Poussé par le vent

Il y a quelques semaines, j'ai écrit sur ma collègue Solange (nom fictif) qui pognait les nerfs contre son chum parce qu'il était trop stressé en voyage. Par exemple, il veut toujours partir très tôt pour l'aéroport de peur d'arriver en retard. Finalement, ils arrivent deux heures trop tôt et Solange se met à bouder en disant qu'elle aurait très bien pu faire autre chose de ces deux heures, comme dormir, tiens.
Son histoire m'avait touché parce que je m'y reconnaissais. Très bien, même. La preuve, je stresse présentement pour un voyage qui n'est pas encore commencé. Pas dans un Club Med, ni dans un voyage organisé: on s'en va lousse dans l'Ouest canadien... et c'est bien ce qui m'inquiète. Pas la partie «Ouest canadien». La partie «lousse».
Comme dans bien des couples, je suis du genre à vouloir planifier le maximum de choses, alors que Désirée, c'est le contraire. Je comprends l'idée. Un voyage libre, se laisser pousser par le vent, comme Éric Lapointe, c'est beau. Mais en homme banal que je suis, je me mets à penser à tous les imprévus, à imaginer tout ce qui peut mal arriver. Et ça me rend dingue! J'ai vérifié et je constate que je ne suis pas le seul gars dans cette situation. J'en connais plusieurs qui refusent de voyager ailleurs que dans un hôtel tout-compris avec leur blonde - ou refusent carrément de voyager parce que ça les énerve trop. On en a longuement parlé et Désirée a accepté de planifier un peu plus - histoire que je réussisse à dormir d'ici le début d'août. Le pire, c'est que je voulais lui laisser organiser davantage ce voyage. Bizarrement, ça n'a pas calmé mes appréhensions...
Bref, je fais des efforts pour moins planifier, et elle le contraire, en espérant qu'on se rejoigne quelque part au milieu. La prochaine fois, on va dans un tout-compris, hein chérie?
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Valeur
Dans la catégorie «mot qui ne veut plus rien dire et que je suis tanné d'entendre»: le mot viral. Pas comme dans «maladie virale», mais comme dans «vidéo virale». Quoique ça se ressemble de plus en plus. Je l'entends surtout à la radio. Il y a même un gars dans une populaire station montréalaise dont c'est la spécialité. Chaque jour, il claironne la nouvelle «vidéo virale de l'heure» (...), ce qui me fait sacrer éperdument. Il semble que chaque jour suffit sa nouvelle vidéo de chat qui glisse sur une rampe d'escalier ou de gros monsieur qui trébuche en rotant. Et chaque fois, nous dit-on, la vidéo est devenue «virale» au sens où des MILLIERS de gens l'ont vu. Qu'est-ce que ça signifie à l'heure où des millions de personnes sont branchées à internet? Qu'est-ce que ça fait qu'une vidéo cocasse ait été «regardée» par 100 000, 200 000, ou même 500 000 personnes! Rien du tout, en fait.
C'est pourquoi le mot «viral» ne veut plus rien dire sinon que des milliers de personnes sont tombées dessus par hasard, l'ont peut-être regardé, peut-être pas, en tous cas, ce n'est pas un gage de popularité et certainement pas un gage de qualité.
Et pitié, cessez de dire qu'il FAUT voir une vidéo parce qu'elle est devenue virale. Parlez-moi de n'importe quoi, météo, actualité, géographie, humour, politique même, mais lâchez-moi le Canayen avec vos *&?%$# de vidéos virales, je m'en fous pis je ne les regarderai pas.
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Dilemme
Un autre mot à éliminer... mais cette fois parce qu'il n'est presque plus utilisé: le mot «sobre». J'entends constamment «à jeun» au lieu de «sobre», et je me dis qu'il va falloir régler ça à un moment donné. Or donc, «à jeun» veut dire sans avoir manger ni bu depuis la veille et «sobre», signifie sans drogue ni alcool depuis un bon bout de temps, donc ça ne s'applique jamais à Keith Richards (tadum tsss). Je m'excuse pour les fans des Rolling Stones (dont je suis).
J'en ai déjà parlé à un sympathique juge que j'entendais tout le temps dire «à jeun», dans le sens de «sobre», quand il expliquait leurs conditions aux accusés. Il m'a répondu qu'il savait très bien la différence, mais qu'il faisait sciemment l'erreur pour s'assurer d'être compris. Dilemme: faut-il bien parler, au risque d'être vaguement incompris, ou faire des fautes pour être sûr d'être compris? Tout dépend de sa clientèle. De mon côté, je sais que les lecteurs de La Voix de l'Est sont cultivés, alors je ne suis pas inquiet.
J'en ai déjà parlé à un sympathique juge que j'entendais tout le temps dire «à jeun», dans le sens de «sobre», quand il expliquait leurs conditions aux accusés. Il m'a répondu qu'il savait très bien la différence, mais qu'il faisait sciemment l'erreur pour s'assurer d'être compris. Dilemme: faut-il bien parler, au risque d'être vaguement incompris, ou faire des fautes pour être sûr d'être compris? Tout dépend de sa clientèle. De mon côté, je sais que les lecteurs de La Voix de l'Est sont cultivés, alors je ne suis pas inquiet.