Donald Pilon, qui joue tout l'été au Théâtre de Rougemont, affirme être chanceux. "J'ai un certain talent, d'accord, mais j'en ai certainement pas plus que plusieurs collègues qui en ont arraché", dit-il
Donald Pilon, qui joue tout l'été au Théâtre de Rougemont, affirme être chanceux. "J'ai un certain talent, d'accord, mais j'en ai certainement pas plus que plusieurs collègues qui en ont arraché", dit-il

Quand un métier change une vie

Michel Tassé
Michel Tassé
La Voix de l'Est
Il est arrivé à notre rendez-vous à bord de sa grosse voiture de luxe. À 68 ans, Donald Pilon a 42 ans de métier dans le corps. Et quand on lui demande ce qui le motive à passer tout l'été à jouer à Rougemont, il répond: "Parce que j'aime ça, mon vieux. Juste parce que j'aime ça..."
Non, Donald Pilon n'a pas trop arrêté depuis que Gilles Carle, en 1967, lui a confié un rôle dans Le viol d'une jeune fille douce. Quand ce n'est pas le cinéma qui l'occupe, c'est la télé. Et quand ce n'est pas la télé, c'est le théâtre. Il a connu des creux de vague - comme tout le monde dans ce métier -, mais ils n'ont pas été nombreux.
"J'ai été chanceux, car c'est un métier qui m'a fait vivre des moments extraordinaires et qui m'a toujours bien fait vivre, avoue-t-il. Mais surtout, c'est un métier qui a changé ma vie."
Il insiste: un métier qui a changé sa vie. "Carrément", ajoute-il.
"Au début de la vingtaine, ça n'augurait pas bien, mes affaires. Je n'aimais pas travailler et, tout ce qui m'intéressait, c'était de faire de l'argent rapidement. J'ai fait 56 métiers qui ne me disaient rien (il a été professeur de danse, il a vendu des robes et il a même été détective!) et j'étais malheureux. Le soir, je jouais aux cartes, j'allais aux courses, j'essayais toutes sortes de combines pour faire du fric. Bref, ma vie était un gros bordel. Je n'allais nulle part, je le savais mais, à l'intérieur de moi, j'espérais qu'il se passe quelque chose..."
À l'été 67, il travaille à l'Exposition universelle de Montréal. Et un ami lui demande s'il aimerait rencontrer Gilles Carle, un jeune réalisateur dont on dit beaucoup de bien. "Peut-être qu'il y a une piasse à faire", se dit Donald, qui accepte.
"Gilles avait les cheveux long et il portait de grosses lunettes noires. Dans le temps, je ne connaissais rien au cinéma. Et quand je l'ai vu, je me suis demandé si c'était possible qu'un réalisateur soit aveugle. On a jasé pendant une heure et Gilles, qui me faisait passer une audition sans que je le sache, m'a offert un rôle dans son prochain film. J'étais content, mais je ne savais trop dans quoi je m'embarquais."
Le tournage terminé, Donald Pilon savait qu'il ne voudrait plus jamais faire autre chose. Il avait trouvé sa voie. Enfin.
"J'avais pogné la piqûre. En fait, ça a été une découverte, une révélation. Pour la première fois, je m'apercevais que c'était possible de gagner sa vie et d'avoir du fun en même temps. It beats working!, que je disais à mes chums en anglais."
Il a tourné huit ou neuf fois avec Gilles Carle, dont quelques fois en compagnie de son frère Daniel. Au début des années 70, il a joué dans La vraie nature de Bernadette, de Claude Jutra, qui lui a permis d'aller à Cannes. Et il y a eu d'autres films (dont Deux femmes en or et Les tisserands du pouvoir, de Claude Fournier, et quoi encore) et une tonne de rôles à la télé. Vous vous souvenez de Paul "Barre de fer" Lemoyne dans Jamais deux sans toi? Ou de Nicolas Dumont dans L'or du temps? Ou, plus récemment, du père de Lyne-la-pas-fine dans Les invincibles?
Une dette
Et c'est peut-être parce que le métier de comédien a changé sa vie que Donald Pilon sacrifie une partie de son été en ville pour venir jouer en campagne. Comme s'il avait une dette envers quelqu'un.
"J'en dois une au métier, c'est vrai, laisse-t-il tomber après y avoir pensé deux secondes. Quand je regarde ça, encore aujourd'hui, je me demande où est-ce que j'aurais fini par me retrouver si ça n'avait pas été de cette rencontre avec Gilles Carle en 1967. Et je le répète, j'ai été chanceux. J'ai un certain talent, d'accord, mais j'en ai certainement pas plus que plusieurs collègues qui en ont arraché..."
Il a beau dire, ce ne sont pas tous les comédiens de chez nous qui ont tourné à Los Angeles. Notre homme a-t-il véritablement rêvé d'une grande carrière à l'international?
"Certaines personnes de mon entourage y ont rêvé plus que moi, je pense. J'ai goûté à Hollywood et j'en ai profité, j'ai eu du fun. Mais pour véritablement percer, il faut être plus grand que nature. Le nombre de beau gars et de belles filles qui se promènent dans les studios là-bas, c'est pas croyable. Hollywood, c'est la crème, c'est le top du top. Et c'est ben d'valeur, mais ce n'est pas pour tout le monde..."
Encore une fois, Donald Pilon insiste: il n'a aucun regret. Enfin presque.
"Les regrets que j'ai sont tellement petits, tellement minuscules, que ça ne vaut même pas la peine d'en parler. Pour une petite niaiserie, il y a eu 1000 bons moments."
Et il est convaincu que cet été à Rougemont, alors qu'il joue dans Un peu, beaucoup, passionnément... aux côtés de Pierrette Robitaille, Normand Lévesque et Laurent Duceppe-Deschênes, fera partie de ses 1001 bons moments.
"Pierrette et Normand, ce sont de vieux chums. Pis Laurent, c'est un bon kid. Tu sais, j'suis pas obligé de jouer ici. Je le fais parce que ça me tente, juste parce que ça me tente. Aujourd'hui, je suis capable de choisir. C'est un gros luxe, ça. Et c'est encore ce damné métier qui me permet ça."
Pas de doute, il lui en doit une, à son métier.