Rapatrier «Tata la Blanche» à l'Île-à-Vache

Hélène Bédard compte les jours avant son départ. La Granbyenne souhaite amasser suffisamment de sous d'ici juin afin d'oeuvrer pendant un an auprès d'une religieuse québécoise exilée sur une petite île haïtienne, où elle tient un orphelinat.
Faute de ressources, les enfants sont atrophiés et peu stimulés. Les équipements dont bénéficie l'orphelinat sont désuets et rudimentaires.
« Haïti m'a toujours fascinée, mais elle me faisait peur en même temps », lance d'emblée l'enseignante formée en adaptation scolaire qui s'était promis, il y a très longtemps, de fouler la terre de la « perle des Antilles ».
Forte d'un attachement envers une contrée qu'elle n'avait pas encore visitée, Mme Bédard parraine depuis huit ans une jeune fille à qui elle a offert une scolarité, une denrée rare dans les quartiers pauvres du pays.
À l'été 2016, l'occasion de rencontrer la fillette, maintenant préadolescente, se présente enfin. C'est le hasard qui la mène ensuite à l'Île-à-Vache, située à quatre heures de route de Port-au-Prince.
Les enfants du mauvais sort
Là, elle y rencontre Soeur Flora, une soeur de Saint-François-d'Assise s'y étant établie depuis le début des années 1980. Sur l'île, la religieuse a fait construire une école et un orphelinat, où elle vit avec près d'une centaine d'enfants, dont 23 lourdement handicapés qu'elle a adoptés. 
« Là-bas, ces enfants sont rejetés et abandonnés, parce que leur handicap est une honte. C'est vu comme un mauvais sort », affirme Mme Bédard, remplie d'admiration pour cette petite femme frêle qui tient son orphelinat à bout de bras.
Ce premier passage à l'établissement a bouleversé la Granbyenne, qui y est retournée une seconde fois en décembre dernier, puis à nouveau en mars. L'histoire d'amour grandit à chaque visite.
Les enfants reconnaissent maintenant « Tata la Blanche », qu'ils accueillent à bras ouverts. Ils la surnomment aussi « Madame Bonbon », en raison des friandises qu'elle leur apporte à chacun de ses passages.
Besoin d'aide
Faute de ressources, les enfants sont atrophiés et peu stimulés. Les équipements dont bénéficie l'orphelinat sont désuets et rudimentaires. Il n'y a ni électricité ni eau courante. Les besoins sont criants. « Soeur Flora a
80 ans, avance Mme Bédard. Elle a besoin d'aide, d'une structure qui pourrait aider l'orphelinat. Elle a besoin de quelqu'un qui connaît le milieu de l'éducation. Actuellement, ses enseignants ne sont pas formés. »
Bénéficiant d'un congé sans solde d'un an, Mme Bédard retournera sur l'île au courant de l'été. Le principal défi, pour réaliser son rêve, est d'amasser suffisamment d'argent. « Oui, je pars, mais pendant mon absence, les factures vont continuer à rentrer », note-t-elle.
La voyageuse n'est pas à l'aise à l'idée de demander la charité ; il est très difficile pour elle de faire reconnaître son projet, par exemple, par une fondation qui a déjà sa propre mission. Ne restait donc que le sociofinancement.
Encouragée par des amies, la missionnaire a mis sur pied, en mars dernier, une page GoFundMe pour l'aider à financer son périple. À ce jour, elle n'a reçu que 315 $ en dons, bien loin de son objectif de 50 000 $. Si elle n'amasse pas assez d'argent pour son voyage d'un an, son périple sera écourté et les sommes reçues serviront à acheter des fournitures nécessaires à l'orphelinat.
« On me demande pourquoi je fais ça. Moi, je suis bien là-bas. C'est ma place », explique l'enseignante, qui avoue « mûrir de plus en plus » la possibilité de s'établir de façon permanente à l'Île-à-Vache.
« J'aime beaucoup mon travail ici, poursuit-elle. Mais je sens de plus en plus que je suis appelée ailleurs. »