Julie Racine habite à la Maison Au Diapason depuis septembre. Avant de partir, elle souhaite pouvoir tenir entre ses mains le livre qu'elle a écrit avec son coeur.

Un livre écrit à la hauteur du coeur

Participante à la Marche organisée au profit de la Maison Au Diapason il y a quelques années, Julie Racine avait trouvé l'endroit très joli de l'extérieur. Patiente depuis septembre de ce lieu spécialisé en soins palliatifs et ayant un nouvel angle sur l'établissement, elle n'a qu'une image en tête pour décrire son dernier chez-soi.
Pour elle, c'est le paradis. Désireuse de toujours soutenir la cause des personnes en fin de vie, Julie a écrit un livre dont une partie des profits iront à l'organisme. Son souhait le plus cher pour l'instant est fort simple: elle veut pouvoir le tenir entre ses mains avant de partir.
«Mon plus bel accomplissement est mon beau-fils Charles et mon deuxième plus bel accomplissement est mon livre, raconte Julie, rencontrée dans sa chambre ensoleillée de la Maison Au Diapason. C'est magique! Je souhaite le tenir dans mes mains et vivre le moment présent. Et je veux que ça continue après...»
Julie Racine a 42 ans. Elle a toujours été une femme active et sportive. «J'ai vécu ma vie à fond!», lance-t-elle en riant et en racontant avoir réalisé plusieurs de ses rêves. Des souhaits, désirs et ambitions qu'elle dressait chaque année dans ce qu'elle nomme sa «roue de fortune». Une espèce de plan de vie annuel sur lequel revenait souvent le rêve d'écrire un livre un jour. «Je suis une rêveuse, raconte celle qui est formée, entre autres, en langues modernes. «C'était mon journal de motivations.»
C'est une fois assise parmi d'autres patients en attente de traitements de chimiothérapie ou de radiothérapie à la suite d'un diagnostic de cancer colorectal à l'hôpital Charles-Lemoyne, qu'elle a décidé de s'atteler à la tâche. Son énergie, elle l'a puisée dans le discours de son beau-père, Laurier. «Il est comme un chat qui a100 vies!», lance-t-elle. L'homme aurait eu sept cancers au cours des dernières années. Maladie qu'il a chaque fois combattue. «C'est lui qui m'a donné un autre outlook sur le cancer, dit Julie. Il m'a donné des trucs et m'a dit que c'était la tête qui décidait. Je me suis alors dit 'si lui est passé à travers, moi aussi je peux. C'est là que j'ai décidé de faire quelque chose de positif avec ma maladie.»
Malgré les questionnements, les craintes par rapport à l'opération, la colère, l'incompréhension, la tristesse, etc., Julie a statué qu'elle allait rester positive. Pour elle et son entourage, plus spécialement pour sa mère. Il y a quelques années, Julie a perdu son père et sa soeur, tous deux emportés par le cancer du cerveau. «Je me suis dit 'on va se battre, ça va marcher', insiste-t-elle. Je voyais que des gens avaient besoin d'être aidés. Ils avaient besoin d'humanité, de se faire prendre par la main.»
L'écriture allait lui permettre de faire sa part. Plus précisément l'écriture automatique.
Les mots du coeur
Cette technique part toujours d'une intention claire, explique Julie. Dans son cas, les premiers mots à figurer en haut de page étaient toujours GUÉRISON COMPLÈTE. «Par des techniques de respiration, tu plonges vraiment au coeur de toi-même, dit-elle. Sur le coup, tu ne sais pas ce que tu écris et quand tu te relis, c'est super beau. C'est super hot!»
C'est ainsi qu'au fil des mois, elle a composé les cinq contes qui figurent dans son livre (voir autre texte). «Ça se passe vraiment à la hauteur du coeur», souligne-t-elle.
À l'époque, l'opération avait fonctionné. La tumeur, importante, avait été retirée, de même qu'une soixantaine de ganglions.
Toutefois, une septicémie (infection du sang) est venue embrouiller les cartes l'an dernier. Sauvée in extremis, Julie a dû toutefois affronter les résultats de nouveaux tests. Des métastases implantées un peu partout dans son organisme ne lui donnaient plus aucune chance de s'en sortir. «Je me suis dit 'Je suis guérie!», se souvient-elle. Je me disais que c'était fini les piqures, la chimio, etc. Je pouvais vivre, enfin.»
Ce lâcher-prise, ajoute-t-elle, a été la plus grande libération de sa vie. À partir de ce moment, chaque journée allait être pour elle un cadeau. «C'est comme ça que je me sens, souligne-t-elle en regardant dehors. Voir les arbres, la forêt, chaque jour est une célébration.»
Quand Julie a mis les pieds à la Maison Au Diapason début septembre, elle a versé des larmes... de joie. «Je venais de gagner à la loterie! Il n'y a que huit chambres ici. C'est le paradis avant de mourir. J'ai de bons soins, mon chum n'est pas inquiet.»
«Je veux, avec mon livre, partager au suivant, insiste-t-elle. Je veux que d'autres aient une fin de vie comme moi. Qu'ils aient des soins comme moi.»
Tous les profits de la vente du livre de Julie Racine iront à la Maison Au Diapason ainsi qu'à l'Association canadienne du cancer colorectal.
Retrouvez plus de détails dans notre copie papier.