rozon. L'animatrice pense que notre système de justice n'est pas adéquat pour traiter les crimes sexuels, et salue la proposition de Véronique Hivon de créer un tribunal spécial pour les violences sexuelles et conjugales.

La cinéaste Sophie Dupuis, dont le film Chien de garde représentera le Canada dans la course au meilleur film en langue étrangère aux Oscars, trouve à la fois flatteur que son film soit comparé à Mommy de Xavier Dolan, et à la fois «un peu réducteur d'être la numéro deux de quelqu'un». Si Chien de garde est sélectionné, elle sera la première femme réalisatrice québécoise à voir son film nommé aux Oscars. Tout le plateau n'avait que de bons mots pour ce film anxiogène, dont on a trop peu parlé.

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Actualités

Théâtre Lac-Brome: «Il y a un grand ménage à faire»

Il y a du nouveau au Théâtre Lac-Brome. L’établissement est maintenant sous la gouverne du pianiste de calibre international Dominic Boulianne. Et de son propre aveu, la tâche s’annonce colossale.

« Il y a un grand ménage à faire pour rendre les lieux plus adéquats pour travailler. Il faut aussi voir au volet administratif. On travaille fort pour redresser la situation financière », laisse tomber M. Boulianne, qui est en poste depuis trois semaines à titre de directeur général et directeur artistique.

Télé et radio

«XOXO», chest, bras

CHRONIQUE / Si «XOXO» représente la nouvelle ère de la téléréalité, ce n’est pas sur l’apparence de ses candidats qu’on verra la différence, croyez-moi. Les cinq mâles de la nouveauté de TVA, qui commence mercredi à 19h30, pourraient tous danser au 281. Et les 26 filles qui les convoitent pourraient à peu près toutes travailler comme mannequins.

Même si le genre m’indiffère totalement, j’étais curieux de voir à quoi rimait cette réplique de TVA à Occupation double. Compliqué, XOXO? Il faut admettre qu’une fois la première terminée, on comprend assez bien le concept. Sachez que les trois conseillers, l’artiste peintre et ex-lofteuse Elisabetta Fantone, M. Beachclub, Olivier Primeau, et le styliste Cary Tauben auront chacun leur équipe de filles, qu’ils appuieront dans l’organisation d’événements pour appâter les mâles. Des conseillers, il est clair que Tauben se démarquera par son exubérance et sa spontanéité. En français, l’artiste anglophone s’exprime en peu de mots et rappelle étrangement le chroniqueur artistique de l’époque disco Coco Douglas Léopold. «Je t’aime et je veux toi dans mon groupe!» dit-il à une candidate. Jamais un mot méchant, toujours adorable. Chaque conseiller a un penthouse, décoré à son goût, qui sera habité par les filles. Dans celui de Cary Tauben, les armoires sont léopard, à l’image du personnage.

Actualités

«Faire danser un village» récidive à Lac-Brome

Vu le beau succès qu’a eu l’initiative au printemps dernier, «Faire danser un village» récidive. À la demande de la ville de Lac-Brome, les instigateurs de cet heureux projet tourneront dès demain et tout le week-end dans les six hameaux entourant le lac.

« La municipalité nous a approchés parce qu’elle souhaitait mettre la ville en valeur et montrer ce qu’il y avait d’intéressant chez eux », indique l’une de celles à l’origine du projet, Marie-Claude Lord.

Télé et radio

De garde 180 jours

CHRONIQUE / Tout le monde a une opinion sur la compétence des professeurs, sur l’état de nos écoles, sur ce qu’on devrait enseigner. Mais combien d’entre nous avons un réel portrait de ce qui s’y passe au jour le jour, des conditions dans lesquelles les profs doivent enseigner? La série documentaire «180 jours» risque d’avoir sur vous le même effet que «De garde 24/7», si vous avez suivi cette excellente série à Télé-­Québec, au point de changer considérablement votre vision du milieu scolaire.

Diffusée à partir de jeudi à 20h sur la même chaîne, la série de 12 épisodes, de la même équipe de production que De garde 24/7 chez Avanti, s’étend sur les 180 jours d’une année scolaire, de la rentrée au bal des finissants, à l’école secondaire Gérard-Filion à Longueuil. Dans cette première polyvalente au Québec, les élèves, de 65 nationalités différentes, proviennent souvent de milieu défavorisé. Le taux de décrochage y est élevé. De façon extrêmement sensible et respectueuse, la réalisatrice Mélissa Beaudet nous permet vraiment de saisir l’intensité de ce qui se vit dans une école chaque jour.

