Le magasin Sears de Place Fleur de Lys, à Québec

Sears a épuisé ses neuf vies

La société Sears Canada a-t-elle épuisé ses neuf vies? L'aventure dans sa forme actuelle semble tirer à sa fin. Le détaillant, jadis une icône du commerce de détail, se placerait prochainement à l'abri de ses créanciers.
La semaine dernière, lors du dévoilement des résultats financiers de l'entreprise pour son premier trimestre de 2017, la direction avait confié dans un communiqué avoir «un doute important sur la capacité de la société à poursuivre son exploitation». L'entreprise avait alors souligné être incapable d'emprunter les 175 millions $ dont elle avait besoin pour répondre à ses besoins financiers. Elle ne pouvait obtenir que 109 millions $.
«C'est une entreprise qui n'a pas su s'adapter aux changements des consommateurs, du moins, pas assez rapidement. La direction a pris des initiatives pour innover, mais trop peu trop tard», déplore Yan Cimon, professeur agrégé à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval. «Le modèle classique de la compagnie permettait de demeurer dans l'industrie, mais il ne permettait pas d'augmenter les parts de marché», poursuit-il, croyant tout de même possible la survie de la bannière, mais sous une nouvelle forme. 
«Le problème, c'est que les succursales ne répondent plus aux attentes des consommateurs qui recherchent de plus en plus une destination, une expérience d'achat. [...] Il faudra que Sears mise davantage sur l'expérience, avec par exemple des cafés ou un service de restauration. Il ne faut pas avoir peur de développer de nouveaux modèles pour rentabiliser les pieds carrés», avance-t-il, estimant que la période sombre que vit actuellement le commerce de détail n'est pas encore terminée. «Ceux qui s'accrochent à leur modèle classique vont continuer de souffrir et de disparaître».
Mercredi, l'agence Bloomberg a rapporté que Sears Canada se préparerait à se tourner vers les tribunaux pour se protéger de ses créanciers. Ce qui signifierait une importante restructuration de la bannière et probablement des pertes d'emplois. À travers le pays, Sears compte actuellement près de 16 000 travailleurs, dont 3000 au Québec.
Selon une source de l'agence Bloomberg, la société serait vendue en morceaux. Les actifs les plus précieux de la compagnie sont l'immobilier, mais beaucoup de magasins de la bannière sont situés dans des centres commerciaux bas de gamme. Ce qui rendrait plus difficile de les vendre à un seul acheteur, a noté cette personne.
Afin d'être conseillé sur son avenir, le détaillant a indiqué avoir fait appel à des responsables de BMO Marchés des capitaux et de Osler, Hoskin & Harcourt.
Pas une surprise
Pour la professeure agrégée JoAnne Labrecque, du Service de l'enseignement du marketing aux Hautes études commerciales, la situation de Sears n'est pas une surprise. Surtout que la société éprouve des difficultés depuis des années.
«La marche était trop haute. Les adaptations au fil des années n'ont pas été faites. L'effort requis était exorbitant», dit-elle, estimant que les chances de survie de l'entreprise sont très minces, même avec une restructuration. «Cela va être très difficile. Si on décide de diminuer la superficie des magasins, cela représente des investissements. Il va falloir également convaincre les consommateurs. C'est du travail de moyen terme et non à court terme», ajoute-t-elle.
En décembre dernier, avec comme espoir de retrouver le chemin de la santé financière, Sears Canada avait annoncé faire le saut dans le secteur de l'alimentation pour attirer davantage de clients dans leurs magasins. Une stratégie «osée», «risquée» et «loin d'être gagnée d'avance», avaient confié au Soleil des experts du commerce de détail, car plusieurs joueurs comme Walmart, Pharmaprix, Dollarama et Canadian Tire avaient déjà opté pour cette stratégie. 
Depuis quelques années, le détaillant tente tant bien que mal de se sortir la tête de l'eau. En 2015, la cure minceur avait permis de réduire les dépenses de la compagnie de 125 millions $. 
Perte de 144,4 M$
Lors du dévoilement de son dernier rapport trimestriel, Sears Canada a de nouveau encaissé une perte nette de 144,4 millions $ ou 1,42 $ par action, comparativement à une perte de 63,6 millions $ ou 62 ¢ par action l'an dernier.
Les revenus trimestriels se sont élevés à 505,5 millions $, soit une baisse de 15,2 % par rapport au trimestre correspondant de l'exercice précédent (595,9 millions $).
Mercredi, l'action de Sears Canada (TSX : SCC) a chuté sur le parquet torontois. Jeudi, le titre de la société a cédé 22,50 %, ou 18 ¢, pour clôturer à 62 ¢. Les actions de Sears Holdings, qui détient une participation minoritaire dans Sears Canada, reculaient de 6 %, en avant-midi, sur le NASDAQ.
D'après des documents réglementaires, le plus important actionnaire de Sears Canada est Edward Lampert, qui contrôle également Sears Holdings - une entité propriétaire des chaînes Sears et Kmart aux États-Unis. 
À travers le pays, Sears détient 95 magasins, dont 23 dans la province.
Avec La Presse canadienne