Pour Cédric, Julien est un ami comme les autres. D'ailleurs, comme bien des adolescents, ils aiment bien passer des heures à jouer à des jeux vidéo.

Un ami comme les autres

Assis autour de la table de cuisine, Julien Lessard et Cédric Beaudet se remémorent des souvenirs d'enfance, comme n'importe quels adolescents qui se connaissent depuis longtemps pourraient le faire. Des heures de glissades et de trampoline, des vacances estivales ensemble, des sorties sportives et puis, plus vieux, des heures à jouer aux jeux vidéo. Tout ce qu'il y a de plus normal. Autour de cette table, où sont aussi assises leurs mères, la différence de Julien, trisomique, personne ne la voit.
Julien et Cédric étaient à la garderie lorsqu'ils se sont rencontrés. Cédric était un enfant qui pleurait beaucoup à la garderie. Puis, un jour, Julien est arrivé et les pleurs ont cessé.
«Cédric avait beaucoup de misère avec le détachement et pleurait tout le temps, raconte sa mère, Guylaine Boisvert. Et quand Julien est arrivé, ç'a été fusionnel. Il ne pleurait plus, sauf si Julien n'était pas là. Et c'est drôle, parce que Cédric me parlait tout le temps de son ami anglais. Un jour, j'ai demandé à l'éducatrice qui était l'ami anglophone et elle ne comprenait pas de quoi je parlais. On a fini par comprendre que c'était Julien et comme Cédric ne comprenait pas ce qu'il disait, il pensait qu'il parlait anglais. Ça nous a bien fait rire. Et à partir de ce jour-là, ils ne se quittaient plus.»
Petits, ils sont même allés chez l'orthophoniste ensemble, parce que Julien ne voulait pas laisser son ami derrière lui. Des rencontres qui ont finalement aussi aidé Cédric, qui, enfant, avait également quelques difficultés d'élocution.
La différence, quelle différence?
Aujourd'hui âgé de 15 ans, un âge où les jeunes ne sont pas tous très ouverts à la différence, Cédric n'a jamais remis en question son amitié avec Julien. «Pour moi, c'est un ami comme les autres, indique-t-il. J'ai du fun avec Julien. C'est sûr qu'il y a des affaires que je ne peux pas faire avec lui, mais en même temps, je fais aussi des choses avec Julien que je ne fais pas avec mes autres amis, comme du 4 roues. Des fois, on allait quelque part et ma mère me disait de faire attention, que Julien ne serait peut-être pas capable de suivre, mais moi, je lui disais toujours, "voyons, Julien il est capable de suivre!".»
Au fil des ans, Cédric n'a été confronté à l'intolérance des autres qu'une seule fois, alors qu'il avait huit ou neuf ans. «Pour son anniversaire, il avait invité des amis et il y en a un qui lui a dit que si Julien était là, il ne viendrait pas, raconte sa mère. Il a été un peu partagé, mais il a fini par dire que Julien était un ami comme les autres et qu'il voulait qu'il soit là.»
Aujourd'hui, Cédric ne voit plus cet ami, mais Julien, lui est resté dans le portrait. «C'est la seule fois qu'il est arrivé quelque chose, insiste Cédric. Mes autres amis sont compréhensifs. Ils jouent avec lui.»
Depuis quelque temps, Cédric et Julien se voient un peu moins. Cédric a déniché un travail - et Julien aussi -, il s'est fait une copine - et Julien aussi, même s'il est beaucoup plus gêné de le dire -, alors le temps manque un peu. Mais visiblement, alors que l'entrevue suit son cours, on sent qu'ils n'ont qu'une chose en tête, aller jouer ensemble aux jeux vidéo. «Julien est très fort aux jeux vidéos. Il y a des choses qu'il comprend plus vite que moi», lance Cédric. «Lui aussi, il est fort», reconnaît pour sa part Julien.
Des mères comblées
Pour les mamans de Cédric et Julien, la relation de leurs garçons est touchante et inspirante.
«Je suis fière d'avoir inculqué ces valeurs-là à mon fils, mentionne Mme Boisvert. Vous savez, quand cette histoire est arrivée à son anniversaire, je ne comprenais pas que les autres parents appuyaient leur enfant et qu'ils ne leur avaient pas appris à être tolérants. Pour nous, Julien, c'est une richesse et nous sommes fiers de le côtoyer. Il est tellement allumé. La curiosité d'apprendre, il l'a, c'est évident.»
Pour Sylvie Goyette, cette amitié va dans le sens de ce qu'ils ont toujours montré à leur fils, qui a maintenant 16 ans.
«Nous l'avons toujours élevé sans lui mettre de limites, raconte-t-elle. Et depuis qu'il est tout petit, il a plein d'amis normaux. Nous avons plusieurs couples d'amis avec des enfants, et tous l'ont toujours considéré comme normal. Même lui ne se rend pas compte qu'il est différent. Vous savez, quand ils sont bébés, la trisomie, on ne la sent pas. Et ensuite, tout ça se fait graduellement et on vit avec. Mais nous sommes chanceux qu'il ait quelqu'un comme Cédric dans sa vie.»
Et pour Julien, son ami Cédric, il représente quoi? «C'est mon grand ami. Il m'aide tout le temps et j'aime ça.»
Cédric a d'ailleurs pris congé du travail ce week-end pour aller encourager Julien à son tournoi de hockey-balle à Drummondville. Comme quoi l'amitié, surtout celle qui va au-delà de la différence, est parfois plus forte que tout.