Comme d’autres problématiques scolaires, l’intimidation est l’un des sujets les plus sensibles. Et pas seulement celle qui se passe à l’intérieur des murs, mais aussi après les classes, notamment sur les réseaux sociaux, terreau fertile d’intimidation. Quand une élève reçoit des messages tels que «grosse pute, tu devrais pas vivre» et «fais-toi frapper par une voiture», l’école n’a pas le choix d’intervenir, de concert avec la police. Même collaboration quand un souteneur s’introduit dans la cour pour recruter des jeunes filles. Déjà dans les premiers jours, une altercation survient dans le couloir; un élève vient de dire à une autre de «niquer» sa mère. Un conflit que doit régler avec le plus grand tact une des directrices adjointes.

Imaginez, en cette rentrée, plusieurs postes de professeurs n’ont pas encore été comblés. Un enseignant engagé il y a à peine deux semaines doit à son tour former un suppléant. C’est si récent que, dans les documents remis aux élèves, Hugo Ladéroute n’est pas identifié. «Le pas de nom, c’est moi!» dit-il aux élèves qui cherchent leur classe de français. Attendez de voir la prof d’ECR (éthique et culture religieuse). Avec elle, la matière devient soudainement intéressante.

J’ai été particulièrement touché par la classe de Celso C. Leduc, composée d’élèves aux prises avec des troubles de communication. Une scène du cinquième épisode, particulièrement émouvante, montre ces élèves exprimer toute leur reconnaissance envers leur professeur et leurs camarades, avant le congé des Fêtes. Une démonstration éloquente de ce que peut changer l’école dans les vies d’enfants au bord de décrocher.

J’ai eu un coup de cœur pour la directrice, Sylvie Dupuis, elle-même une ancienne élève de Gérard-Filion. Humaine, attachante, investie. Les directeurs d’école peuvent passer pour des durs, c’est tout le contraire pour Sylvie Dupuis, qu’on sent tout à fait sincère dans ses rapports avec le personnel et les élèves.

Ce n’est pas vrai que les jeunes n’ont pas d’opinion, qu’ils n’ont rien à dire. Et ce, même si personne ne lève la main quand le prof demande qui connaît Michel Tremblay. Fred Pellerin? Deux mains se lèvent. Rachid Badouri? Tout le monde le connaît. Bien que certains visages soient brouillés dans les situations les plus délicates, la majorité des élèves se montrent à la caméra. Sachez qu’il a fallu expédier par la poste 1500 demandes de consentement aux parents afin d’y arriver, un travail titanesque.

C’est fou comme plusieurs séries offertes sur nos chaînes cet automne réveillent en nous tant d’admiration. Pendant que la téléréalité célèbre l’insignifiance, il y a au moins les Infractions, Classe à part, Pinel : au cœur de la maladie mentale, L’unité des naissances et 180 jours qui nous font voir le travail essentiel d’une multitude d’individus, motivés par le cœur et le dévouement. De la télé qui fait du bien, dont notre monde a cruellement besoin.

***

Les quatre chefs chez Guy A.

Philippe Couillard, François Legault, Jean-François Lisée et Manon Massé seront de la première de Tout le monde en parle, dimanche à 20h sur ICI Radio-Canada Télé. Pour leur permettre de participer au Face à face Québec 2018 à TVA jeudi soir, l’émission sera exceptionnellement enregistrée vendredi. Aussi sur le plateau de Guy A. Lepage et Dany Turcotte : Louis-José Houde pour le Gala de l’ADISQ, Paul Arcand, qui a reçu un Gémeaux pour Conversation secrète, de même que Pénélope McQuade et Hugo Latulipe pour le documentaire Troller les trolls.

Arts

Samuel Côté à l’assaut du petit écran

Il y a à peine un an, le Roxtonais Samuel Côté rêvait encore d’un premier rôle au petit ou au grand écran. C’est maintenant chose faite puisque depuis début septembre, il incarne le beau Rocky dans la nouvelle série jeunesse de Radio-Canada, Les Sapiens.

