Lyne Dubé, propriétaire chez Fleur de sel, n'hésite pas à l'affirmer : Fanny représente un plus pour son équipe, même si elle demande davantage de supervision que les autres employés.

Travailler comme les autres

Ils sont différents, certes, mais ça ne les empêche pas d'être pleinement épanouis. À travers
les défis qu'ils relèvent chaque jour, plusieurs déficients intellectuels se forgent une existence
qui est source d'accomplissement pour eux et, surtout, d'inspiration pour leurs proches. Dans le cadre de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle, qui se déroule du 9 au 15 mars, La Voix de l'Est propose, par le biais d'un reportage chaque jour, de saluer leur détermination,
leur intégration et leurs réalisations, grandes et petites
Couper des légumes, mettre en boîtes des plats préparés, laver la vaisselle, nettoyer des tables, pour bien des gens, ces tâches simples et routinières peuvent sembler un travail ennuyant. Pas pour Fanny Morin. Elle, elle le fait avec fierté et c'est avec plaisir qu'elle se lève tous les matins pour aller travailler, elle qui partage son temps entre la chocolaterie Fleur de sel et la cantine Chez Ben.
Comme bien d'autres déficients intellectuels, c'est par le biais d'un stage avec l'école que Fanny, maintenant âgée de 23 ans, a commencé à travailler. Elle a fait un stage chez Fleur de sel il y a deux ans et elle a tellement aimé son expérience que c'est elle qui a demandé à y revenir quelque temps plus tard.
«Fanny a commencé ici avec un stage il y a deux ans, raconte sa patronne, Lyne Dubé. Ensuite, avec notre déménagement, nous n'étions pas en mesure de la reprendre. Mais l'été dernier, elle est revenue nous voir avec ses parents pour nous dire qu'elle voulait revenir travailler avec nous, parce qu'elle ne voulait pas rester à la maison. Cet été-là, elle l'a fait bénévolement, pour vous donner une idée à quel point elle aimait venir ici. Et elle travaille officiellement pour nous depuis ce temps-là.»
Et quand on jase avec Fanny, ça paraît qu'elle ne s'ennuie pas une seconde à son travail. «J'aime bien ça me lever le matin et aller travailler. J'adore toutes les choses que je fais ici. Mais j'aime surtout faire l'emballage en cuisine. Et encore plus l'emballage des chocolats avec les suçons, quand on me demande de le faire.»
Il faut dire que Mme Dubé s'assure que, tout en respectant ses limites, elle lui offre des tâches diversifiées à effectuer.
«Petit à petit, j'essaie de lui faire faire plein de choses différentes, mentionne Mme Dubé. On peut parfois avoir tendance à toujours donner la même tâche répétitive, mais j'essaie d'aller plus loin avec Fanny et j'ai appris à lui montrer plein de choses. C'est certain qu'elle ne prendra jamais la place d'une employée régulière, elle-même est capable de reconnaître ses limites, mais elle complète très bien notre équipe. Et l'avantage avec elle, c'est qu'elle ne rouspète jamais. Même quand on lui demande de nettoyer des moules à chocolat toute la journée! Mais on n'ambitionne pas non plus.»
Une tâche à la fois
Sa patronne le reconnaît toutefois, une employée comme Fanny demande davantage de supervision. «On l'a prise parce que c'était Fanny et qu'on l'apprécie, confie Mme Dubé. C'est certain que ça demande d'être plus présent. Avec Fanny, on détermine toujours une seule tâche à la fois. On ne peut pas lui dire, ''fais ceci et quand tu as terminé tu feras cela''. Il faut donc planifier et penser pour elle un peu.»
«Mais quand on la voit développer sa confiance, quand on voit ses améliorations, ça fait tellement plaisir. Et quand on dépasse ses limites, elle ne se gêne pas pour me le dire. Elle s'adapte à nous, et nous, on s'adapte à elle. C'est vraiment un plus pour notre équipe et toutes les filles ici aiment ça.»
Alors que chez Fleur de sel, elle travaille toujours en cuisine, les journées qu'elle fait à la cantine Chez Ben représentent un autre défi pour elle. Elle y effectue des tâches dans la salle à manger, où elle nettoie les tables et les cabarets, et où elle doit côtoyer la clientèle. Elle avoue elle-même ne pas toujours savoir comment exactement réagir quand les gens s'adressent à elle. Mais elle trouve toujours des solutions en allant chercher de l'aide. «L'interaction avec les gens, c'est le prochain volet à développer avec elle», mentionne Mme Dubé.
Mais Fanny est bonne joueuse. D'emblée, elle refuse de dire surtout devant sa patronne lequel des deux endroits elle préfère. «C'est une autre expérience là-bas (Chez Ben), mais c'est certain que j'aime les deux», répond-elle toujours.
Mais à force de la talonner sur le sujet amicalement bien sûr , on finit tout de même par sentir une petite préférence pour l'équipe de filles chez Fleur de sel.
«J'aimerais ça rester longtemps ici, affirme par ailleurs Fanny. C'est ma place ici.»
Voilà qui résume tout.