Trafic d'ADN au pays des amazones bleues

La majorité des vertébrés est bisexuée: l'accouplement du mâle et de la femelle donne des rejetons héritiers de deux ensembles de chromosomes provenant à part égale des parents. Ce brassage réduit les risques de défectuosités génétiques et entrave l'invasion des virus ou des bactéries qui reconnaissent plus difficilement le «code d'entrée» des descendants. Il existe pourtant quelques cas de vertébrés unisexués, à peine 90 espèces sur environ
La majorité des vertébrés est bisexuée: l'accouplement du mâle et de la femelle donne des rejetons héritiers de deux ensembles de chromosomes provenant à part égale des parents. Ce brassage réduit les risques de défectuosités génétiques et entrave l'invasion des virus ou des bactéries qui reconnaissent plus difficilement le «code d'entrée» des descendants. Il existe pourtant quelques cas de vertébrés unisexués, à peine 90 espèces sur environ
66 000. Elles sont toujours le résultat d'une hybridation entre espèces voisines et sont presque entièrement composées de femelles. 
Les salamandres de la famille des ambystomatidés, distribuées entre les Grands Lacs et les Appalaches, présentent à cet égard un phénomène unique. Ce sont de petits amphibiens au corps robuste, de couleur bleu nuit mouchetée de taches bleu azur, d'une longueur variant entre 13 et 25 cm, selon les espèces. L'une d'entre elles, la salamandre à points bleus, est présente au CINLB. Elle s'accouple à l'occasion avec une espèce plus méridionale, la salamandre de Jefferson, pour donner des hybrides majoritairement femelles (à 98 %). 
Le mode de reproduction de ces hybrides est particulier: le sperme du mâle d'une espèce voisine est nécessaire pour initier la division cellulaire des oeufs, mais les chromosomes fournis sont incorporés au génome des descendants sans être utilisés dans le développement des embryons. Ces derniers se retrouvent ainsi avec trois jeux de chromosomes - parfois plus - au gré des hybridations ultérieures. Ce phénomène a été appelé kleptogenèse ou «vol du bagage génétique». Les chercheurs comparent ces populations, qui écartent la contribution des mâles dans la reproduction, aux amazones de la mythologie grecque. 
On a longtemps considéré les espèces unisexuées comme des erreurs génétiques vouées à l'extinction. Or, on a pu démontrer que les ambystomatidés unisexuées sont apparues il y a environ 5 millions d'années. Elles se reproduisent deux fois plus rapidement que les populations bisexuées, car presque tous les individus sont femelles et donc producteurs d'oeufs. Elles disposent également de cellules plus grosses que les bisexuées, elles sont plus grandes et plus robustes et, en cas de section d'un membre, elles le régénèrent presque deux fois plus rapidement !