Les Sapiens, c’est « une comédie de situation complètement folle qui se déroule en plein cœur de la préhistoire », dans laquelle deux clans rivaux, les Roc et les Pierre, doivent apprendre à cohabiter, peut-on lire sur le site Internet de l’émission.

Arts

Du théâtre à la Brasserie Dunham

Depuis deux semaines, la Brasserie Dunham est l’hôte de soirées bien particulières. Chaque jeudi, elle reçoit la troupe de théâtre A.L.F.A. pour des Buvettes théâtrales, qui marient les plaisirs brassicoles à ceux de la scène.

Le concept est simple : chaque semaine, une pièce de théâtre originale est présentée dans trois bars de la Montérégie. Les mardis, la troupe se produit au Zaricot, à Saint-Hyacinthe, les mercredis, elle se déplace aux Brasseurs du moulin, à Belœil, puis les jeudis, à la Brasserie Dunham.

Livres

Kim Thúy et Éric Dupont finalistes au prix Giller

SAINT-JEAN, T.-N.-L. — Les auteurs Kim Thúy et Éric Dupont sont en lice pour le prix Giller cette année.

La traduction du roman Vi de Kim Thúy, de même que celle de La fiancée américaine (Songs for The Cold of Heart) d’Éric Dupont, font partie des 12 œuvres qui se disputeront le prix, assorti d’une bourse de 100000$. Les finalistes recevront chacun 10000$.

Le gagnant de l’an dernier, Michael Redhill, a dévoilé les finalistes lors d’une cérémonie, lundi, à Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador.

Une courte liste sera dévoilée le 1er octobre et le gagnant sera révélé lors d’un gala à Toronto le 19 novembre.

Parmi les autres finalistes se trouve Esi Edugyan, nommée pour Washington Black. La romancière avait remporté le prix Giller en 2011 pour Half-Blood Blues. Elle avait alors eu le dessus sur Patrick DeWitt, dont le dernier roman, French Exit, est aussi sur la première liste de finalistes cette année.

Le jury de cinq membres affirme que les 12 titres sélectionnés parmi 104 livres soumis «véhiculent l’imagination canadienne actuelle».

«Les œuvres retenues sont proprement canadiennes et universelles. Elles sont exaltantes, tout simplement excellentes et n’ont rien à envier aux autres grandes œuvres de ce monde. Les lire est un réel plaisir», écrit le jury.

Le jury était composé des Canadiens Kamal Al-Solaylee, écrivain et journaliste, Maxine Bailey, dramaturge et vice-présidente pour l’avancement du Festival international du film de Toronto (TIFF), et Heather O’Neill, écrivaine. L’écrivain américain John Freeman et le romancier britannique Philip Hensher faisaient aussi partie du comité.

Les 12 finalistes:

• Paige Cooper pour Zolitude

• Patrick DeWitt pour French Exit

• Éric Dupont pour Songs for The Cold of Heart, traduit par Peter McCambridge

• Esi Edugyan pour Washington Black

• Rawi Hage pour Beirut Hellfire Society

• Sheila Heti pour Motherhood

• Emma Hooper pour Our Homesick Songs

• Thea Lim pour An Ocean of Minutes

• Lisa Moore pour Something for Everyone

• Tanya Tagaq pour Split Tooth

• Kim Thúy pour Vi, traduit par Sheila Fischman

• Joshua Whitehead pour Jonny Appleseed

Arts

Mission insolite: le nouveau projet d’Olivier Chagnon

Olivier Chagnon a toujours plus d’un projet sur la table. Son dernier en lice, Mission insolite, a ramené le chanteur à l’avant-plan, lui qui avait délaissé cet aspect de sa vie au détriment du professeur, du producteur et de l’animateur ces deux dernières années.

« Je suis content et j’avais envie de retourner à la chanson, car je suis chanteur à la base. C’est dans ça que j’ai étudié », a-t-il mentionné lundi matin, après le lancement et visionnement de presse de son nouveau projet.

Arts

Pour se faire une belle soirée

CRITIQUE / La première proposition de Guillaume Lemay-Thivierge en tant que producteur au théâtre se donne parfois des airs de déjà-vu/déjà entendu, mais elle parvient assurément, dans l’ensemble, à bien nous faire rire.

Il faut dire qu’il y a de quoi se bidonner quand on enferme quatre personnages aux traits de caractère soulignés au gros feutre dans un chalet.