Un mystificateur princier... gavé à l'aspirine

Les 10 et 11 septembre prochains, le CINLB tiendra son Festival du Monarque au cours duquel des dizaines de papillons seront relâchés vers leur migration automnale. Nous ne parlerons pas ici de ce papillon, qui a été amplement traité à l'occasion de cette activité privilégiée. Nous ne parlerons pas non plus de sa plante hôte, l'asclépiade commune, emblème floral de la Ville de Granby. Appelée soyer du Québec, en raison des nombreuses applications de sa fibre textile, cette plante est bien documentée au Centre de découverte qui lui est dédié au CINLB.
Les 10 et 11 septembre prochains, le CINLB tiendra son Festival du Monarque au cours duquel des dizaines de papillons seront relâchés vers leur migration automnale. Nous ne parlerons pas ici de ce papillon, qui a été amplement traité à l'occasion de cette activité privilégiée. Nous ne parlerons pas non plus de sa plante hôte, l'asclépiade commune, emblème floral de la Ville de Granby. Appelée soyer du Québec, en raison des nombreuses applications de sa fibre textile, cette plante est bien documentée au Centre de découverte qui lui est dédié au CINLB.
Nous parlerons plutôt d'un autre papillon, le vice-roi, qui entretient avec le monarque une relation privilégiée, contribuant à sa protection contre les prédateurs. Le vice-roi apparaît comme une réplique miniature du monarque. Il est connu depuis longtemps que ce grand papillon, en s'alimentant au latex toxique de l'asclépiade, est lui-même toxique, ce qui assure sa protection. En copiant sa livrée orange nervurée de noir, le vice-roi envoie le même message d'alarme qui éloigne les prédateurs. Ce phénomène est appelé mimétisme batesien, du nom de l'entomologiste Henry Walter Bates qui en a fait la description en 1863.
Jusqu'au début des années 1990, on a cru que le vice-roi profitait gratuitement de la toxicité du monarque. Or, il a été démontré que ce papillon est aussi toxique que son grand cousin. En s'alimentant à sa plante hôte, le saule, il est gavé à l'acide salicylique contenue dans l'écorce de cet arbre. Les décoctions tirées de cette écorce sont connues depuis l'antiquité pour leurs vertus curatives, notamment pour soulager douleur et fièvre. L'aspirine, dérivée de l'acide salicylique, est l'un des médicaments les plus consommés au monde. Mais en trop forte dose, le produit devient toxique.
On a ainsi affaire à un autre type de mimétisme, doublement protecteur: comme les deux papillons sont toxiques, les prédateurs du monarque évitent le vice-roi qui lui ressemble, et ceux du vice-roi évitent le monarque qui en est la copie élargie. Ce phénomène de double protection est appelé mimétisme mullerien, en l'honneur du zoologiste Fritz Müller qui en a le premier proposé l'explication en 1878.
MICHEL AUBÉ, VICE-PRÉSIDENT DU CINLB ET PROFESSEUR ASSOCIÉ
À L'UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE